Coupures d’eau : le spectre de la pénurie se profile à nouveau

« Suite aux travaux du plan d’urgence eau »… La sentence est synonyme de coupures d’eau à répétition pour les habitants du nord-est de l’île. En réalité, les capacités de production ne suivent plus la consommation.

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Comparaison entre les niveaux de début novembre 2017 (à droite) et la même date en 2019 (à gauche) de la retenue collinaire de Combani

On aimerait que le syndicat des Eaux soit sous les feux des projecteurs pour ses réalisations, comme naguère, mais c’est loin d’être le cas. Pour répondre au déficit de consommation des fonds, de l’assainissement et du plan urgence eau qui date de 2017, deux délégations de service public sont en cours, refusées par les agents dont les banderoles barrent toujours l’entrée du syndicat à Kawéni.

Mais la traduction de ces sous-consommations n’a pas tardé à se manifester : les robinets des habitants du nord-est de Mayotte sont de plus en plus à sec. Depuis 6 jours, les coupures se font de plus en plus fréquentes, et de plus en plus généralisées. Celle de la nuit dernière englobe le Grand Mamoudzou, Koungou et Petite Terre.

La raison principale est à chercher du côté de la production d’eau à partir des usines de potabilité, « elle se fait toujours à flux tendus », nous explique un fin connaisseur du dossier qui souhaite rester anonyme. Les travaux d’extension de stockage n’ayant pas eu lieu. C’était pourtant une préconisation du plan urgence eau de 2017que devait mener le Sieam, le syndicat intercommunal d’eau et d’Assainissement de Mayotte.

Des coupures peu économes en ressource

Travaux en cours sur la retenue collinaire de Combani

D’autre part, la période de retour de vacances a accentué le décalage entre production et consommation, il faut dire que le nombre d’abonnés de la Mahoraise des eaux (SMAE) s’accroit constamment, 2.000 de plus sont raccordés en 2018.

La SMAE précise donc dans ses communiqués que les coupures qui impactent le nord-est, sont provoquées par les travaux du plan urgence eau. En effet, la phase d’essai des travaux d’interconnexion implique de couper l’approvisionnement par les forages, ce qui provoque les coupures à répétition. En réalité, l’effet recherché est double, avec également une volonté d’économie sur la consommation de la ressource.

Mais avec plus ou moins de réussite, « une économie de 300 mètres cubes dans la nuit peut être réduite à néant si les abonnés surconsomment lors de la remise en eau, en remplissant notamment des jerricans », se plaint notre interlocuteur. Une réaction qui reste humaine, surtout pour les familles avec enfants. Une information avec un prévisionnel de coupure pourrait sans doute améliorer les choses. En matière de répartition aussi, « si les habitants qui vivent dans les parties basses du circuit surconsomment, ceux d’en haut seront réapprovisionnés plus tardivement. »

3 ans entre un forage et sa mise en service

La vue panoramique de la retenue de Combani révèle le niveau bas ce 3 novembre 2019

A la réalisation tardive de l’interconnexion et de la rehausse de la retenue collinaire de Combani, s’ajoute le délai nécessaire à l’exploitation des forages. « Il peut s’écouler 3 ans entre la percée et l’intégration opérationnelle du forage dans le circuit. Il faut en passer par la phase de forage d’essai, par les prélèvements de l’ARS, et l’évaluation de la capacité de production »..

Ces délais et retards font peser un risque identique à 2016, lorsque le sud avait été touché par des tours d’eau, avec un approvisionnement au robinet un jour sur trois. Un arrêté de restriction serait en préparation à la préfecture, ce qui arrive fréquemment à cette époque de l’année où les arrosages de jardins et les lavages de voitures sont proscrits. Mais un risque fort pèse sur une nouvelle mise en place de tour d’eau en cas de déficit de pluviométrie, et qui concernerait pour le coup l’ensemble de l’île, en raison de la mutualisation de l’approvisionnement. D’autant plus, que les incendies ont été nombreux, avec une mobilisation de gros volume d’eau cet été lors de l’incendie d’Enzo.

Des installations érigées dans le cadre du plan urgence eau à Combani

Le niveau des retenues collinaires reste bas, notamment à Combani (voir photos) et la 3ème retenue collinaire semble quasiment enterrée, après le cocorico sur le foncier du président du Syndicat Bavi qui s’apparentait donc à un chant du cygne.

Sur le plan de la gouvernance, le préfet assure une pseudo tutelle préconisée par le rapport de la Chambre régionale des comptes, qui a permis d’enfin lancer les travaux d’urgence. Il doit recevoir les agents grévistes cette semaine.

Anne Perzo-Lafond

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