Pourquoi il fallait sévir contre ces gros moustiques appelés avions qui nous contaminent

A l’heure où les critiques fusent en métropole sur un nombre insuffisant de tests qui expliquerait le taux de mortalité bien supérieur à l’Allemagne, les outre-mer veulent être protégés. Un arrêté vient d’être pris pour renforcer les restrictions de vol entre la métropole et les outre-mer. La Réunion le complète par des mesures strictes.

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Les cabines devraient être quasiment vides dorénavant

Etats-Unis, Allemagne, Malte, Maroc, Inde, Israël, Kazakhstan, Jordanie, Vietnam, Danemark, et j’en passe, et plus prés de nous, Kenya, l’île Maurice, Madagascar : tous ces pays ont fermé leurs frontières aux liaisons arrivants de France, qu’elles soient aériennes ou maritimes. Et pendant que la planète redessinait avec de gros traits noirs les séparations entre les pays il y a une semaine, les outre-mer français, encore vierges de toute contamination, recevaient des flots de passagers en provenance de métropole. Particulièrement à Mayotte en cette fin de vacances scolaires. Nous avions titré « La métropole continue d’approvisionner les outre-mer en cas de Coronavirus ». Il fallait notamment éviter l’éclatement entre les familles et faire revenir les enfants.

La ministre des Outre-mer Annick Girardin a tenu une conférence de presse la semaine dernière pour demander qu’une « quatorzaine très stricte » oblige « toute personne qui pénètre dans un territoire d’outre-mer » à rester chez elle, ainsi que « ceux qui vivent sous le même toit ». Puis les deux préfets de La Réunion et de Mayotte publiaient vendredi un arrêté restreignant les déplacements à trois cas, « les déplacements pour motif familial impérieux, pour motif de santé impérieux, ou motif professionnel insusceptible d’être différé. »

Aucune contamination dans l’avion ?

Les cartes d’embarquement, des sésames devenus rares

Mais c’était encore trop. Il suffisait d’entendre le récit édifiant de ce médecin réunionnais que notre confrère Pierrot Dupuy de zinfos 974.com a prénommé Albert. Parti il y a 10 jours en métropole pour assister à un colloque, qu’on pourrait considérer aujourd’hui comme un « motif professionnel » sans doute pas impérieux, mais finalement annulé, il rentre au plus vite à La Réunion. Il retrace le voyage de retour dans l’avion au milieu de toux émanant de passagers non contrôlés à Roissy et pas plus à Gillot à l’arrivée. Si les autorités répètent qu’aucune contamination n’a lieu dans les avions par la clim, qu’en est-il d’un passager qui toucherait la poignée des WC après une main contaminée ?! En tout cas, Albert ressent des symptômes typiques de la maladie, et malgré son appel au 15, il ne sera pris en charge que 48 heures après. Et encore, on lui demande de se rendre à l’hôpital en voiture, ce qu’il refuse se sentant trop faible. Un témoignage qui colle à la réalité de Mayotte, comme le montraient les témoignages dans nos colonnes des 2ème et 3ème cas recensés.

On le voit, le décalage entre les annonces et les moyens réels mis en place était jusqu’à présent important, et on continuait à hypothéquer l’avenir en le pensant meilleur en terme de prise en charge. Et alors que Mayotte est toujours sous le coup d’une forte épidémie de dengue.

Des paradoxes contagieux

Durcissement de la répression ce dimanche

En métropole, devant l’ampleur de l’épidémie, le ministère de la Santé reconnaît ne plus tester tous les patients présentant des symptômes. Ce qui implique que le nombre de cas réels est très supérieur aux cas déclarés. A Mulhouse, le responsable du service de réanimation confiait en direct sur les chaines d’information continue devoir effectuer un tri en écartant les personnes trop fragiles qui ne pourraient supporter une prise en charge lourde, et on désengorge les services encombrés de Corse pour transporter les malades au Tripode de Bordeaux.

Sur les 11 cas de Coronavirus déclarés ce dimanche à Mayotte, 6 ont été importés de métropole, nous dit l’ARS. Parmi les 5 autres, 2 ont été contaminés sur l’île par contacts identifiés, mais l’incertitude demeure pour les 3 autres. Des vérifications ont permis de cerner une contamination locale, et ont incité le préfet à durcir la répression sur les déplacements.

Il ne fallait donc pas attendre de se retrouver submergés comme en métropole en subissant, et en ne faisant que regarder nos 16 lits de réanimation devenus trop petits.

Si un sas sanitaire a été mis en place à l’aéroport de Mayotte, il n’est utile qu’en terme d’information puisque la maladie peut se déclarer chez un passager dans les heures qui suivent. Il serait même vain d’y tester tout le monde pour cette même raison.

Nous n’avons pas peur des paradoxes, avec d’un côté des arrivées aériennes qui impliquent d’acheminer des passagers jusque chez eux, même au sud de l’île, et d’un autre les déplacements intérieurs interdits pour les habitants lorsqu’ils sont trop éloignés de leurs habitations… Contraindre toujours plus la vie des habitants, en continuant à accueillir de nouveaux cas était une hérésie, c’est l’inverse qu’il fallait faire.

« Ce ne serait pas humain »

Un contrôle sanitaire avec entretien individuel à La Réunion

C’est donc une mesure cartésienne qu’il fallait prendre en stoppant les arrivées de voyageurs depuis la métropole. Et c’est un entre-deux qu’a décidé le ministre de la Santé Olivier Véran en interdisant les vols sous condition depuis ce dimanche minuit. On entend bien sûr les besoins du CHM et de l’ARS avec l’arrivée hebdomadaire des 3 tonnes de frets médicaux, et l’indispensable capacité en evasan, deux contraintes absorbables aisément par les avions-cargos, c’est d’ailleurs la solution mise en place par Madagascar depuis quelques jours.

La décision de ne faire que restreindre sera porteuse si elle est accompagnée. Dans son discours à la population ce dimanche, le préfet de La Réunion Jacques Billant, justifiait sa décision de ne pas fermer l’aéroport, en rappelant que Réunionnais ne pouvaient « rester à la porte », « ce ne serait pas humain ». Mais il l’accompagne de contraintes : des entretiens individuels des passagers arrivants, et en cas de symptômes, des tests de dépistage de Coronavirus, avec ‘quatorzaine stricte’ et obligatoire, et « suivi de leur situation pour contrôler les règles de confinement », notamment par « des appels téléphoniques journaliers ». Des aménagements indispensables pour accompagner l’arrêté.

Anne Perzo-Lafond

3 Commentaires

  1. On continue à avancer l’humanisme comme argument pour autoriser des rentrées depuis la métropole.
    Mais alors, serait-ce humain de permettre la propagation de la maladie en outre-mer sous prétexte de ne pas laisser quelques voyageurs égoïstes à la porte ? N’oublions pas que la maladie est partie d’une seule personne en Chine en décembre 2019 pour contaminer la planète entière.
    Qu’ils continuent à faire les guignols, ces préfets de Réunion et Mayotte.

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