Interview de M-A. Poussin-Delmas : « En dépit d’une perte de confiance, il faut miser sur le privé »

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Marie-Anne Poussin-Delmas et Robert Satge passent en revue l'économie locale
Marie-Anne Poussin-Delmas et Robert Satge passent en revue les ressorts l’économie locale

JDM : « Avec un faible taux de bancarisation, mais des spécificités comme un bon taux de remboursement des crédits, quelle perspectives économiques et financières pour Mayotte ? »

Marie-Anne Poussin-Delmas : « En effet, le taux de créance douteuses est seulement de 3,5% et est même en voie d’amélioration, ai-je appris. Les banques sont donc robustes, avec de faibles taux de sinistres. Je découvre en arrivant une économie en rattrapage, avec des retards économiques et sociaux importants, même si beaucoup de chemin a été parcouru depuis 2011. En dépit d’un contexte social agité, l’économie est résiliente, elle tient bon, essentiellement centrée sur la consommation des ménages.
Les défis s’appellent démographie, éducation, santé et sécurité. Ils doivent être levés pour que l’économie mahoraise trouve un sentier de croissance, créateurs d’emplois. Il manque en fait un facteur confiance pour que les potentialités se réveillent. «

JDM : « Que disent vos indicateurs ? »

M-A. Poussin-Delmas : « Mayotte est dans une période de formalisation du marché du travail, avec pour la première fois au cours du trimestre dernier, un infléchissement de la progression des demandeurs d’emplois. Avec la hausse des minimas sociaux, la consommation est là, le relais doit être pris par l’investissement privé. Pour que les TPE, deviennent des PME, et continuent à prendre de l’ampleur.
Les chefs d’entreprises restent méfiants, vigilants au contexte social : les carburants, la barge, ce sont autant de freins à la confiance.
Mais c’est contrasté. Plutôt bien orientée sur tous les secteurs en lien avec la consommation croissante des ménages, comme la grande distribution, l’automobile et la consommation d’énergie, la croissance est plus difficile dans le BTP en lien avec la commande publique mais aussi le secteur privé, les logements, etc. »

« Malgré les crises, des entreprises se renforcent »

Avec le directeur national de l'IEDOM, Philippe La Cognata
Avec le directeur national de l’IEDOM, Philippe La Cognata

JDM : Malgré ces freins, y a-t-il des pistes de développement ?

M-A. Poussin-Delmas : « Toute économie en rattrapage a besoin d’infrastructures, et l’Etat est en première ligne avec les transports, l’eau potable ou l’assainissent, et la coordination avec les fonds européens. Mais les retards de paiement des collectivités sont un frein considérable pour les entreprises qui ont besoin de trésorerie.
Il faut aussi pouvoir attirer les investisseurs privés, il suffit d’un grand groupe pour que les autres soient attirés. Les Outre-mer ne doivent pas être ces territoires sous perfusion de l’investissement public, on doit y trouver des ressors propres. Nous remarquons que les financeurs que sont les banques sont toujours très présents. »

Robert Satge : « Je constate que malgré les crises, les affaires basées sur la consommation se portent de mieux en mieux. Ces entreprises parviennent à s’organiser en interne pour résister, se renforcer. Elles parviennent même à s’étendre, avec des créations d’emploi à la clé. Par ailleurs, si elles ont des craintes à court terme en raison des conflits sociaux, à long terme, elles y croient. »

« La départementalisation a provoqué énormément d’espoirs »

L'indexation comme à la Réunion ?
Revendication de la même indexation qu’à La Réunion

JDM : « Retrouve-t-on cette crainte des conflits sociaux dans les autres DOM ? »

Marie-Anne Poussin-Delmas : « Les conflits antillais ou guyanais impactent le PIB de l’année, mais la situation n’est pas aussi latente. La départementalisation à Mayotte a provoqué énormément d’espoir, et on n’accepte pas un rattrapage sur plusieurs années. »

Robert Satge : « Les investisseurs des pays de la zone ont confiance, davantage que les locaux, parce qu’ils se disent ‘Mayotte, c’est la France’, il n’y a plus d’inquiétudes institutionnelles. Ici, c’est un pays neuf où il n’y a pas encore beaucoup de concurrence. »

En conclusion, Marie-Anne Poussin-Delmas estime que si les tensions sociales et les défis à relever sont nombreux, les atouts de Mayotte ne sont pas assez mis en avant, « vous autres médias avez aussi votre rôle à jouer ».

Propos recueillis par Anne Perzo-Lafond
lejournaldemayotte.com

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