La grande fatigue des associations de quartier

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Hafar-Eddine Ali Mohamed, dit "Rasta", appelait à nommer un référent pour l'épauler
Hafar-Eddine Ali Mohamed, dit « Rasta », appelait à nommer un référent pour l’épauler

Ce fut leur cri de ralliement ce dimanche : créer un comité qui pourrait faire le lien entre toutes leurs actions, et casser leur isolement… Les associations de quartier du Grand-Mamoudzou, de Vahibé à Kawéni ont besoin de relais et d’encouragement. Ils étainet convié au lancement de l’école du civisme Frédéric d’Achery.

Une union qui ferait leur force, voilà qui va dans le sens de l’intervention de Benoît Gizart, le délégué du Secours catholique, qui allait jusqu’à demander des réunions bimensuelles pour fédérer les besoins, notamment en formation des formateurs, et qui portait une demande approuvée par tous : « il faut obtenir que des jeunes déscolarisés puissent accéder, même sans papier, aux stages proposés. Sinon, ils n’ont aucun débouché. »

Le président de l’association « Espoir et Réussite de Doujani », « et bientôt de Mayotte » nous glisse Tony Mohamed, qui a une grande expertise de ces jeunes en décrochage : « nous en avons identifié et touché 605 sur notre canton. Mais le principal problème reste les parents. Certains d’entre eux n’ont jamais été scolarisés. Il faut créer une Ecole des parents, pour les accompagner dès que leur enfant est en maternelle. Et un enfant entouré par ses parents accroit ses chances de réussite scolaire. »

« Comme s’ils attendaient leur proie »

L'urgence d'une école des parents, pour Tony Mohamed
L’urgence d’une école des parents, pour Tony Mohamed

Une association naît parfois d’une initiative personnelle, comme cette dame lassée de voir les jeunes assis « comme s’ils attendaient leur proie lorsqu’on rentre du travail », les a incités à monter des dossiers, « certains vont passer le concours d’adjoint de sécurité ». De même, le chanteur Trio N’gazi évoquait son travail à M’gombani autour de la musique.

On ne présente plus Hafar-Eddine Ali Mohamed, plus connu sous le surnom de « Rasta », le président de l’association AJKE de Kawéni. C’est à lui notamment, et son comparse Julien Gauquelin, que l’on doit la pacification du quartier. Lassés de voir de très jeunes enfants de 10 ans trainer dans la rue, ils ont construit avec et pour eux, les 4 bangas en terre et la salle commune, derrière la MJC de Kawéni. Lieu de rassemblement de la foule qui avait manifesté son soutien à la famille de Christophe, tué dans des conditions tragiques.

Remettre au jour la politique du « Un, deux, trois, bass »

Le président de la commission de sécurité de la mairie avec Chaharoumani Chamassi
Le président de la commission de sécurité de la mairie avec Chaharoumani Chamassi

Une action qui avait ramené le calme dans le quartier, et on l’a vu encore ce lundi lors du début d’émeute à Kawéni, « certains ont même passé le BAFA et ont été recruté ». Mais l’exercice à les limites de la population de jeunes qui ne cesse de croitre, « on les accueille toute la journée, mais j’ai besoin d’être appuyé. Je dois moi aussi retrouver un emploi maintenant », explique cet ouvrier en bâtiment. Il attend impatiemment la création d’un Comité des associations, « avec un référent sur notre zone pour m’épauler. »

Sur ce sujet du nombre d’enfants croissant touchés par le phénomène de l’errance, il est regrettable que ne soient pas reprises les campagnes menées par l’ancienne DASS, maintenant ARS, « un, deux, trois, bass… », pour orienter les familles vers une politique de limitation des naissances.

Le président de la Commission sécurité de la commune de Mamoudzou était présent et n’a rien perdu des échanges, « n’hésitez pas à nous contacter, notre porte reste ouverte », assurait-il.

On le voit, les associations doivent répondre à des problématiques croissantes des jeunes, et faire bien souvent « à la place de », sans soutien des autorités locales, qu’elles soient départementales, communales ou liées à la politique de la ville de l’Etat.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

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