Un projet artistique de l’«école de la rue», symbole d’une jeunesse sacrifiée

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Un des autoportraits réalisé dans le cadre du projet de l'école de la rue
Une soixantaine d'autoportraits comme celui-ci démontre le talent de jeunes pourtant exclus
Une soixantaine d’autoportraits comme celui-ci démontre le talent de jeunes pourtant exclus

Lorsque le Village d’Eva a créé son «école de la rue», les enfants prenaient place sous un arbre, à Kawéni, face à un enseignant bénévole venu donner de son temps libre pour transmettre des connaissances essentielles auxquels ces jeunes n’avaient pas accès. A Mayotte, comme partout en France, la scolarisation est obligatoire pour les enfants de 6 à 16 ans… Mais pour une raison aussi inexplicable qu’illégale, ceux-là étaient exclus du système.

Un an et demi après, les conditions matérielles ont un peu évolué mais l’«école de la rue» est toujours là. Environ 200 enfants sont désormais suivis par une centaine de bénévoles et accueillis dans des salles de classe de «vraies» écoles de la république, à Kawéni mais aussi à Mgombani et Koungou… «et peut-être bientôt à Chirongui», confie Aurélie Arribat, du Village d’Eva, qui doit rencontrer ce mardi la maire de la commune, pour étendre l’initiative au sud de Grande Terre. L’association s’apprête aussi à signer un partenariat avec le vice-rectorat pour formaliser le lien de cette école citoyenne avec l’Education nationale.

Des projets pour apprendre

Des ateliers avec une enseignante et artiste de La Réunion
Des ateliers avec une enseignante et artiste de La Réunion

A «l’école de la rue», «les enfants ne suivent pas de cours», précise Aurélie Arribat. Ici, pas de programme pédagogique auquel il faut se tenir. «On apprend en réalisant des projets». Et le projet actuel a de l’allure. Il s’agit de susciter des créations artistiques en permettant aux enfants de réaliser des autoportraits avec des découpages, du dessin, de la peinture… pour résultat surprenant.
«Les élèves ont été particulièrement enthousiastes à l’idée de ce projet et le résultat est vraiment épatant», s’enthousiasme Aurélie Arribat qui n’hésite pas à parler de «miracle».

Pour ce projet créatif, une enseignante et artiste a fait le voyage depuis La Réunion. Géraldine Gabin est professeur de français à Saint Louis, mais également peintre et auteure de carnets de voyage. Elle avait entendu parler de l’initiative de l’association mahoraise. Elle a proposé de venir à Mayotte pendant les vacances scolaires, pour embarquer ces enfants dans une aventure artistique qui devrait largement dépasser le cadre de «l’école de la rue».

Le talent et la chance

«Notre idée est évidemment de réaliser une exposition itinérante qui pourrait tourner dans les établissements scolaires de Mayotte pour montrer à tous les jeunes que, même ceux qui sont oubliés peuvent avoir du talent. Et c’est aussi une manière de rappeler à ceux qui sont en classe qu’ils ont de la chance d’être sur les bancs d’une école». La soixantaine d’autoportraits réalisés seront aussi peut-être exposés au comité du tourisme.

Se dessiner, se raconter et apprendre
Se dessiner, se raconter et apprendre

«Les gamins s’éclatent, ça c’est évident. Mais ce projet nous a aussi permis de détecter deux jeunes qui ont un don pour le dessin. On va leur permettre de rencontrer des artistes de Mayotte pour qu’ils aient de vrais mentors et qu’ils puissent travailler sur leurs capacités», explique Aurélie Arribat.

«L’école de la rue» poursuit donc sa mission citoyenne mais elle a été contrainte d’interrompre les inscriptions. «Les demandes n’arrêtent pas d’arriver mais on ne peut pas intégrer tous les jeunes. On privilégie ceux qui sont à Mayotte depuis longtemps et ceux qui sont nés ici», précise Aurélie Arribat.

5.000 enfants à scolariser

«Normalement, les deux documents exigibles pour scolariser un enfant sont un certificat de vaccination à jour et un extrait d’état civil. Mais ici, les mairies et le vice-rectorat demandent souvent des pièces administratives qui sont impossibles à avoir comme les pièces d’identité des parents, des délégations d’autorité parentale, parfois des attestations fiscales…» Résultat, le Village d’Eva estime à 5.000 le nombre d’enfants qui ne sont pas scolarisés à Mayotte, contre tous les principaux fondamentaux de la République.

Un des autoportraits réalisé dans le cadre du projet de l'école de la rue
Un des autoportraits réalisé dans le cadre du projet de l’école de la rue

Les 200 places de «l’école de la rue» permettent donc de prendre en charge quelques-uns de ces jeunes qui, ensuite, peuvent intégrer le système éducatif classique, une fois des savoirs de bases acquis et les papiers nécessaires rassemblés.

Ils laissent ainsi la place à d’autres enfants qui attendent de pouvoir bénéficier d’une instruction… et qui auront, eux aussi, l’occasion de démontrer à tous, que Mayotte se prive d’une grande richesse en les laissant sur le bord de la route.

RR
www.lejournaldemayotte.com

Bientôt, une exposition itinérante
Bientôt, une exposition itinérante (Photos: Le Village d’EVA)

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