« Un nouveau projet productif et social », demandé par Emmanuel Macron, face à une rue qui attend humanité et vraie justice sociale

La Lettre aux français cadre le Grand débat national à venir autour de 4 grands axes, où ne transparaissent que quelques touches d’appel à une justice sociale. Il faudra faire plus.

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Plus de 6.000 gilets jaunes ont convergé vers la place du Grand Théâtre à Bordeaux ce samedi 12 janvier

Au départ, on a dressé un parallèle entre le mouvement des gilets jaunes, et les mobilisations sociales qui ont touché les outre-mer ces dernières années. Le sentiment d’injustice en comparaison avec la métropole ne semblait avoir d’égale que celle de la province vis à vis de Paris, sur le sujet de la taxe carburant et de son impact dans les campagnes pour ceux qui ont des kilomètres à avaler chaque jour.

Les territoires ultramarins connaissent d’ailleurs que trop bien l’aboutissement de ces mobilisations : des États généraux ou des Assises, où chacun est consulté pour bâtir un plan de développement… Ce qui ressemble à s’y méprendre à l’annonce du Grand débat national dont les contours ont eu du mal à être définis. Mais la comparaison s’arrête là.

On connaît désormais les tenants et les aboutissants de la grande consultation. Ils sont décrits dans une Lettre aux français rédigée par un président qui, lorsqu’il était candidat avait témoigné avoir vu « de l’intérieur la vacuité de notre système politique ». Il est donc permis d’en attendre beaucoup comme en témoigne une des premières phrases : « La société que nous voulons est une société dans laquelle pour réussir on ne devrait pas avoir besoin de relations ou de fortune, mais d’effort et de travail. » C’est un des enjeux forts en effet.

À la différence avec les mouvements récurrents ultramarins où il s’agit d’abonder ça et là sur la sécurité ou les écoles, le président fait monter les enchères : « Nous devons inventer un projet productif, social, éducatif, environnemental et européen nouveau, plus juste et plus efficace ».

Coupes dans des services publics « dépassés »

Emmanuel Macron en meeting à Mayotte fin mars 2017

L’incompréhension actuelle entre la population manifestante et le pouvoir tient dans ce que ce dernier reproche un déficit du « sens de l’effort », pointant une frange de la population qui profite des avantages sociaux (RSA, chômage, etc) et les casseurs. Mais celle qui vit difficilement sans être vraiment accompagnée personnellement, demande à être entendue. Or, certains qui vivent dans une extrême pauvreté, n’ont même pas l’énergie du désespoir pour s’en sortir. C’est notamment ce besoin d’humanité qui monte de la rue chaque samedi en métropole, lors des manifestations pacifistes.

Cette humanité apparaît ça et là dans la lettre présidentielle (Lettre aux français du président Macron), mais encore trop peu, et c’est elle pourtant qui doit servir de fil rouge des quatre thèmes annoncés : la fiscalité et les dépenses publiques, l’organisation de l’Etat et des services publics, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté.

Sur le 1er thème, l’impôt, le président rappelle son utilité et sa destination, dont le financement des services publics, et le paiement des intérêts d’une dette creusée par ses prédécesseurs, et, tout en s’interrogeant sur une fiscalité plus juste et plus efficace, oriente le débat : pas de nouvelles baisses d’impôt, mais des coupes dans des services publics « qui seraient dépassés ». Avec une remise en cause : « L’efficacité de la formation comme des services de l’emploi est souvent critiquée ».

Si l’organisation de l’Etat et des collectivités locales, 2ème thème, est interrogée sur son niveau de décentralisation, il va falloir en effet comme il le propose, revoir le fonctionnement de l’administration pour qu’elle soit au plus proche des citoyens qui en sont les principaux financeurs, on l’oublie trop souvent.

Quotas d’immigration

Place Tourny à Bordeaux, la revendication contre les taxes tient encore le haut du pavé

Sur le 3ème thème de la transition écologique, qui fait référence notamment à la taxe carburant à l’origine du mouvement des Gilets jaunes, le président jupitérien se pose enfin les questions des communs des mortels « Comment rend-on les solutions concrètes accessibles à tous, par exemple pour remplacer sa vieille chaudière ou sa vieille voiture ? Quelles sont les solutions les plus simples et les plus supportables sur un plan financier ? »

Les défilés quotidiens du samedi inspirent le 4ème axe au chef de l’Etat : « Redonner plus de force à la démocratie et la citoyenneté ». Ou comment améliorer le système de représentation lors des élections, quand « beaucoup ne se sentent pas représentés à l’issue des élections », et donc, descendent dans la rue. Parmi les nombreuses questions que le président nous pose à nous français, « faut-il reconnaître le vote blanc ? Faut-il rendre le vote obligatoire ? (.) Quelle est la bonne dose de proportionnelle ? »

C’est ce chapitre qui porte aussi la problématique de l’immigration et du devoir d’asile « qui ne saurait être remis en cause, mais qui pose la question de proposer un cadre pour une intégration réussie. » En découle une question sur des « objectifs annuels fixés par le Parlement », c’est à dire sur la possibilité de quotas migratoires.

Cette Lettre aux français ouvre le ban du Grand débat national lancé ce mardi, une consultation qui sera menée jusqu’à la mi-mars, notamment dans les mairies. « Un grand pas en avant pour notre république que de consulter ainsi ses citoyens », indique Emmanuel Macron.

Sans doute, mais le sujet de fond reste le décalage entre le mode de gouvernance emprunt de passe-droit pour les puissants, « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de la cour vous rendront blanc ou noir », constatait le fabuliste Lafontaine. Plus d’un exemple permet de constater l’actualité de l’adage, et le cas Benalla et l’ubuesque perquisition en août en est un. Et ce ne sont pas les résidences fiscales de grands chefs d’entreprise comme en est suspecté Carlos Ghosn, qui va détendre les petits contribuables.

Restaurer de l’humain dans l’application des textes de lois, et redonner aux habitants de ce pays des valeurs, fragilisées par les réseaux sociaux, voilà la véritable tâche du gouvernement.

Anne Perzo-Lafond

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