Colloque à Mayotte : tirer les leçons de Chido

Un an après le passage de Chido, Mayotte se réinvente. Le colloque qui s’est ouvert ce lundi au sein de l’hémicycle Younoussa Bamana combine réflexion scientifique, dialogue institutionnel et espoir pour l’avenir de l’île.

Le cyclone Chido a frappé Mayotte il y a un an, laissant derrière lui un sentiment de désolation et l’impression que l’île, déjà fragile, ne se relèverait pas. Mais le colloque « Mayotte à l’épreuve de Chido » change la donne. Durant deux jours, chercheurs, juristes et élus vont analyser en profondeur les vulnérabilités du territoire, mais surtout identifier des leviers durables pour le développement et la résilience de l’île. Entre témoignages poignants, analyses scientifiques et coopération régionale avec La Réunion, l’événement offre un souffle de lucidité et d’espoir, et trace un cap pour reconstruire Mayotte face aux risques climatiques.

Penser l’avant et l’après Chido : la population au centre

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L’entrée de l’école de Vahibé 1 : un an après le cyclone Chido, Mayotte porte encore les stigmates de la catastrophe.

Philippe Charpentier, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université de Mayotte, a ouvert le colloque en posant une question simple mais fondamentale : « S’engager dans un projet, c’est produire quelque chose qui dure. Mais cette œuvre sera-t-elle celle d’une seule personne ou celle de la population ? Et quels habitants solliciter ? Les jeunes, qui seront les adultes de demain ? Les personnes migrantes ? Les personnes les plus vulnérables ? ».

L’idée était claire : reconstruire Mayotte ne peut se faire sans réfléchir à la participation et à la place de tous ses habitants. Georgeta Steca, anthropologue, a apporté un éclairage venu du terrain : « Ce n’est pas une catastrophe naturelle, mais une catastrophe politique », lui rapportait un habitant au lendemain de Chido. Elle a partagé les travaux réalisés avec ses étudiants, basés sur des témoignages directs des personnes touchées.

Les souffrances des enfants et des étudiants ont été particulièrement mises en avant : traumatisés par le cyclone, beaucoup n’ont pas bénéficié d’un suivi psychologique. L’UNICEF avait déjà alerté sur ce point. Cette dimension humaine donne au colloque un ton à la fois scientifique et profondément humain : un moment qui fait du bien au cœur, tout en pointant des failles à corriger.

L’eau, fil conducteur des vulnérabilités mahoraises

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À Mayotte, les bornes fontaines et rampes d’eau, qui assurent moins de 1 % de la consommation totale, restent pourtant vitales pour plus de 30 % de la population non raccordée, une vulnérabilité aggravée depuis le cyclone Chido.

L’eau est au cœur de la vulnérabilité de Mayotte. Loïc Grard a rappelé que 30 % de la population n’a toujours pas accès à l’eau courante, tandis que Damien Devault, spécialiste en écotoxicologie marine, a dressé un tableau inquiétant. « Mayotte est un territoire déforesté, avec une forte érosion des sols. L’urbanisation et la montée du niveau de la mer fragilisent la ressource en eau. Durant Chido, le réseau d’eau, électrique et routier s’est effondré ». 

95 % de l’eau potable de l’île dépend directement de la pluie et des nappes phréatiques, le dessalement ne représentant que 5 %. Cette dépendance extrême rend Mayotte particulièrement vulnérable aux aléas climatiques. Les chercheurs en psychologie et sociologie des crises, Maud Devès, Clara Duchet et Louise Le Vagueresse, ont montré que ce déficit ne se limite pas à un problème matériel : il affecte profondément le quotidien et le bien-être des habitants, accentuant le traumatisme post-cyclonique, notamment chez les enfants.

Enjeux environnementaux et responsabilité de l’État : Mayotte face à l’avenir

Après avoir exploré l’humain et l’eau, la matinée du colloque s’est tournée vers les défis économiques et environnementaux, ainsi que vers la coopération régionale, autant de leviers pour l’avenir de Mayotte.

De nombreux experts sont intervenus à l’occasion du premier jour du colloque.

Victor Bianchi, spécialiste en sciences économiques, a jeté un regard lucide sur l’économie informelle, souvent critiquée mais ici salvatrice : « C’est une économie de survie, plus ou moins morale, qui encadre les activités humaines dans les grandes villes. À Mayotte, elle a été malgré tout indispensable après la catastrophe ». Une économie qui a permis à l’île de tenir debout… mais qui ne suffit pas à combler toutes les lacunes. Un an après Chido, de nombreux Mahorais n’ont toujours pas été indemnisés, révélant les limites de la reconstruction.

Puis Vincent Roux, docteur en droit, est monté au créneau pour parler de ce qui reste invisible mais fondamental : l’environnement. Pour lui, Chido n’est pas seulement un événement ponctuel, mais un accélérateur d’un processus écologique à long terme. Forêts, mangroves, lagon, reliefs volcaniques… autant de zones fragiles qui ont subi vents, vagues, ruissellements et glissements de terrain. Les sols érodés, les plages fragilisées, les mangroves endommagées… tous ces dommages mettent en lumière les limites d’un développement territorial qui ignore le climat. « Ces perturbations exigent une approche intégrée du droit de l’environnement et des politiques climatiques », alerte-t-il, rappelant que l’absence de plan de prévention ou de consolidation de certaines zones pourrait engager la responsabilité de l’État. Submersion marine, dérèglements climatiques, volcan sous-marin susceptible de provoquer séismes et tsunamis : Chido est un signal d’alerte, et Mayotte n’a pas le droit à l’improvisation.

Entre réalisme et optimisme, c’est ce qui fait aujourd’hui la force du colloque : au-delà des dégâts, Mayotte peut se projeter, avec des outils, des experts et des partenaires, vers un développement durable et une résilience accrue. Le cyclone n’a pas enterré l’île, il lui a, d’une certaine façon, montré la route à suivre.

Mathilde Hangard

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