Chants traditionnels, colliers de jasmin et embrassades ont rythmé la matinée d’inauguration à Labattoir. Derrière cette ouverture, un changement important pour les personnes en situation de handicap et leurs familles qui n’auront plus à se rendre à Mamoudzou pour leurs démarches.
Jusqu’ici, rejoindre les services de la MDPH depuis Petite-Terre était un véritable parcours du combattant, surtout pour les personnes à mobilité réduite, entre la traversée en barge, les déplacements sur les routes en pente et les contraintes liées aux fauteuils roulants. « Parfois, il y avait la pluie, il y a le soleil, la barge », se souvient un habitant de Petite-Terre en situation de handicap.
Aujourd’hui équipé d’un fauteuil électrique grâce à la MDPH, il voit dans cette nouvelle antenne une avancée qui pourra aussi soulager d’autres usagers. « Ça représente beaucoup pour moi. Ça va tous nous soulager ».
Un accès aux droits facilité
À Petite-Terre, 888 personnes disposent actuellement de droits ouverts auprès de la MDPH, dont 545 à Dzaoudzi-Labattoir et 343 à Pamandzi. Avec près de 30.000 habitants répartis entre les deux communes, les besoins pourraient toutefois être bien plus importants. D’après les estimations de l’Insee évoquées lors de l’inauguration, plus de 3.000 personnes pourraient être concernées. À l’échelle de Mayotte, un peu plus de 11.198 personnes ont été identifiées par la structure, contre 9.289 en juin 2024.

« Certainement que nous avons des personnes inconnues dans nos services, d’autres probablement qui ignorent leurs droits », souligne Madi Moussa Vélou, vice-président chargé de l’Action sociale, de la Santé et de l’Autonomie. L’objectif affiché est de faire progresser le nombre de personnes accompagnées en Petite-Terre pour atteindre 2.000 à 3.000 bénéficiaires.
Pour Naïla Louison Boura M’Colo, conseillère municipale de Dzaoudzi-Labattoir, cette ouverture va s’inscrire dans un travail plus large mené par la commune pour améliorer les conditions de déplacement des personnes en situation de handicap. « On va développer tout un plan de déplacement pour les personnes à mobilité réduite qui se déplacent dans Dzaoudzi-Labattoir. Par exemple, les trottoirs qu’ils soient plus adaptés, en les mettant à une certaine hauteur ».
Une politique de proximité inscrite dans la durée
L’antenne de Labattoir s’inscrit dans une démarche de territorialisation engagée depuis plusieurs années par la MDPH. Des permanences avaient déjà été organisées à Petite-Terre, avant le développement de services de proximité, l’ouverture d’une antenne à Dembéni et la mise en service de deux minibus aménagés en bureaux itinérants en 2024. « Cette antenne était nécessaire ! », insiste le vice-président Madi Moussa Vélou.

Mais pour concrétiser ce projet, il y’a du chemin et plusieurs mois de recherche. « C’était très contraignant, très difficile parce que vous savez qu’il fallait trouver des locaux adaptés. », confie Maymounati Moussa Ahamadi.
Les locaux ont finalement été aménagés pour un montant annoncé de 90.000 euros, comprenant notamment la création de bureaux et l’achat de mobilier. L’idée est aussi de s’appuyer sur des agents de Petite-Terre qui connaissent le territoire et peuvent plus facilement orienter les habitants.
Au-delà de la proximité géographique, la MDPH met en avant les progrès réalisés dans la structure. Sa directrice, Ségolène Meunier, rappelle qu’elle a traversé plusieurs années difficiles, marquées par un mouvement social important en 2023. Et une année 2025 qui a été consacrée en partie au rattrapage des dossiers en attente.

Le nombre de dossiers traités chaque année est ainsi passé de 1.400 à plus de 2.200 sur les deux dernières années. Les délais de traitement, eux, sont passés de 15 mois en 2025 à moins de quatre mois aujourd’hui.
Autre évolution mise en avant : en 2025 et 2026, 58 % des dossiers reçus concernent des personnes qui sollicitent la MDPH pour la première fois, contre 48 % les années précédentes. « Cela montre que le rapprochement du service facilite l’accès aux droits et permet à de nouvelles personnes de venir se faire reconnaître », confie l’élu.
De nouveaux services en préparation
D’autres moyens sont également prévus pour faciliter l’accès aux droits, la structure prévoit notamment de mettre en place un télé-service au premier trimestre 2027, afin de permettre aux usagers de déposer et de récupérer leurs dossiers directement en ligne.

À cela s’ajoute, la création d’une Maison départementale de l’autonomie, qui réunirait dans un guichet unique une partie des services du Département-Région consacrés à l’autonomie et ceux de la MDPH. Aujourd’hui, les démarches sont réparties, selon l’âge : les moins de 60 ans s’adressent à la MDPH, tandis que les personnes âgées de plus de 60 ans relèvent des services du Département pour les questions liées à l’autonomie.
L’inclusion ne se limite toutefois pas à l’accès aux services administratifs. Madi Moussa Vélou appelle donc les collectivités, les associations, les entreprises et les administrations à renforcer leurs efforts pour favoriser l’accès et le maintien dans l’emploi des personnes en situation de handicap. Pour lui, les 1.398 personnes recensées restent trop peu nombreuses.
Shanyce MATHIAS ALI.


