Le procureur demande que l’ex-patron du GIR soit jugé

Des « charges suffisantes », c’est ce qui incite le procureur de la République du Tribunal de Grande Instance de Mamoudzou, à demander que l’ancien patron du GIR, le Groupement d’Intervention Régional, soit renvoyé devant le tribunal correctionnel pour y être jugé, ainsi que 7 autres personnes dans cette affaire.

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Retour sur cette affaire de trafic de drogue, couvert par des transports maritimes de clandestins, dans lesquels policiers et gendarmes du GIR pourraient être mouillés. En marge de ce possible trafic, une jeune femme de 17 ans, Roukia, était morte par overdose, des policiers et des gendarmes avaient été condamnés, et le fonctionnement du GIR pointé du doigt. Il avait été dissout depuis.

C’est dans le cadre d’un soupçon de trafic de kwassa, organisé par un certain Adi, que les protagonistes vont peu à peu parler. Du statut de simple pêcheurs, à celui d’ordonnateurs, leurs témoignages permet de recenser 18 kwassas imputables à leur organisation, entre le 22 septembre 2010 et le 29 janvier 2011. Un chef, Adi, et des adjoints chargés de récolter l’argent, prospecteurs pour démarcher d’éventuels candidats au départ… une filière que l’on peut qualifier d’habituelle à la barre du tribunal.

L’un des organisateur indique avoir travaillé pour une « agence », nom donné aux filières, et explique gagner 2.500 euros par traversée, chaque passager payant 500 euros.

Mais lors des auditions, les « petits », impliquent de plus grands. Plusieurs d’entre eux témoignent « s’être aperçu que trois informateurs du GIR avaient pour mission d’aller à Anjouan, et de faire entre de la drogue à Mayotte pour permettre au GIR de procéder à des interpellations et des saisies ». Des témoignages qui se répètent le long des 25 pages de réquisition du procureur de la République. Un pêcheur raconte, « on allait tous chercher du bangué ou des trafiquants car c’était ce qui était demandé par le GIR, mais ce n’était pas facile, car on n’était pas de ce milieu. » Des témoignages corroborés par des écoutes téléphoniques.

Un commerce triangulaire, papiers-drogue-immigration

On va peut-être enfin connaître les dessous de l’affaire

L’un explique qu’en échange, des papiers lui étaient promis par « Christophe et Tonton », qu’il a d’ailleurs physiquement rencontrés. « Tonton », le patron du GIR, étant venu le chercher lui-même en voiture, comme le rapporte le procureur. Mieux, le gendarme aurait fourni moteur et essence, afin de réaliser les transports de « mules », transporteurs de drogue.

A l’arrivée sur la plage de pompiers en Petite Terre, ces « mules » étaient interpellées, sans plus d’investigation sur une supposée filière de drogue, seul la quantité saisie importait, et pour cause, « les chiffres d’interpellation et de saisine du GIR excédaient très largement ceux des autres services, avec 149 kg saisis, contre 45kg et 21kg pour la PAF et la gendarmerie. »

Lors de ces « opérations de plage », aucun clandestin n’était interpellé. De là à imaginer un « deal » entre le chef du GIR et les organisateurs de filières clandestines, il n’y a qu’un pas : ils n’étaient pas inquiétés, en contrepartie d’une « importation » de résine de cannabis qui gonflerait les stats du GIR. L’un d’entre eux reconnaissait d’ailleurs que « les pilotes transportait également des passagers clandestins pour financer le transport de stupéfiant ». Ce serait donc un comble ! L’immigration clandestine orchestrée aux fins de promotion professionnelle… Le même accuse le patron du GIR d’avoir récupéré un moteur sous scellé pour le donner à un informateur.

Les deux gendarmes nient en bloc

Provoquer des importations de stupéfiant pour un Groupement censé les combattre, l’accusation est grave contre les deux gendarmes, et il est même étonnant qu’il ait fallu attendre 8 ans, pour déboucher sur un procès. Il faut sans doute chercher du côté de la procédure, puisqu’il était constaté que « les enquêteurs n’avaient posé aucune question aux gardés à vue sur les infractions en matière de produits stupéfiants, malgré le réquisitoire supplétif pour stupéfiants et les gardes à vue de 96 heures. » De graves accusations.

A l’issue les deux gendarmes, dont le patron du GIR, avaient été mis en examen pour deux chefs d’accusation. Pour l’aide à l’entrée, circulation ou séjour irrégulier d’un étranger à Mayotte, pour lequel le procureur demandera un non lieu, « faute d’éléments suffisants ». Mais également, pour complicité d’importation et de détention de stupéfiants, entre le 1er janvier et le 24 février 2011, ce qu’il faudra donc prouver lors d’un procès.

Les deux gendarmes nient en bloc toutes les accusations. Le “chef” du GIR indiquait n’avoir jamais demandé aux informateurs de démarcher des personnes pour ramener des stupéfiants à Mayotte, et que seuls les pêcheurs les appelaient depuis Anjouan pour signaler de probables passages de ballots « sentant le cannabis ». Il explique avoir contacté le parquet pour pouvoir monter une opération judiciaire.

Il s’agit d’un réquisitoire, donc d’éléments à charge contre les accusés. Il faudra attendre le procès pour se forger une opinion. En attendant, le procureur demande au juge le maintient du contrôle judiciaire* pour les 8 protagonistes.

Anne Perzo-Lafond

* Mesure qui permet de soumettre une personne à une ou plusieurs obligations, dans l’attente de sa comparution devant un tribunal pénal

11 Commentaires

  1. Nous savons que toute cette mascarade c’est pour “blanchir” les coupables. Quand Hakim Karki était chargé de cette affaire tout le monde lui mettait des bâtons dans les roues jusqu’au plus haut sommet de l’état pour finalement réussir à le piéger et l’écarter

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