A bord du Marion Dufresne pour parler patrimoine marin

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Marion Dufresne TAAFBasé à La Réunion, il ne vient que rarement à Mayotte. Pourtant, le navire polyvalent qui a fêté ses 20 ans l’année dernière, ne ravitaille plus seulement les Iles Australes Antarctiques que sont Crozet, l’archipel de Kerguelen, les îles Saint-Paul et Amsterdam et la terre Adélie, mais effectue désormais des missions dans les îles Éparses qui nous entourent.

Ses 217 jours de campagnes océanographiques, l’amène à effectuer de la recherche scientifique, notamment grâce à son carottier, « le plus long du monde », précisera Cécile Pozzo di Borgo, la préfète de ce territoire des Terres Australes et Antarctiques Françaises dont le nom à lui seul fait tant rêver. Il transporte également le personnel des bases des TAAF, des containers de ravitaillement du fioul, toujours pour les stations, et un hélicoptère.

Mais on peut aussi partir en évasion sur le Marion Dufresne : il suffit de pouvoir débourser les 5.000 à 6.000 euros d’accès à bord pour une semaine, et de serrer les dents en cas de mal de mer, « le passage le plus difficile est celui des 40ème rugissants qui nous fait passer la zone de convergence, on perd alors 10 degrés en quelques jours », explique le lieutenant Fanny Chastel, qui œuvrait ce matin là à la passerelle.

Suivi des récifs coralliens

Une salle à manger luxueuse
Une salle à manger luxueuse

Une visite du bâtiment sous la houlette de Clément Quétel, Chargé de mission Parc Naturel marin des Glorieuses, basé à Saint Pierre. Il nous aura évité de nous perdre dans les nombreuses coursives, et permis de découvrir le magnifique carré-salle à manger, relooké depuis l’accident du Marion Dufresne. Il avait heurté en novembre 2012 les brisants de Crozet, à la suite d’une erreur de navigation imputable notamment aux cartes électroniques.

Si le navire a fait une halte à Mayotte, c’est pour y accueillir le 3ème comité de pilotage (Copil) du projet de « Gestion du patrimoine naturel de Mayotte et des Iles Eparses », financé par le Xème Fond européen de développement (Fed). Un 3ème Copil pas vraiment accès sur un bilan des deux premiers, « le projet a pris un peu de retard », glissent les intervenants.

La presse n’aura droit en tout cas qu’à la présentation du projet, avec un focus par la sous-préfète des TAAF sur deux points qui concernent le territoire : « la campagne d’inventaire et de suivi des récifs coralliens de Mayotte et des îles Eparses, et l’établissement d’un état des lieux de la qualité des eaux marines ». Parmi les 8 grands volets du programme, on retrouve également une campagne d’exploration des monts sous-marins et des pentes externes de Mayotte et des îles Eparses, la formation d’observateurs de pêche embarqués, la formation d’enquêteurs de pêche côtière et la mise en place de bases de données, de protocoles et d’indicateurs pour le suivi.

Impact sur le développement à Mayotte

Eric Vanhalewyn, Patrick Salles, Denis Salord, Mohamed Sidi et Cécile Pozzo di Borgo
Eric Vanhalewyn, Patrick Salles, Denis Salord, Mohamed Sidi et Cécile Pozzo di Borgo

Comme le faisait remarquer Mohamed Sidi, conseiller départemental de Mayotte en charge des Affaires européennes, un des points forts du dossier est la synergie de partenaires : l’Union Européenne, l’Agence française de développement (AFD), le Conseil Départemental de Mayotte, qui finance à hauteur de 200.000 euros, et la collectivité des TAAF, 650.000 euros, pour un montant total de 3,8 millions d’euros.

Précisons que Mayotte en tant que Région ultrapériphérique européenne ne peut plus prétendre au Fed, puisque bénéficiant des fonds structurels européens comme le FEDER. « Véritable déclinaison de la COP 21 », Denis Salord, Chef d’unité Relations avec les PTOM, faisait aussi ressortir l’utilité d’un tel programme, alors que Mayotte est encore un territoire peu structuré : « Il va permettre à la fois de protéger votre pêcherie, de développer ce secteur, notamment grâce à la formation proposée. »

L’AFD est une interface sur ce projet, « un facilitateur en se positionnant comme intermédiaire entre les règles imposées par l’Union européennes et les acteurs locaux », soulignait Patrick Salles, le directeur de l’antenne locale.

7 observateurs de pêche diplômés

Remise de diplômes aux observateurs de pêche
Remise de diplômes aux observateurs de pêche

Un projet qui garde une connotation régionale, comme le soulignait Eric Vanhalewyn, Délégué de l’UE à Maurice, « puisque c’est notamment 1,3 milliard d’euros qui y sera consacré à travers le XIème Fed, sur l’Afrique du Sud, de l’Est et l’Océan Indien. »

Un XIème Fed déjà en préparation, dont Mayotte-RUP ne sera toutefois pas totalement exclue, puisqu’ « un croisement des objectifs entre Fed et FEDER est à l’étude ». L’Europe attend d’ailleurs Mayotte sur ce sujet : « Proposez nous des projets ! », invitait Denis Salord. Le comité de concertation Fed-FEDER se réunit d’ailleurs « d’ici la fin de cette année ».

« C’est la 1ère conférence qui se tient sur ce bateau », appuyait Cécile Pozzo di Borgo, « mais pas la dernière puisque dans quelques jours le comité IFRECOR y tiendra son comité national. »

Visite du bâtiment par Clément Quétel
Visite du bâtiment par Clément Quétel

Elle se concluait par la remise de diplôme d’observateurs de pêche à 7 lauréats sur les 13 candidats présentés : « Formés à l’EAM et à l’Unité territoriale de Mayotte, ils seront embarqués sur les navires de pêche, et devront noter toutes les prises, qu’elles soient accidentelles ou ciblées. Des statistiques qui permettent au comité scientifique d’évaluer les surexploitations des espèces ». A noter que deux observateurs sont comoriens, « ce qui rentre dans nos objectifs de coopération », concluait Mohamed Sidi.

Le Marion Dufresne a levé l’ancre dans l’après-midi, cap vers les Glorieuses.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

Le Marion Dufresne à Mayotte
Le Marion Dufresne à Mayotte

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