Kahani, village maudit ?

Le personnel du dispensaire de Kahani est en droit de retrait, comme le fut celui du lycée du même village. Au vu de la liste des agressions, on les comprend. Direction la prévention, où beaucoup est encore à faire.

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Le dispensaire de Kahani au sein d'une enceinte grillagée

Le dispensaire et avant lui le lycée… ça commence à faire beaucoup pour un seul village qui ne renvoie pas une bonne image de cette zone verte du centre de l’île, entre Combani et Chiconi. Ce sont les évènements d’intrusion dans l’établissement scolaire qui avaient porté l’exaspération de la population à son comble en 2018, provoquant le soulèvement social contre la délinquance. Cette fois, c’est le dispensaire qui, dans une période de crise sanitaire où il devrait être dévolu aux malades, a suspendu son fonctionnement aux seules urgences. Le personnel sature de cette ambiance tendue, qui le touche dans le sein même de ses murs.

Car la dernière agression est le fait d’un mari mécontent de la prise en charge de la rage de dents de sa femme, qui semble avoir été contagieuse puisqu’il a défoncé une vitre à travers les barreaux qui la protégeaient. En 6 mois, ce sont 9 interventions qui ont sollicité les gendarmes, et deux procédures judiciaires qui ont été lancées.

Le général de gendarmerie Philippe Leclercq, revient pour nous sur le déroulé des agressions : « Il y a eu deux faits de jets de pierre contre le dispensaire, un en avril, l’autre en mai. En janvier et en mars, des règlements de compte entre jeunes qui avaient pris naissance ailleurs, se sont déportés à proximité de l’établissement. Outre un vol, il y a les agressions du fait des patients, comme cette femme enceinte qui a menacé la secrétaire à l’aide d’une pierre, ou ce mari contrarié par la prise en charge de son épouse ce 25 mai, et qui a cassé une vitre. Il est en cours de localisation. » Il faut y ajouter deux évènements récents, le 29 mai, deux jeunes victimes de violences à Chiconi n’ont pas été satisfaits de leur accueil, « et le 1er juin, un vol de téléphone avec menace à l’arme blanche ».

Si aucun agent du dispensaire n’a été blessé, il devient compliqué pour eux de se rendre sereinement sur leurs lieux de travail. Les gendarmes sont actuellement davantage présents sur le site, nous explique-t-il, mais on sait que l’accalmie ne perdure qu’à la condition de mettre en place des mesures durables.

Une grosse proportion de jeunes désœuvrés

En février 2016, ce sont les parents du collège qui manifestaient contre les violences à Kahani (Archives)

La compétence de la prévention de la délinquance, c’est le maire qui l’exerce. Nous avons donc interpellé le LR Ali Ahmed Combo. Il n’a aucune hésitation : « Nous avons le même problème qu’à Kawéni ici, avec une surreprésentation de jeunes et 80% de population en situation irrégulière dans deux quartiers, Comprani et Kardja Vendja. Parmi ces jeunes, nous n’avons pas de difficulté avec ceux qui sont nés ici ou ceux qui sont arrivés à 7 ou 8 ans, mais avec les autres si. » Avec les mêmes problèmes récurrents, la difficulté de scolariser les prétendants à l’école élémentaire, « il faudrait doubler les salles de classe et donc les budgets qui nous sont alloués », et les plus grands, « ils trainent, ils sont désœuvrés. »

Nous l’interrogeons sur les moyens mis en œuvre, alors que nous parviennent des échos de tenue aléatoire du Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance (CLSPD). Ali Ahmed Combo nous assure du contraire, « ils fonctionnent, ainsi que le Centre Communal d’Action Sociale. Nous avons essayé de travailler avec les parents aussi ». Sur ce chapitre, aucune grande action n’est encore envisagée, on pense aux Conseils pour les droits et les devoirs des familles (CDDF), qu’avait préconisé le capitaine Chamassi lors des réunions de sécurité et de prévention de la délinquance en mairie, centrés sur l’autorité parentale. Il est plus que temps de s’y pencher.

Pour agir sur la prévention, des associations sont implantées, évoque-t-il, « Tama (Mlézi) est à Kahani, ainsi que des associations culturelles. Et nous avons construit un terrain de foot, mis en place de l’éclairage public et des points d’eau. » Les jeunes manquent donc clairement d’occupations, et surtout de formation.

Le maire, lui, ne se représente pas, mais figure sur la liste LR aux municipales.

Anne Perzo-Lafond

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