Plus de 120 jeunes de Kawéni sensibilisés aux risques d’inondation par le théâtre

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Une actrice des Enfants Mabawa refuse d'aller à la mairie
Soulaïma Miki apprend que la maison est placée en zone inconstructible
Soulaïma Miki apprend que la maison est placée en zone inconstructible

Un show théâtral préparé par et pour la jeunesse du village. Vendredi dernier, durant plus de 2 heures, la rue de la Poste de Kawéni s’est transformée en théâtre. Sur la petite «scène» aménagée avec les moyens du bord, les représentations ont fait mouche. Si une petite soixantaine d’enfants formait au départ les spectateurs de cet événement, leur volume a finit par doubler au fil des minutes. Route déviée, stands d’association, sono… l’USPK, la petite structure de Kawéni, a vu les choses en grand pour ce que son vice-président assimile à «une kermesse de fin d’année».

Cette initiative a rassemblé plus de six acteurs institutionnels autour d’un projet commun. Après une introduction en danses et en musique, un membre de l’USPK a rappelé l’enjeu de l’événement: «Il s’agit d’une journée faite pour vous les jeunes car nous souhaitons faire passer un message important. Nous sommes rassemblés aujourd’hui pour faire la fête mais avant tout pour vous expliquer les risques liés aux inondations, glissements de terrain, constructions en zone à risque et l’irrespect des préconisations. Nous avons subis trop de drames à Kawéni et dans tout Mayotte. Il faut que cela cesse et c’est à votre génération de changer les mauvaises habitudes».

L’union fait la force

Les Naturalistes de Mayotte, la préfecture, la mairie de Mamoudzou, la DEAL, l’USPK et les Enfants de Mabawa ont réfléchi longuement pour déterminer la forme la plus à même de toucher ces jeunes âgés de 6 à 20 ans.

Abdou Oidaanti (à droite) propose de reboiser Kawéni
Abdou Oidaanti (à droite) propose de reboiser Kawéni

Finalement, le format théâtral a été choisi en lien avec une campagne qui se veut joyeuse et moderne, comme l’explique Zoubaidati Daniel, la chargée de mission Gestion Urbaine de Proximité pour le PRU de Kawéni: «Nous avons décidé de créer cet événement axé par le théâtre afin de toucher les jeunes par une voie ludique et pédagogique. Elle s’inscrit dans notre engagement en faveur des TRI, c’est-à-dire les Territoires à Risques Inondation. Dans la lignée de notre campagne à travers des plans de prévention, il nous fallait nous appuyer sur le réseau associatif de proximité. L’USPK par exemple est la première association de proximité touchant le jeune public de Kawéni. Alors une coordination était de mise».

Des scénarios rocambolesques mais révélateurs

Deux pièces ont ainsi été présentées, la première écrite et jouée par des adolescents originaires de Kawéni et membres de l’USPK, la seconde par les jeunes acteurs des Enfants de Mabawa, déjà largement plébiscités pour leur capacité à faire passer un message à travers l’art théâtrale.

Une actrice des Enfants Mabawa refuse d'aller à la mairie
Une actrice des Enfants Mabawa refuse d’aller à la mairie

La première pièce intitulée «On en rit, mais…» met en scène l’histoire d’une jeune bachelière déboussolée par la déforestation massive d’un lieu chargé de mémoire pour elle. Emotion, désespérance et lassitude… Oidaanti Abdou, premier rôle de la pièce, la résume ainsi: «Le personnage que je joue vient d’obtenir son baccalauréat et souhaite le fêter. Alors, elle donne rendez-vous à 3 amis sur un lieu où ils jouaient durant leur enfance. Mais arrivés sur place, ils se rendent compte que leur petit coin a subit une déforestation massive et n’est plus du tout ce qu’il était. Choqué et anéanti, mon personnage tombe alors dans les pommes et devient malade de chagrin».

La seconde pièce, plus tournée vers l’absurde, fait état d’une histoire triste mais probablement familière à de nombreux ménages. Soulaïmana Miki, le président des Enfants de Mabawa sous sa veste d’acteur le temps d’une journée la raconte. «Une dame a construit sa maison à côté d’une rivière placée en zone inconstructible. Elle avait demandé une autorisation, mais celle-ci lui avait été refusée en raison des multiples risques. 10 ans après, cette dame se plaint constamment à son mari lorsque les conditions météorologiques sont mauvaises. Les fortes pluies et la mauvaise évacuation de l’eau ont fait s’écrouler sa maison. Un soir, son mari décide de demander des explications à la mairie, il se rend alors compte que sa femme a construit sans permis et que cette catastrophe était prévisible».

Une enfant danse devant l'ensemble des spectateurs de Kawéni
Une enfant danse devant l’ensemble des spectateurs de Kawéni

Chaque scène était surjouée pour faire rire les enfants: « Ma chérie, tu es une menteuse ! Tu n’as que ce que tu mérites ! Menteuse, charlatan, vipère », les jeunes enfants riaient en cœur à chaque dialogue.

Une campagne d’actions nécessaire

Pourquoi Kawéni? Pourquoi la jeunesse? Pourquoi cette campagne? À Mayotte, de nombreux drames ont eu lieu à cause des constructions placées en zones à risques. Les glissements de terrain à Majicavo, Koungou, Kawéni et ailleurs sont monnaie courante en saison des pluies. Et parce que la difficulté des démarches foncières poussait de nombreux ménages à construire quelque soient les préconisations communales ou les décisions allant à l’encontre de ces constructions, les mauvaises expériences arrivent et se succèdent.

La mairie a alors dégainé une stratégie spécifique envers la jeunesse. Dans le cadre des plans de Prévision des Risques Inondations, deux territoires bénéficient d’actions de mobilisation et de sensibilisation. Il s’agit de Passamainty (quartier Gouloué) et Kawéni dans son ensemble.

Durant ces vacances, 4 représentations de ces deux pièces de théâtre sont prévues, 2 à Kawéni et 2 à Passamainty. La prochaine aura lieu ce vendredi 28 Juillet à la mosquée de Gnambotiti de Passamainty. L’USPK espère remporter un franc succès

Ludivine Ali
www.lejournaldemayotte.com

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