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mercredi 7 décembre 2022
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Tribune Issihaka Abdillah : « De Dhogoni* à Sada »

Ce n’est apparemment pas un phénomène de société que notre chroniqueur Issihaka Abdillah décrit cette fois-ci, quoiqu’on pourrait qualifier ainsi sa conclusion. C’est un hommage à Mansour Kamardine, davantage encore au candidat LR battu des départementales partielles qu’au député. En ne voulant pas que cette défaite soit bradée et sitôt oubliée, Issihaka Abdillah qui a rejoint son parti sur le tard en arrivant du camp socialiste, restaure son combat en passant par la case départementalisation, et en rehaussant le fait politique, loue son refus des puissances de l’argent lorsqu’elles sont nuisibles.

« Le deuxième tour de l’élection départementale partielle du canton de Sada a eu lieu le dimanche 2 octobre 2022. Ce vote a été très scruté, naturellement à Mayotte, mais également au niveau régional et national. Car, penser que les enjeux de cette élection étaient seulement locaux, serait une faute politique et pour cause, la personnalité du candidat Mansour Kamardine, et son poids politique, ne sont pas ordinaires. Du haut de ses 40 ans de vie publique, détracteurs et adversaires sont aussi nombreux et multiples que ses années passées en politique. De sa fringante jeunesse à la soixantaine passée, il aura été de tous les combats pour l’ancrage de Mayotte dans la République. Dans son combat de toujours, se lit la conjonction de plusieurs paramètres : un idéal et une ambition pour son île, un engagement militant assumé et une fidélité à son projet pour la société. Par ailleurs, nous nous gardons de toute fascination excessive pour l’individu avec qui nous entretenons des amitiés de longue date.

Porte-parole d’une nouvelle génération de départementalistes opposés à la ligne du MPM (Mouvement Populaire Mahorais) dans les années 80, Mansour Kamardine a été à travers son mouvement politique le RPR (Rassemblement Pour la République) un grand militant de la démocratie, du multipartisme et de la départementalisation de Mayotte. Éternel incompris de l’establishment de l’époque, c’est au cours de la décennie 80 que son mouvement va difficilement s’implanter dans le paysage politique local mais avec quelques succès électoraux éclatants. Il faut rappeler qu’à cette période le MPM avait encore un quasi monopole de l’activité politique au sein de l’île. Icône de la modernisation des institutions locales, du développement économique et social de Mayotte, il va militer pour la promotion politique des jeunes mahorais. Il n’hésitera pas plus tard à croiser le fer avec Henry Jean-Batiste, candidat incontesté du puissant MPM à deux reprises lors des élections législatives.

Mansour Kamardine, Mayotte
Mansour Kamardine, victorieux aux législatives de 2017 (Photo JDM)

Tantôt adversaire, tantôt ami des grands hommes politiques locaux, il n’a eu de cesse de défendre la cause de Mayotte. Pas un homme d’Etat français de ces trois dernières décennies ne reconnait son engagement pour Mayotte française. Alors que son mouvement militait pour une « départementalisation immédiate » de Mayotte, il sera qualifié « d’ennemi de la départementalisation » par ses adversaires durant toute la décennie 80. De 1975 jusqu’à la fin des années 90, il y avait cette idée bien entretenue qu’il fallait appartenir au MPM pour être un « départementaliste authentique ». L’appartenance au MPM était un gage de sincérité au combat Mayotte française et un acte de fidélité au « serment de Sada ». N’empêche, nous sommes au milieu des années 90, l’évolution statutaire de Mayotte est à l’arrêt. La consultation promise ne vient pas. De report en report, Mansour Kamardine finit par convaincre Younoussa Bamana alors président du Conseil général d’initier l’organisation d’une « consultation sauvage » de la population en réponse aux hésitations et atermoiements parisiens sur la problématique de l’évolution statutaire de Mayotte. Cette initiative aussi hasardeuse fut-elle et au demeurant persuasive, finit par convaincre le gouvernement de Lionel Jospin d’organiser la consultation tant promise aux mahorais en vue de l’évolution statuaire du territoire. C’est ainsi que le 7 novembre 1997, à Dzaoudzi, Jean-Jacques Queyrane, Secrétaire d’Etat à l’outre-mer précisera : « Je peux aujourd’hui le confirmer devant vous : cette consultation devrait pouvoir se tenir d’ici à l’an 2000. Le président de la République et le Premier Ministre se sont prononcés pour que cette consultation ait lieu avant la fin de la décennie ».

La perspective de cette consultation sur « l’avenir institutionnel de Mayotte » a été rendue possible grâce aux efforts conjugués des femmes et des hommes politiques locaux dans un élan inter partisan. Mansour Kamardine en faisait partie et a joué un rôle d’une extrême importance et décisif. Quelques semaines plus tard, il sera l’un des principaux acteurs et artisans des Accords de Paris du 27 janvier 2000 sur l’avenir institutionnel de Mayotte. Également, il prendra une part très active pour la campagne du « OUI » à l’évolution institutionnelle de Mayotte en vue de la consultation du 2 juillet 2000.

La grande proximité entretenue entre Mansour Kamardine et Jacques Chirac présidant les destinées de la France pendant cette période va permettre une avancée spectaculaire de la question de l’évolution statutaire de Mayotte avec des engagements forts et fermes tant sur le plan social qu’économique. Respecté par ses opposants, adulé par ses partisans, il est fidèle à ses idées. Peu enclin aux compromis mous, il est qualifié de « dribbleur », celui qui sait toujours se défaire des situations compliquées. Ses talents politiques sont suffisamment reconnus par tous pour être surnommé « MESSI » en comparaison du vertueux footballeur argentin du nom de Lionel Messi. Mansour Kamardine reste à ce jour l’un des hommes politiques mahorais incarnant le mieux le combat de Mayotte française.

En tant que président du Conseil portuaire, Mansour Kamardine avait dénoncé de graves dysfonctionnements au port de Longoni

En tant que député et de l’avis de ses pairs, son activité parlementaire est jugée très active et sans compromis quand il est question de la défense des intérêts supérieurs de Mayotte. Sa présence au sein de l’hémicycle du Conseil départemental constituait un gage d’assurance pour beaucoup de mahorais mais aussi un puissant levier qui a permis au territoire de se sortir des situations très régulièrement mal engagées. Porte-parole des « sans voix », il n’hésitera pas à évoquer dès 2016 « le remplacement de la population de Mayotte ». Il sera qualifié alors « d’oiseau de mauvais augure » par une ministre d’un gouvernement de la République. Aujourd’hui, de façon très officielle, il est admis que plus de la moitié de la population de Mayotte est d’origine étrangère. Le 20 novembre 2018, chez André Bercoff à Sud Radio, il n’hésitera pas non plus à déclarer que « deux Aquarius arrivent à Mayotte par jour ». Dans le Figaro Live du 3 avril 2018, il soutiendra que « Le Quai d’Orsay ne supporte pas que Mayotte soit française. » Lors de la grève générale contre l’insécurité de 2018, il dénoncera « la non-assistance à une île en danger ». Aujourd’hui, la situation sécuritaire de l’île et les événements qui s’en sont suivis depuis lui ont largement donné raison.

On peut aisément imaginer qu’à l’annonce des résultats le soir du 2 octobre 2022, ce fut la fête à Dhogoni et à la rue Odinot. « L’empêcheur de tourner en rond » est battu. Sur le site d’information Alcomorya, dans un article intitulé « La chute du vieux baobab » en date du 2 octobre 2022, son auteur, Mohamed Moussa ne cache pas son enthousiasme presque démesuré. Oui, il est battu. Défait par ces jeunes politiciens qui montent vite, trop vite. Cette défaite, Mansour Kamardine l’avait pressenti, et en avait d’avance accepté le risque, lui qui, souvent, parlait de « la puissance de l’argent » qui fait gagner ou qui fait perdre. Tel un héros d’un conte mahorais, il a été battu par des forces occultes dont les plus férocement déterminés viendraient du Ziarra** de Dhogoni. A Paris, il lui est reproché, entre autre, le rejet unanime par les élus du conseil départemental du projet de loi Mayotte. Le départ de Mansour Kamardine du Conseil départemental n’est pas une défaite ordinaire. Savamment préparée par ses fervents opposants et adversaires politiques d’ici et d’ailleurs, elle est le symbole d’une page de l’histoire politique locale forcée à se tourner.

Mansour Kamardine en visio lors de l’avis négatif des élus sur le projet de loi Mayotte

Par les temps qui courent, la présence de Mansour Kamardine dans l’hémicycle du Conseil départemental n’était pas seulement nécessaire mais indispensable. Mais la démocratie, son éternel cheval de bataille, en a décidé autrement. Charge maintenant à la nouvelle génération de femmes et d’hommes politiques mahorais d’accélérer son appropriation des fondamentaux de la pensée politique de Mayotte. A l’évidence, beaucoup d’entre nous avons perdu l’esprit du Dhomo la Vildizera***, ce formidable élan de refus des inégalités manifesté par les mahorais à l’endroit des autorités de Moroni. Nous sommes au milieu des années 60, les mahorais se souciaient déjà du développement de leur île. Et ils l’ont fait savoir haut et fort en empêchant le transfert de Mayotte (Hamouro) vers la Grande-Comore du seul bulldozer des Comores. Ne pouvant pas cacher l’engin, ils ont réussi à s’emparer de sa lame (Dhomo), partie indispensable de la machine pour son usage habituel. Cet événement tout comme le « serment de Sada », sont les symboles du combat Mayotte française et du contrat de confiance signé entre les mahorais et ses dirigeants politiques. »

Issihaka ABDILLAH

* Les shimaorephone auront compris qu’il s’agit de Longoni

Ziarra** : Mot mahorais qui signifie un lieu saint où l’on peut se rendre pour une visite pieuse ou un renouvellement du pacte de confiance avec le guide spirituel. Comprenez ici qu’il est employé au sens figuré

Dhomo la Vildizera ***: Expression mahorais qui indique la lame d’un bulldozer. Le bulldozer se trouvait dans les environs du village de Hamouro lorsque la nouvelle de son transfert à Moroni est rependue sur toute l’île. Il ouvrait la piste entre Dembéni et Bandrélé

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