Partir à la découverte de l’Europe lorsque l’on a grandi sur une île de 374 km² relève souvent du défi ou du rêve lointain. Pour la majorité, ce périple méditerranéen représentait une première absolue. Porté par le Centre Régional d’Information Jeunesse (CRIJ) Mayotte qui participe activement aux programmes Erasmus+ Jeunesse depuis 2015, le projet « Discover EU » cible en priorité les jeunes ayant moins d’opportunités de mobilité. L’objectif consiste à favoriser l’autonomie en encourageant les déplacements décarbonés à travers le réseau ferré européen.

Durant deux semaines intenses, les cinq jeunes sélectionnés, âgés de 18 à 21 ans, ont ainsi déambulé entre plusieurs villes helléniques, apprenant à s’orienter seuls, à gérer leur itinéraire et à se confronter à un nouveau mode de vie. « Dans un premier temps, on sent des jeunes très timides, parfois isolés dans leurs habitudes. Mais une fois le voyage lancé, un climat de confiance s’installe et de véritables liens se créent », souligne Saïd Ali Abdillah, responsable du pôle mobilité européenne au CRIJ. « Pour beaucoup, c’est une chance inouïe de sortir de leur cocon insulaire et d’être confrontés à d’autres réalités Cela les pousse à se remettre en question et à prendre conscience de la citoyenneté européenne », ajoute-t-il.
Briser l’isolement insulaire
Entre la visite de l’Acropole, la découverte des amphithéâtres antiques, l’exploration du Jardin national d’Athènes sous l’angle de la préservation écologique et la visite du Parlement grec, le séjour a offert une plongée directe au cœur de l’histoire du continent. Au-delà des monuments prestigieux, c’est l’échange humain et interculturel qui a profondément marqué les esprits.
Confrontés à la barrière de la langue, les jeunes ont rapidement compris l’importance stratégique de l’anglais pour communiquer, tout en découvrant une hospitalité chaleureuse. Les anecdotes ne manquent pas, à l’image de cette habitante croisée dans une gare grecque, tellement touchée d’échanger avec le petit groupe mahorais qu’elle a tenu à leur offrir des gâteaux qu’elle venait tout juste d’acheter.
« Découvrir de nouvelles choses »
Parmi les participantes, Syana Maliki, 18 ans, originaire de Mtsapéré, mesure l’impact direct de ce périple sur sa trajectoire. Sur le point de s’envoler pour Rouen afin d’y poursuivre ses études supérieures, elle voit dans ce voyage une passerelle idéale vers l’indépendance. « Voyager permet de s’aérer l’esprit, de s’ouvrir aux autres et d’apprendre à oser. La population en Grèce s’est montrée d’une immense générosité », raconte la jeune femme avec enthousiasme. « Ces expériences nous donnent des compétences concrètes pour aller vers des personnes de cultures différentes. Et surtout, ce que nous apprenons ailleurs, nous pourrons le transmettre et l’importer pour faire développer Mayotte. C’est nous, la jeunesse, qui ferons évoluer l’île demain ».
Pour les encadrants de la structure d’information jeunesse, ces mobilités constituent un puissant antidote aux difficultés d’adaptation que rencontrent fréquemment les étudiants mahorais lors de leur première installation dans l’Hexagone.
Un levier d’émancipation

Appréhender les grandes distances, s’adapter à des journées rythmées de 9 heures à 20 heures et gérer le quotidien en toute autonomie s’avèrent des apprentissages précieux. « Le voyage prépare les jeunes à la réalité qui les attend lors de leurs études ou de leur insertion professionnelle », rappelle Saïd Ali Abdillah. « Cela leur ouvre l’esprit, leur donne envie d’explorer d’autres pays et de se projeter, pourquoi pas, vers des initiatives entrepreneuriales à l’étranger plutôt que de viser uniquement des parcours administratifs à Mayotte ».
Intégralement financé par l’Union européenne via le programme Erasmus+, ce déplacement illustre l’efficacité des dispositifs d’ouverture internationale déployés depuis Mamoudzou. En partageant leurs récits lors de cette matinée de restitution, ces voyageurs espèrent désormais convaincre leurs camarades de franchir le pas, prouvant que l’éloignement géographique n’est plus une barrière infranchissable.
Léo Vignal


