Entre méfiance et crainte de vols, la difficile évacuation des bidonvilles

Des milliers d'habitants en situation précaire ont refusé l'hébergement d'urgence le temps du passage de Belna. Des habitants craignent les cambriolages, certains ont déposé leurs enfants dans les sites protégés avant de rentrer seuls pour garder leur domicile. D'autres s'en remettent à Dieu. Les maillots jaunes ont parfois du mal à faire entendre raison aux habitants menacés.

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Les Maillots Jaunes organisent la mise à l'abri ici à Vétiver, Cavani

16h30, alors que l’alerte rouge est en vigueur depuis une demi-heure, plus aucun véhicule n’est autorisé à circuler, et les habitants sont censé être tous confinés. Une demi-heure plus tôt, les voitures de la Ville de Mamoudzou multipliaient encore les allers-retours pour amener un maximum d’habitants aux centres d’accueil. A Vétiver, les véhicules se rendent au lycée Bamana.

Hamada est référent des Maillots jaunes, et policier réserviste. Il coordonne l’évacuation. “L’opération a commencé à 9h pour évacuer les habitants vers le lycée Bamana et les établissements scolaires, explique-t-il. Des voitures passent pour prendre les habitants. On a emmené environ 1200 personnes, mais des gens refusent de venir, car ils ont peur que des gens volent leurs affaires s’il s’absentent. D’autres répondent qu’on est pas Dieu, que c’est pas à nous de décider. Pour eux, c’est incha Allah. On essaye de les évacuer, et de leur expliquer le danger qu’il y a, on fait de la prévention. On a 500 ou 600 personnes qui voulaient rester là, des maillots jaunes sont montés pour tenter de leur expliquer et certains ont décidé de sortir.”

Parmi eux, Moussa prendra une des dernières voitures avec sa femme et ses enfants. “On va au lycée Bamana se mettre à l’abri, parce que le préfet a décidé l’alerte rouge à 16h. J’ai déjà connu un cyclone à Madagascar, j’ai expliqué aux voisins le danger mais des gens ont refusé de partir, au moins 3 maisons que je connais” regrette-t-il.

Moins de 10% des habitants en danger ont été mis à l’abri

En effet, sur 50 000 personnes supposées en habitat à risque, la mairie n’en accueillait que 4500 à 16h30. En dehors du lycée polyvalent de Kawéni et du collège de Doujani (plus de 1000 personnes accueillies), les centres d’hébergement sont assez peu remplis regrette la mairie. «Certains parents déposent leurs enfants pour les mettre à l’abri et repartent pour garder leur maison, on a beaucoup d’enfants sans parents » note un agent municipal.

Maman Moussa a pris une des dernières voitures en direction du lycée Bamana avec ses enfants

Beaucoup “croient que c’est du Kashkazi comme d’habitude” constate Saidina Ali Said Chanfi, un habitant du quartier Vétiver. Alors il reste devant chez lui et prévient ceux qui passent d’aller se mettre à l’abri. “J’ai connu Kamisy, en 1984 on a vu la toiture du dispensaire de Sada voler à 100m. On comptait les maisons qui étaient restées debout. Parmi elles il y avait celle de mon père. Une centaine de personnes a résidé chez nous pendant 2 semaines” se souvient-il, conscient des risques potentiels.
Devant lui, plusieurs adolescents passent. L’homme les interpelle, tente de leur expliquer le danger. “Ils ne savent même pas qu’il y a un cyclone… Ou alors ils jouent aux durs” déplore-t-il. Trois d’entre eux se laissent convaincre et montent dans la dernière voiture. Le quatrième, 14 ans, repart vers les hauteurs…

Y.D.

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