« Il faut que le MDM se relève », alerte Issa Abdou Issa dans un entretien exclusif

Battu dans plusieurs de ses bastions, éliminé à Pamandzi et défait à Bandrélé, Ouangani ou encore Acoua, le MDM sort affaibli des municipales 2026 à Mayotte. Issa Abdou Issa appelle à une remise en question sans désigner de responsables.

Le second tour des élections municipales de mars 2026 a confirmé le recul du Mouvement pour le développement de Mayotte (MDM). Le parti centriste, qui détenait quatre communes en 2020, n’a pas réussi à conserver ses positions : défaites à Bandrélé, Acoua, Ouangani ou Tsingoni, élimination à Pamandzi à l’issue d’une quadrangulaire, et revers dans plusieurs communes clés.

Dans un scrutin marqué par le retour d’anciens maires, la progression de candidats soutenus par Les Républicains et des recompositions locales, le MDM apparaît en perte d’ancrage. Ancien vice-président du Conseil départemental, président du conseil de surveillance du Centre hospitalier de Mayotte (CHM) et aujourd’hui « simple militant », comme il l’exprime, Issa Abdou Issa livre une lecture sobre de cette séquence électorale et appelle à une reconstruction en profondeur du mouvement.

JDM. Quel regard portez-vous sur les résultats des municipales pour le MDM ?

Le second tour des municipales 2026 à Mayotte a confirmé le recul du MDM dans plusieurs communes, tandis que d’anciens maires et des candidats soutenus par Les Républicains retrouvaient des mandats clés.

Issa Abdou Issa. Je parle aujourd’hui comme un simple militant. J’ai eu des responsabilités auparavant, au Département et au CHM, et j’ai été candidat aux législatives en 2022, où j’étais au second tour face à Mansour Kamardine. Mais aujourd’hui, je suis redevenu un simple militant, notamment dans notre section de Bandrélé qui reste active. Le constat est assez clair : notre mouvement est en recul.

En 2020, nous avions remporté quatre communes, Pamandzi, Bandrélé, Ouangani et Acoua. Nous n’avons pas réussi à les conserver. Et je ne vise personne en disant cela. Mais il faut que notre famille politique se pose les bonnes questions. Est-ce que nous avons été assez audibles ? Est-ce que nous avons su convaincre ? Aujourd’hui, force est de constater que cela n’a pas fonctionné. Il faut l’accepter pour pouvoir avancer.

Quelles pistes d’explication voyez-vous à cette situation ?

Issa Abdou Issa. Chaque commune a sa réalité. La situation de Bandrélé n’est pas celle d’Acoua. Mais il y a des préoccupations communes à tous les habitants : l’insécurité, le pouvoir d’achat, le chômage. Je n’ai pas la science infuse. Je fais simplement un constat. Non seulement il faut se poser toutes les bonnes questions mais aussi s’interroger sur nos choix : avons-nous eu les meilleurs candidats à ces élections ?

Je pense aussi qu’il y a une forme de crise d’identité du MDM. Nous sommes un mouvement centriste, mais cela reste parfois flou pour les électeurs. Sommes-nous centre droit, centre gauche ? En réalité, nous sommes avant tout un parti local. Ce n’est pas Paris qui décide pour nous. Les anciens avaient pour boussole le département. Aujourd’hui, il faut peut-être retrouver cette clarté, car parfois, les gens ne savent plus très bien quelle est notre ligne.

Cette défaite peut-elle avoir des conséquences concrètes pour Mayotte ?

Issa Abdou Issa. Tout dépendra de la manière dont les nouvelles équipes vont travailler. Il y a des élus qui ont mené des actions importantes. Je pense notamment au maire de Bandrélé, Ali Moussa MOUSSA BEN, qui a fait un travail remarquable. Dans ces changements, il peut y avoir des ralentissements ou des remises en cause de certains projets. Mais l’essentiel, c’est que ce qui est utile à la population puisse continuer. Au-delà des clivages politiques, ce qui doit primer, c’est le développement de Mayotte et les réponses concrètes aux besoins des habitants.

Faut-il envisager une recomposition politique, notamment en vue des élections présidentielles de 2027 ?

Issa Abdou Issa. Je pense que ce n’est pas le sujet aujourd’hui. L’urgence, ce ne sont pas les présidentielles. L’urgence, c’est avant tout de restructurer le parti. Il faut faire un bilan objectif, redevenir audible, revoir nos méthodes et redonner de la force à nos sections locales. Il faut se remettre en ordre de bataille. Les échéances viendront, notamment les élections départementales de 2028, qui seront importantes. Mais avant cela, il faut déjà que le MDM se relève.

Auparavant, vous avez eu des fonctions importantes dans le domaine de la santé et du social, jugez-vous ces thématiques insuffisamment présentes dans le débat local ?

CHM, urgences, maternité, pénuries
Pour Issa Abdou Issa, les enjeux de santé et de protection sociale ont été trop absents du débat municipal, alors qu’ils constituent des priorités majeures pour la population de Mayotte.

Issa Abdou Issa. La santé et le social sont des sujets fondamentaux. Quand on parle des piliers d’un territoire, on parle d’abord de cela. Ce sont des sujets concrets, qui touchent directement la vie des habitants. Pendant les municipales, ces questions ont été relativement absentes. Peut-être parce qu’elles sont perçues comme éloignées des compétences des communes. Mais dans les faits, les élus locaux sont en première ligne : ce sont eux que les habitants interpellent quand il y a des difficultés d’accès aux soins, des situations sociales compliquées ou des urgences.

Lorsque j’étais au CHM, nous avons travaillé sur plusieurs dossiers, notamment l’hélicoptère sanitaire, qui est indispensable compte tenu de la géographie et des contraintes du territoire. Mais au-delà de cela, il faut rappeler que Mayotte connaît une situation très particulière, avec une activité hospitalière très élevée, notamment en maternité. Ce sont des réalités qu’on ne retrouve pas ailleurs dans les mêmes proportions. À partir de là, la question n’est pas seulement technique, elle est aussi politique : comment on adapte les réponses nationales à une situation locale spécifique ? C’est pour cela que je dis que l’Agence régionale de santé doit tenir davantage compte des réalités mahoraises. Et ce sont des sujets que le MDM doit porter.

Malgré ce constat, restez-vous confiant pour l’avenir du mouvement ?

Issa Abdou Issa. Oui. Il y a beaucoup de femmes et d’hommes de qualité au sein du MDM. Je me considère comme un observateur attentionné de Mayotte. Ce que je dis aujourd’hui, ce n’est pas pour critiquer, mais pour alerter. C’est un appel à se réveiller, à corriger ce qui n’a pas fonctionné et à avancer. J’aimerais que, lors des prochaines échéances, ces personnes puissent être aux premières loges.

Lionel Jospin, ancien Premier ministre français (1997-2002), décédé le 22 mars dernier, a joué un rôle dans l’évolution statutaire de Mayotte. Pourquoi évoquez-vous sa figure aujourd’hui ?

Lionel Jospin, INA,
Après sa défaite au premier tour de l’élection présidentielle le 21 avril 2002, Lionel Jospin avait choisi de se retirer de la vie politique (capture d’écran/archives INA)

Issa Abdou Issa. Je ne suis pas socialiste, mais je veux rendre hommage à Lionel Jospin. À l’époque où j’étais étudiant, à la fin des années 1990 et au début des années 2000, j’ai suivi attentivement les décisions qu’il a prises pour Mayotte. Son action a été décisive pour préparer la départementalisation de notre île, devenue réalité en 2011. Sous son gouvernement, il a posé les bases d’une organisation administrative adaptée et d’un alignement progressif des droits sociaux à ceux du reste de la France. Ces mesures ont permis à Mayotte de s’intégrer dans la République avec plus de stabilité et de cohérence, tout en respectant les spécificités locales.

Je pense aussi à l’ouvrage de Marie-Noëlle Lienemann, Ma part d’inventaire, qui revient sur cette période et sur le choc politique de 2002. Pour moi, rappeler ce travail, c’est souligner que l’histoire de Mayotte se construit sur le temps long et que certaines contributions méritent respect et reconnaissance. Lionel Jospin a fait partie de ceux qui ont permis à notre territoire de franchir une étape importante, et il est juste de lui rendre hommage aujourd’hui.

Propos recueillis par Mathilde Hangard 

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