Une délinquance en baisse, mais taillée au chombo

Moins de surprise en ce début d’année sur les chiffres de la délinquance puisqu’ils sont désormais livrés tous les trimestres, un effet du Plan Avenir pour Mayotte déclenché à la suite du mouvement social de février-mars 2018 précisément sur le thème de l’insécurité. Les acteurs de la sécurité s’expliquent sur la baisse des agressions.

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Le préfet Dominique Sorain et le procureur Camille Miansoni parlaient d'une baisse "fragile" de la délinquance

Un Plan qui aura permis sur son volet sécurité de renforcer en 2018 les effectifs de police et de gendarmerie, portant à 1.050 l’effectif de policiers et gendarmes du territoire, y compris la Police aux frontières. Renforcement des structures également, avec la CDI (Compagnie Départementale d’Intervention), la Brigade de prévention de la délinquance juvénile, et la Brigade de gendarmerie de Koungou. La Zone de Sécurité Prioritaire Mamoudzou-Petite Terre, et la Police de Sécurité du Quotidien, se sont accompagnées d’un doublement des crédits d’intervention en matière de prévention de la délinquance, et d’une augmentation de médiateurs, en partie financés par l’Etat, deux derniers postes qu’il va falloir accroitre néanmoins pour mettre l’accent sur la prévention.

Un déploiement de moyens qui explique en partie la baisse de la délinquance selon le préfet Dominique Sorain : « Avec une baisse de la délinquance générale de 8,8% en 2018, suivant la même tendance de moins 9% en 2017, c’est un mouvement long auquel on assiste, avec 8.197 faits contre 8.989 précédemment. » Un constat qu’il dit « fragile, il y a toujours trop de délinquance », mais qu’il faut comparer : « Nous ne sommes plus sur la hausse exponentielle que nous avions depuis 2016 ».

Car moins de délinquance ne signifie pas qu’elle est vaincue : nous avons encore 2.952 agressions physiques, contre 3.191 en 2017 (-7,5%), 104 victimes de violence familiale (-14,37%), 195 agressions contre les forces de l’ordre (-17,32%). Il y a eu 4.518 vols déclarés en 2018 (-16,3%), 897 cambriolages, une baisse spectaculaire de -31,80%, qui s’est accélérée au 4ème trimestre.

La tendance qui sous-tend cet apaisement, c’est celle de l’environnement scolaire : « il y a encore des caillassages, mais c’est devenu une exception », indique le préfet.

La prison remplie à 114%

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La délinquance ne baisse pas partout, « les atteintes sexuelles progressent de 13% », et les agressions sur les lieux touristiques augmentent, « il y a eu 73 agressions à l’arme blanche en 2018, contre 66 l’année précédente », informe le colonel (et bientôt général) Philippe Leclercq. Sont ciblés, le mont Choungui, les marches d’Acoua, la cascade de Soulou, et les plages. A noter 2 agressions ce mois de janvier 2019, sur la plage de N’Gouja.

Si la délinquance générale est en baisse, les actes sont de plus en plus violents. Contre les forces de l’ordre tout d’abord, « un major de la BAC de nuit a perdu un œil, et deux gendarmes ont été évasanés avec un pronostic vital engagé, ils se rétablissent lentement. » Et contre la population, « nous avons beaucoup de blessures graves, de mutilations et d’infirmités en raison de l’usage toujours très répandu du chombo dans les agressions, révélait le procureur Camille Miansoni, il faudrait en réduire l’utilisation ».

Le niveau de délinquance est à peu prés équivalent à celui de la Guadeloupe, « très en dessous de celui de la Guyane, et au-dessus de La Réunion », commente Dominique Sorain. Elle est supérieure à la métropole en terme d’atteinte physique*.

Margé la diminution de personnes mises en cause, les mesures de garde à vue se sont accentuées de 21%, « traduisant un meilleur taux d’élucidation des affaires et une activité judiciaire dynamique, soulignait le procureur, le taux d’occupation de la prison avait atteint 114% ».

Même sans les gilets jaunes

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Si le déploiement des forces de sécurité est une explication, « nous avons changé de braquet », souligne le magistrat, il faut s’attarder sur toutes les éventualités. Y a-t-il moins de dépôt de plainte par lassitude ? Pour le commissaire de Police Philippe Jos, « on peut penser que lorsqu’il y a eu vol de papiers lors d’un cambriolage, ou d’agressions, les victimes viennent systématiquement déposer plainte pour pouvoir les refaire. C’est la même chose pour les biens, avec l’objectif de faire jouer l’assurance ». Du côté de la gendarmerie, c’est pareil, « nous nous sommes rapprochés des citoyens aussi pour cela, avec l’implantation à Koungou et bientôt à Dembéni. » Et pour répondre à l’antienne « ça sert à rien ! », le procureur Miansoni indiquait que parfois « l’élucidation était tardive », mais que « tout est vérifié ».

Alors que la baisse de la délinquance a été plus marquée en « zone Police » (Grand Mamoudzou), « mais nous partions de très haut », qu’en zone Gendarmerie (le reste de l’île), on pourrait l’imputer au travail des associations de citoyens « Gilets jaunes » qui assurent une surveillance de proximité des quartiers de Mamoudzou, et qui offraient une présence dissuasive durant l’année 2018. « Il y a eu un impact certain en soirée, convenait le préfet, mais ils n’étaient plus présents à la fin du 4ème trimestre, et la délinquance a continué à diminuer. La mise en place de la vidéo surveillance à Mamoudzou a joué un rôle dissuasif ».

Les têtes d’affiche à l’abri

Moins de mineurs mis en cause

L’apaisement vient aussi du placement de « certaines têtes d’affiche » en détention selon le procureur, « d’ailleurs quand ils ont fini de purger leur peine, ça reprend ! »

Mayotte est aussi le territoire le moins touché par les homicides, trois sur l’année 2018, mais toujours pas élucidés, déplore le procureur, « curieusement, les gens ne parlent pas. »

Nous reviendrons sur les chiffres de la lutte contre l’immigration clandestine, mais pour conclure sur la délinquance, s’il se réjouit de cette baisse de la délinquance, le préfet veut mettre l’accent sur les sites touristiques, « indispensable pour développer le territoire », et son directeur de cabinet Etienne Guillet revient sur la mobilisation de médiateurs sur les plages pendant les vacances de décembre à Bandrélé, « il n’y a pas eu d’agressions. » A pérenniser donc, avec pourquoi pas des rondes systématiques sur l’ensemble des plages. « Un travail est mené avec les communes pour mettre les moyens sur la prévention et la répression », concluait Dominique Sorain.

Le colonel Leclercq promu général le 1er février 2019

Anne Perzo-Lafond

*Pour 1000 habitants :

– Atteintes volontaires à l’intégrité physique
Mayotte : 11,85/100                    Moyenne nationale: 9,42/1000
– Atteintes aux biens
Mayotte : 18,14/1000                  Moyenne nationale: 31,95/1000

– Cambriolages

Mayotte: 3,60/1000                     Moyenne nationale: 5,52/1000
-Violences crapuleuses
Mayotte: 2,89/1000                      Moyenne nationale: 1,41/1000
– Violences non-crapuleuses
Mayotte: 6,63/1000                      Moyenne nationale: 5,32/1000
– Violences sexuelles
Mayotte:0,92/1000                       Moyenne nationale: 0,76/1000

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