À Mayotte, des amas de déchets visibles dans divers quartiers interrogent les habitants. Entre organisation de la collecte, effets de l’après-Chido et pratiques du quotidien, le Sidevam apporte des éléments de réponse.

Les déchets à Mayotte un défi quotidien pour le SIDEVAM

À Mayotte, des amas de déchets visibles dans divers quartiers interrogent les habitants. Entre organisation de la collecte, effets de l’après-Chido et pratiques du quotidien, le Sidevam apporte des éléments de réponse.

Depuis plusieurs jours, des habitants de l’île partagent sur les réseaux sociaux des photos de déchets entassés à même le sol, dans plusieurs secteurs. Ces images, largement relayées, donnent le sentiment d’une situation incontrôlée. Pourtant, selon le Syndicat intercommunal d’élimination et de valorisation des déchets de Mayotte (Sidevam), certaines de ces scènes doivent être replacées dans leur contexte.

Chanoor Cassam, DGS du Sidevam.

« Une photo, c’est une photographie à un instant T », explique Chanoor Cassam, DGS du Sidevam. La présence de déchets varie selon le jour et l’heure, il n’y a pas de collecte le dimanche et les centres sont fermés le samedi midi. Le lundi matin, les déchets visibles correspondent donc souvent à ceux du week-end. Dans certaines zones, comme les hauteurs de Majicavo, des opérations spécifiques ont été menées récemment pour évacuer des stocks importants. Mais même après ce type d’action, les dépôts réapparaissent  rapidement. « Les déchets, c’est tous les jours. Même si on enlève le mardi, le mercredi soir, ça revient », souligne-t-il.

La présentation des déchets, un point clé

Sur le terrain, la collecte se poursuit pourtant quotidiennement, les camions du Sidevam continuent de circuler sur tout le territoire, même avec des conditions météorologiques dégradées, comme les fortes pluies du kashikazi. Mais pour le Syndicat, la difficulté principale ne vient pas uniquement du volume, mais aussi de la manière dont les déchets sont déposés. « Le vrai problème, c’est la présentation du déchet par les usagers », insiste le DGS. Lorsqu’ils disposent leurs ordures dans des bacs, la collecte est fluide et mécanisée. En revanche, quand ils sont jetés parterre, mélangés avec des encombrants, de la ferraille ou des déchets verts, l’intervention devient beaucoup plus lourde.

Les agents du Sidevam sont sur le terrain même lors des fortes pluies.

Depuis l’année dernière, l’accès aux bacs est gratuit pour tous, cette mesure a été renforcée après le cyclone Chido, qui a entraîné la disparition de nombreuses poubelles, notamment dans le nord de l’île et en Petite-Terre. Une opération de distribution est en cours, avec des bacs individuels de 120 et 240 litres pour les foyers, et des collectifs de 660 litres dans les quartiers où la configuration ne permet pas une dotation privée.

Cette situation alimente aussi des inquiétudes sanitaires, en effet, des habitants évoquent la présence de rats dans certains quartiers, un animal vecteur de maladies. Sur ce point, le Sidevam se veut rassurant. D’après le Syndicat, l’Agence régionale de santé (ARS) a été sollicitée et ne constate aucune épidémie. Même si deux cas de leptospirose ont été recensés sur l’ensemble du territoire depuis le début de l’année 2026, « ce n’est pas une épidémie », rappelle Chanoor Cassam, appelant à s’appuyer sur des données objectives plutôt que sur un sentiment généralisé d’insalubrité.

Une gestion encore marquée par l’après-Chido

Concernant les ordures liées au cyclone Chido, la situation reste contrastée selon les zones. En Petite-Terre, notamment aux Badamiers, un stock important est encore présent, son évacuation se fait progressivement, mais elle est freinée par un point de blocage majeur : la barge. Le traitement des déchets s’effectue en Grande-Terre, ce qui oblige tous les camions à transiter par ce passage, avec des créneaux limités et de longues files d’attente.

Mayotte, Manuel Valls, visite officielle, déchets,
Selon, le syndicat la majorité des déchets post-chido ont été traités ou sont en cours de traitement notamment à M’tsapéré.

De l’autre côté, en revanche, les gros tas massifs auparavant au nombre de 60 se sont réduits à moins de 10 sur l’ensemble de l’île. La zone de Mtsapere étant la plus visible. Certains sites, comme Combani ou Mroalé, sont toujours en cours de nettoyage, mais il ne s’agit plus de volumes comparables à ceux observés juste après la catastrophe. Aujourd’hui, la majorité des déchets visibles sont des mélanges de déchets de CHIDO et des conséquences de la reconstruction. « C’était un cyclone conséquent et on est en pleine reconstruction. Refaire les toitures, changer le mobilier ou l’électroménager produit beaucoup de déchets », nous a indiqué le DGS Sidevam.

Des efforts attendus de la population

Pour améliorer durablement la situation, le Sidevam insiste sur la responsabilité collective. Trois gestes sont particulièrement mis en avant : d’abord, sortir les déchets la veille au soir du jour de collecte, et non plusieurs jours à l’avance. Ensuite, éviter de mélanger sacs poubelle et encombrants lorsqu’un dépôt existe déjà. Enfin, utiliser les services de collecte dédiés aux encombrants et à la ferraille, accessibles sur rendez-vous sur l’ensemble du territoire, sauf celui de la Cadema.

À peine les déchets ramassés d’autres sont déposés…

Ces services impliquent parfois un délai de quelques jours, voire une ou deux semaines, mais ils permettent une prise en charge adaptée. « Le vrai effort demandé, c’est la patience », souligne Chanoor Cassam, rappelant que déposer ses déchets n’importe où et n’importe quand complique considérablement le travail des équipes et alourdit le coût du service public.

Dans ce contexte de reconstruction et de production massive de déchets, une solution commence toutefois à émerger. La première déchetterie de Mayotte est désormais ouverte. Contrairement à une décharge, il s’agit d’un espace organisé, avec des casiers distincts, permettant aux habitants de déposer gratuitement tous les types de déchets issus de leur domicile. Un équipement pensé pour accompagner la reconstruction et limiter les dépôts sauvages, ce modèle va être déployé sur l’ensemble du territoire.

Shanyce MATHIAS ALI.

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