Agriculture : des perspectives de développement, pour la DAAF

Dans sa dernière lettre de conjoncture de mars 2018, la Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DAAF) étudie la « bonne performance des aides agricoles européennes » à Mayotte. Le secteur est pourtant loin d’être florissant.

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Plus lente qu’un diesel, le démarrage de l’agriculture à Mayotte ! L’activation en 2014 des dispositifs POSEI (Programme d’options spécifiques liées à l’éloignement et à l’insularité) qui permet l’adaptation de la politique agricole commune de l’Union européenne aux départements d’outre-mer, « bénéfique à la production des cultures d’ylang ylang et de vanille », et de l’Indemnité compensatrice de handicaps naturels, a permis d’octroyer d’avantage d’aides, 2,8 millions d’euros en 2017 contre 500.000 euros environ dans les années 2010-2012. Nous sommes cependant loin de montants qui pourraient porter la filière.

Le nombre de bénéficiaires est en augmentation, mais avec seulement 1.500 exploitants subventionnés, et un montant moyen annuel par agriculteur de 1.750 euros, pour une surface moyenne déclarée de 1,5 ha, avec un objectif de dépasser les 2.000 en 2020.

On note également un accompagnement sur le coût de l’acheminement des denrées alimentaires de première nécessité, soit par l’exonération de droit de douane, soit en les subventionnant, notamment sur l’importation de matière première comme le soja et le maïs en aliments pour le bétail. Outre le développement des filières fruits et légumes et de l’élevage avicole, la relance de la distillation d’ylang grâce au doublement obtenu de l’aide au litre d’huile essentielle pourrait augmenter de façon importante la sollicitation de cette aide pour les prochaines campagnes.

De gros projets lourds à porter

La DAAF de Mayotte

Des évolutions timides bien qu’orientées à la hausse. On peut alors se demander pourquoi le secteur agricole ne décolle pas. La note express de l’Institut d’Emission des Départements d’outre-mer (IEDOM) pour 2017 fait également état d’une « activité en berne pour l’industrie agroalimentaire ».

Pour la DAAF, le déficit en porteurs de projets en est toujours en cause. Le plus gros budget de consommation du Programme de Développement rural est celui des équipements collectifs en milieu rural, avec 27 millions d’€, dont 5.5 pour les pistes rurales et 15.1 pour les services de base des communes. Les autres projets portant sur la transformation font toujours mention d’un abattoir à volailles et bovins, que la DAAF conjugue d’ailleurs désormais au futur, et le gros projet d’élevage de poules pondeuses de Pierre Baubet censée renforcer la production mahoraise en appui de la SCEA Majwani.

Nous avions vu que l’obtention de ces aides à l’installation et à la modernisation était liée à la détention d’un droit de propriété ou de bail, ce qui à Mayotte n’est pas des plus facile.

Enfin, les « retards de paiement importants » des fonds liés à la Politique agricole commune ont été difficile à surmonter pour les organisations professionnelles agricoles, qui avaient manifestées devant la DAAF.

« Engagez-les ! », qu’ils disaient

L’atelier agroalimentaire du lycée de Coconi

Toutes les mesures n’ont pas encore été exploitées, telle que celle sui porte sur le conseil individuel aux exploitants agricoles, mise en œuvre à partir de cette année.

Sur le fonds européen agricole FEADER, nous avons le même problème de grand écart entre les engagements dans les projets, 28 millions d’euros l’ont été, soit 48,2% qui nous place à 15 points au-dessus de la moyenne nationale*, et le paiement, 6,9 millions, soit 5,5% seulement. « Pour autant, ce chiffre est conforme aux prévisions pour Mayotte car, s’agissant du tout premier Programme de Développement rural, une montée en puissance était inévitable, ce qui n’est pas le cas ailleurs où les crédits de cette programmation ont payé des projets de la programmation précédente. »

La DAAF reste résolument optimiste pour l’avenir : « 2015 à 2017 ont été des années de transition. Les aides antérieures ont été soldées et les nouveaux mécanismes de paiement sont maintenant en place. Un accompagnement efficace est également proposé, notamment grâce au Point Accueil Installation des Jeunes Agriculteurs et au relais assuré par le Réseau Rural et les Groupes d’actions locales du programme LEADER. »

De l’ensemble des projets déclinés ci-dessus, le service de l’Etat espère beaucoup, « de 2018 à 2020, la prospective montre qu’on passera à des versements de 10 à 26 M€ selon l’année ». Inchallah !

Mais, et chaque bulletin sur le sujet le prouve, sans ingénierie, point de salut sur des dossiers aussi pointus que l’exige l’Europe. La ministre des outre-mer a assuré que des compétences allaient arriver sur le territoire, il est plus que temps en effet, sous peine de ne pas arriver à consommer notre enveloppe actuelle et d’assister à une révision à la baisse de la prochaine.

A.P-L.
Lejournaldemayotte.com

* Les 4 autres DOM sont entre 18% et 24% d’engagements