La razzia sur le lagon

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Une flottille en majorité artisanale

La crise que traverse le lagon depuis quelques mois va-t-elle lui être fatale ? C’est la vive inquiétude de nombreux professionnels confrontés à sa dégradation extrêmement rapide. La cause: la pêche illicite au filet dont l’ampleur et les conséquences sont inédites.

Barques de pêcheurs«Ils vident le lagon à une vitesse très inquiétante», explique Taz de Mayotte Expl’eau. «Ils», ce sont les pêcheurs illégaux qui sortiraient quotidiennement sur le lagon, employant des méthodes parfaitement interdites.

«La pêche au filet en dehors de tout cadre réglementaire a commencé il y a plusieurs années et elle s’est brutalement accélérée depuis au moins 6 mois. A Mtsapéré, on a jusqu’à 6 barques avec 6 personnes à bord qui sortent toutes les nuits avec des filets de 300 mètres. Dans le Sud aussi certains font un business juteux avec cette pêche illégale», précise Taz.

Des morceaux de filets dans les coraux

réduc corauxRégis Masséaux lui-même a constaté la présence de morceaux de filets accrochés sur le récif dans la passe en S. «Un arrêté préfectoral réglemente de façon très stricte la pêche au filet dans le lagon. Il y a une interdiction de mettre des filets sur les platiers, les passes et les mangroves», précise le président du syndicat des pêcheurs et du Parc naturel marin. Les filets doivent aussi respecter un certain maillage et les pêcheurs comme les pêches ont l’obligation d’être clairement identifiés. Autre contrainte, à pied ou à la nage, un pêcheur ne peut pas être à plus de 100 mètres du filet pour rabattre le poisson.

Les pêcheurs illégaux impliqués dans la razzia du lagon, ne respecteraient évidemment aucune de ces conditions. «Certaines actions de pêches se déroulent même à deux barques. Ils ferment alors complètement une passe. Et ils vont très loin. Sur la 2e barrière, dans le sud, les pêcheurs affirment qu’il n’y a plus d’oursins», explique Taz. L’indicateur est important car les oursins font partie d’un écosystème complet et sont des sortes de nettoyeurs du lagon. Leur absence indique qu’ils ne trouvent plus à manger dans la zone et que la vie s’en est allée.

Contrôles et cadre législatif

Barrière corail MayotteLes enjeux sont énormes : environnementaux évidemment mais aussi économique pour la pêche et le tourisme. Pour Régis Masséaux, «on est aujourd’hui, sans action de contrôle adapté même de la capture débarquée. Les mairies ont un rôle à jouer pour encadrer les ventes sur les lieux publics, et demander aux pêcheurs leur fiche de pêche.» Mais c’est surtout l’Etat qui peut agir.

Si certains souhaiteraient modifier l’arrêté pour restreindre voire interdire la pêche au filet, d’autres préfèreraient classer certains poissons en produit de pêche et de commercialisation interdite, sur le modèle de ce qui a été fait pour le requin.

Les grands prédateurs s’adaptent

«Si on ne se réveille pas très très vite, on va avoir de vrais problèmes», affirme Taz. Car les conséquences pourraient être «à La Réunionnaise», même si les comparaisons ne peuvent être que limitées entre les deux îles. «Nous avons une plus grande variété d’espèces de requins que là-bas», souligne Taz. Et les grands prédateurs savent s’adapter.

Un requin de 400 kg ramené de la pêche par le président de la fédération française de surf, à La Réunion, le 18 avril dernier
Un requin de 400 kg ramené de la pêche par le président de la fédération française de surf, à La Réunion, le 18 avril dernier

Déjà, les attaques de cages d’ombrines interrogent, même si les circonstances étaient particulières.
L’interdiction qui vise la viande de requin peut également être de nature à inquiéter. Car la décision est expliquée par la ciguatera, une intoxication des requins liée à la présence d’une algue toxique dans leur chair, qu’ils ne peuvent ingurgiter que sur les récifs coralliens.
Au large aussi, la ressource se raréfie, les requins se rapprochent et deviennent plus nombreux, sur la barrière et dans le lagon.

La ruine annoncée

«A ma connaissance, la première attaque contre l’homme a eu lieu il y a quatre ou cinq ans, lors d’un naufrage d’un kwassa dans le sud. Personne n’avait alors écouté les malheureux qui s’étaient retrouvé à l’eau et qui avaient raconté avoir été attaqués. Quelques jours plus tard, un pêcheur en apnée avait été attaqué à son tour parce que le requin reproduisait ce qu’il avait déjà fait», raconte Régis Masséaux. Depuis, aucune tragédie n’a été recensée à Mayotte.

Les pêcheurs illégaux sont donc tout simplement en train de ruiner le lagon et peut-être plus largement Mayotte qui pourrait perdre beaucoup. Comme sur d’autres sujets, on aimerait ne pas décrire un avenir que rien ne viendra empêcher.
RR
Le Journal de Mayotte

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