Prison ferme pour deux braconniers de tortues

La condamnation à deux ans de prison ferme de deux braconniers en appel en juillet dernier a inspiré les juges. Le tribunal revient sur le chemin de la fermeté avec les braconniers et se met en phase avec la dynamique qui se met en place sur le territoire contre ce fléau.

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Une des tortues dépecées en mai 2019

Alors que l’Etat, les associations et le Département se sont (enfin) décidés à travailler de concert contre le braconnage des tortues, la Justice semble elle aussi décidée à prendre sa part dans ce combat. Après une alternance de décisions plutôt légères et d’autres bien plus lourdes, il devenait compliqué de voir une cohérence dans la réponse judiciaire.

Vendredi en comparution immédiate, le parquet a invité les juges à s’inscrire dans la dynamique engagée au niveau du territoire en envoyant un message fort.

A la barre du tribunal, deux hommes étaient poursuivis après avoir été arrêtés par la BAC au niveau de la barge. Les policiers en patrouille de nuit avaient décidé de contrôler leur véhicule qui circuler de « manière erratique ». Et pour cause, le chauffeur était ivre.

Dans le coffre, plusieurs sacs contenant près de 10kg de viande de tortue… surgelée. Et dans la voiture, une puanteur caractéristique décrite pas les fonctionnaires.

La défense des deux hommes se voulait aussi simple que peu crédible. Le passager, un jeune Comorien, affirme que le chauffeur, français, n’était au courant de rien et que les sacs lui appartenaient. Une version corroborée par le conducteur ivre qui affirmait avoir simplement pris le jeune homme et ses sacs, en stop.

Mais plusieurs éléments mettent à mal cette version. Le passager n’a-t-il pas été entendu par les policiers dire au conducteur « il ne faut pas leur dire la vérité, dis leur que c’est de la viande de boeuf ou de cabri ». Le chauffeur censé ne rien savoir n’a-t-il pas « supplié » la BAC de fermer les yeux sur le contenu des sacs ?

De plus, alors que ce dernier jurait en garde à vue n’avoir « jamais vu de [sa] vie » le passager, leurs téléphones respectifs montrent pas moins de 500 appels entre les deux hommes, dont plus de 300 à l’initiative du conducteur. De quoi présumer d’échanges soutenus entre les deux protagonistes du procès.

Rapidement le passager reconnaît devant les enquêteurs avoir tué « une petite tortue », d’où la quantité de viande assez restreinte. Peu crédible pour l’association Oulanga Na Nyamba, partie civile au procès, selon laquelle les tortues qui viennent pondre font « entre 150 et 200kg ». De plus, le fait que la viande soit congelée fait davantage penser à un commerce structuré qu’à un braconnage opportuniste et ponctuel. Mais les perquisitions n’ont pas permis d’en savoir plus sur un éventuel trafic à grande échelle.

Sea Shepherd, par la voix de l’avocat Charles Simon appelait à une « peine qui a du sens » pour « les consommateurs qui sont des gens fortunés, éduqués et qui lisent la presse ».

« Une tribune pour insulter les Noirs »

Le parquet rappelait lui le contexte actuel. « Il y a un plan d’action important, le rôle de la justice n’est pas à ce niveau de prévention mais il n’en demeure pas moins que la justice ne peut pas être en dehors de ce plan, elle ne peut pas donner le sentiment qu’elle est extérieure à la réalité de ce département. » Et le procureur de réclamer 30 mois ferme avec maintien en détention pour le passager qui a admis avoir tué l’animal, et 15 mois avec maintien en détention pour le conducteur ivre, donc le rôle est moins clair. Seule chose sure, pour ce Français, électricien en CDI, le trafic de viande de tortue n’est pas une « activité de subsistance ».

Me Andjilani souhaiterait éduquer davantage les braconniers pour éviter la récidive

Du côté de la défense, Me Andjilani, rompu à ce genre d’affaire, répétait que « le premier pas vers le respect, c’est l’émerveillement », autrement dit, il préfèrerait éduquer que réprimer. Son homologue Ahmed Idriss dressait la comparaison avec le braconnage en Afrique où « aucune association, aucun procureur ne s’indigne ». Et de porter le débat sur le terrain communautaire. « On ne peut pas accepter que le tribunal correctionnel devienne une tribune dans laquelle on vient insulter les Noirs (…) Lui a tué pour manger, à la différence des riches occidentaux qui viennent tuer des animaux en Afrique ».

Des arguments qui n’ont que peu fait pencher la balance pour le passager du véhicule, condamné à 18 mois de prison ferme, et qui est reparti sous bonne escorte à Majicavo.
Le conducteur lui était relaxé pour la conduite en état d’ivresse en raison d’un vice de forme concernant l’éthylomètre, et condamné pour le transport de viande de tortue à 12 mois de prison ferme, mais aménageable. Il est ressorti libre avec une convocation devant le juge d’application des peines.

Tous deux doivent en outre verser 1000€ de dommages et intérêts aux associations Oulanga Na Nyamba et  Sea Shepherd.

Y.D.

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