Bilan inégal sur les fonds européens à l’occasion du lancement du joli mois de l’Europe

Pour cette 9ème édition, pas de flonflons, quelques discours et quelques stands place de la République, mais l’essentiel est ailleurs. En plus d’une programmation sur l’ensemble du mois, il s’agit de faire le point régulièrement de la consommation des fonds sur un territoire à forts besoins de développement.

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Clin d’œil au « joli mois de mai » au cœur du printemps en métropole, le mois de l’Europe cueille Mayotte en plein automne, mais pas celui des fonds européens, assure Pierre Papadopoulos, Secrétaire général aux Affaires régionales (SGAR). “Nous sommes même bons”, rappelle-t-il sur le FEDER, consacré aux grosses infrastructures, « l’hôpital de Petite Terre, les modernisations du port et de l’aéroport, les amphidromes, ou le Plan d’urgence eau ». Ce fonds de 150 millions d’euros, « qui peut générer 180 millions d’euros d’investissement », est programmé à 80%, « le meilleur taux d’outre-mer ».

Le FEADER, dédié au secteur agricole, de l’installation aux jeunes agriculteurs à la modernisation des exploitations, est géré par la Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DAAF). Ce fonds de 60 millions a notamment été alloué à la construction des marchés couverts, « là encore, nous avons la meilleure consommation des DOM ».

Sur deux fonds de moindre volume, le FEAMP, maritime, doté de 3 millions d’euros, permettra de se doter de 7 pontons de pêche autour de l’île, et Interreg, 12 millions d’euros, n’a quasiment pas avancé faute de combattants. Madagascar qui freinait pour des raisons géopolitiques, l’a intégré en octobre 2017, et même raisons pour l’Union des Comores, « mais ils reviennent vers cette coopération. » Bien que faiblement doté, il représente un enjeu considérable du développement régional, et beaucoup de projets n’attendent que d’être programmés par l’autorité de gestion qu’est la préfecture.

Vers le transfert au Département

Les institutionnels et quelques gros porteurs de projet, ont lancé le joli mois de l’Europe

Enfin, terminons par le mauvais élève de la classe Fonds européen, le FSE, Fonds social européen, « le parent pauvre », en dépit des énormes besoins de l’île. Ses 70 millions pourraient être totalement investis, “il en reste 30, il manque des porteurs de projets, notamment dans la formation professionnelles. »

Rappelons que ce secteur en berne relève de la compétence du Conseil départemental, qui n’a programmé aucune formation professionnelle en 2017, à peine croyable, laissant les jeunes en besoin, sur le carreau. Il se pourrait même que des dégagements d’office soient opérés sur ce Fonds. C’est à dire qu’une partie de l’engagement budgétaire est dégagée d’office par la Commission européenne si elle n’a pas été utilisée.

Ce qui peut inquiéter sur la transmission de témoin de la préfecture au conseil départemental au 1er janvier 2021, de l’autorité de gestion des fonds, « à titre personnel, je pense que c’est important que le Département récupère cette compétence qui est la sienne », expliquait Pierre Papadopoulos au micro.

Nous avons interrogé l’élu qui en a la charge au conseil départemental, Sidi Mohamed. Il a pris la mesure de l’enjeu, puisque dans son discours il évoquait l’Europe comme « un projet politique qui structure et qui charpente le rêve des pères fondateurs de Mayotte française, ils ont fait le choix de la France pour la sécurité et pour la liberté », et qui répond donc à la fois « au défi identitaire » des Mahorais, en le sécurisant, et à « la construction des nombreux équipements structurants ».

Trop petits pour accéder aux fonds

Beaucoup de travail sur le chemin de l’autorité de gestion des fonds, explique Sidi Mohamed

C’est dans cet esprit, assure-t-il, que le Département se prépare à récupérer l’autorité de gestion des fonds : « Nous avons constitué un groupe de travail qui travaille depuis 3 mois, géré par le DGS, et qui vont livrer dans un mois leurs préconisations, pour avancer ensuite avec la préfecture jusqu’à la date de transmission. Certains de nos agents vont aller se former à La Réunion, qui a cette expertise. »

Car le différentiel de consommation entre le FEDER et le FSE tient aussi à la facilité qu’ont les grandes structures à débloquer les compétences de montage des dossiers, c’est le cas du FEDER, alors que les petites pêchent toujours par un déficit d’ingénierie. C’était une demande que la France devait porter à Bruxelles.

Peu de monde s’était déplacé place de la République où quelques stands ont été mis en place à la va-vite. « Le budget de la préfecture était mince », nous explique un participant. Les autorités n’ont d’ailleurs pas fait le tour des stands. On préfère en effet que le budget parte dans des actions bénéfiques au territoire, même s’il est « nécessaire de communiquer sur la consommation des fonds », évoquait Pierre Papadopoulos.

Ces 3 et 4 mai à 8h30, sera lancé le rallye de l’Europe, avec au programme pour les jeunes une découverte des bâtiments de l’administration publique de l’Etat, de la mairie de Mamoudzou et des services consulaires. Le samedi 5 mai, remise du « Prix mataba » lors du marché agricole de Coconi, le 15 mai dès 7h30, les visiteurs pourront découvrir les installations du lycée agricole de Coconi.

Le 16 mai, une conférence sur « Alternative des pesticides sur la culture maraichère », sera proposée au CUFR de Dembéni, le 18 mai, une visite de l’Ecomusée du sel de Bandrélé est proposée à 14h. Le 22 mai, à 14h, projection de film sur la cascade de Soulou à la mairie de Bandraboua, et le 23 mai, une matinée d’information sur les Fonds européens est proposée au CNFPT (rond point de Doujani) à 8h30 et une visite des halles de pêche de Kani Keli et Mtsahara respectivement à 9h30 et à 15h.

Du 2 au 26 mai, un concours photo « Emblèmes européens pour Mayotte » est organisé au Comité de Tourisme.

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com