Devant le jury réuni dans les locaux du Technopole de Dembéni, les porteurs de projets se sont succédé à la tribune pour défendre leurs initiatives lors d’une matinée de pitchs décisive. Clôturant la Semaine de l’innovation 2026, ce concours visait à valoriser en priorité les projets touchant à la préservation de la biodiversité et à l’économie bleue.
Sur la cinquantaine de candidatures déposées jusqu’au 24 octobre, dix dossiers avaient été présélectionnés pour la phase finale. À l’issue des délibérations, le jury a désigné cinq lauréats. Chacun bénéficiera d'une aide directe de 10 000 euros versée avec le concours de la collectivité départementale, complétée par un cursus d’accompagnement technique assuré par l'ADIM pour consolider leur modèle économique.
« L'objectif est de repérer la créativité locale et d'aider les jeunes talents à franchir le pas de la concrétisation, explique Zamimou Ahamadi, vice-présidente chargée des finances et des affaires numériques au Conseil départemental. Beaucoup de porteurs de projets ont de très bonnes idées mais se heurtent à la complexité du montage financier. » Pour ces entrepreneurs, souvent primo-créateurs ou à la tête de structures très récentes, l'exercice a également permis de se confronter aux attentes des décideurs économiques de l'île.
Transformer les dépôts sauvages en charbon écologique
Parmi les propositions remarquées lors des présentations figure celle portée par Antoifina Ali, accompagnée de Gaël Brice, un ingénieur belge spécialiste de la gestion et du traitement des déchets. Leur concept vise à récupérer les ordures ménagères et industrielles de l'archipel pour les transformer en charbon combustible destiné à un usage domestique.
« Le problème des déchets saute aux yeux de quiconque arrive à Mayotte, alors que le territoire dispose d'un potentiel naturel remarquable, souligne Antoifina Ali. Nous avons cherché une réponse technique locale à un problème d’ordre environnemental qui menace directement notre biodiversité. »
Le projet mise sur une accessibilité financière directe, avec un prix cible annoncé à un euro le kilo. Un positionnement conçu pour répondre aux habitudes culinaires locales, notamment la cuisson au charbon et les traditionnels voulés, tout en allégeant le budget des ménages. « Trouver une porteuse de projet qui investit ses propres fonds pour faire venir un expert et développer une réponse industrielle adaptée à son territoire montre une réelle ambition », ajoute Gaël Brice, qui assure que le plan d'exploitation se poursuivra quel que soit le calendrier d'attribution des aides.
Accompagner la phase d'industrialisation
Outre la valorisation des déchets, les autres présentations ont mis en avant des solutions de transports collectifs décarbonés et des outils numériques simplifiant les démarches des administrés. Les cinq lauréats entament désormais un parcours d'incubation auprès des équipes de l'ADIM, comprenant du conseil juridique, des ateliers de prototypage et une mise en réseau avec les acteurs de la recherche et du développement.
Pour les porteurs de projets non retenus au palmarès final, les organisateurs rappellent que les dispositifs de droit commun de soutien à la création d'entreprises restent mobilisables. Au-delà des dotations distribuées, cette édition 2026 d'Innov'ACTION 976 témoigne d'une volonté d'ancrer des filières techniques durables à Mayotte, capables de convertir des contraintes territoriales en opportunités d'emploi et d'activité pérennes.