Tensions dignes du marché de Brive la Gaillarde devant le dispensaire de Koungou

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Difficile d'être bien placé dans la file
Difficile d’être bien placé dans la file

Présentes avant l’ouverture du dispensaire  à 7 heures, les deux femmes médecins sont de plus en plus débordées : ce sont elles qui distribuent personnellement les numéros de passage à l’adresse de patients de plus en plus nombreux, et qui se disputent la place : « Nous sommes obligées de faire la police pour ensuite soigner des gens que nous avons parfois sermonnés quelques minutes auparavant ! ». Peu tenable !

Avec en main les 60 numéros à distribuer, ce n’est pas la loterie, mais elles ont parfois du mal à y voir clair face à la foule qui se presse au portail, « en tout cas pour la fermeture à 14h, tout le monde ne sera pas passé ». La tension va crescendo de jour en jour, jusqu’à ce 31 octobre où le verbe est monté plus haut, et où une mini émeute a éclaté. « Nous avons appelé les responsables de l’hôpital, et nous avons du rester à l’intérieur en attendant que cela se calme ».

Dormir comme une pierre

La discipline en file indienne n'aura pas duré longtemps
La discipline en file indienne n’aura pas duré longtemps

Elles ont du faire appel au personnel de sécurité de l’hôpital, et depuis, deux agents sont présents tous les matins, et distribuent eux-mêmes les numéro de passage. Quelques minutes avant la distribution, la tension monte, chacun souhaite son sésame, qu’ils n’auront pas avant d’être alignés en file indienne, comme l’ordonnent les deux agents. Ils l’obtiendront peu avant 7h, mais aussi vite cassé quand un usurpateur est détecté par les autres malades dans les rangs. La tension monte de nouveau. Impassible, un homme se tient dignement, en 4ème position, une fillette endormie dans les bras : « Je suis arrivé à 3h du matin, et j’ai dormi depuis sur place avec elle », nous explique-t-il.

Mais certains arrivent, déposent une pierre au milieu de la nuit comme preuve de leur présence morale, et s’en retournent dormir, et ça, ça ne passe pas. Un jeune tient une feuille froissée, « chacun s’est inscrit au fur et à mesure de son arrivée, je fais l’appel ». L’ambiance s’apaise, mais les médecins se disent de plus en plus débordées, « nous faisons parfois appel à un collègue qui vient de Jacaranda », le dispensaire de Mamoudzou.

De plus, le CHM a donné une date buttoir pour le « prêt » de ces agents de sécurité, « le 24 octobre », soit dans 2 jours, rajoutent-elles, en craignant de nouveaux débordements.

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com

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