Acoua pose la question de l’avenir des dispensaires

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Des habitants d’Acoua ont manifesté ce matin contre la fermeture du dispensaire pendant les vacances scolaires. Avec cet éclat de colère, c’est en fait toute la géographie du système de santé de Mayotte qui mérite d’être posée.

La carte hospitalière de Mayotte
La carte hospitalière de Mayotte (Source : ARS OI)

Route bloquée, habitants en colère. A Acoua, des usagers du dispensaire du village ont manifesté ce matin face à la fermeture annoncée du dispensaire pendant les vacances scolaires. Alors que la structure ouvre habituellement deux jours par semaine, aucun médecin n’était prévu pour les quinze prochains jours, entraînant, de fait, la fermeture temporaire.
“Nous avons neuf postes de médecins pour la zone Nord, explique le médecin chef du CHM Habil Combo. Deux sont en congés, un en récupération après une garde et un poste est vacant. Quand nous sommes confrontés à ce genre de situation, nous préférons privilégier les centres importants au détriment des petites structures à très faible activité comme Acoua.”

Face à la détermination affichée des manifestants qui promettaient de bloquer la mairie, des discussions ont été engagées. Le CHM va finalement procéder à trois jours d’ouvertures, ce mercredi ainsi que lundi et mercredi de la semaine prochaine. “On a déshabillé Jacques pour habiller Paul, confie le Dr Combo. On a été obligé de supprimer la consultation dans un autre dispensaire et on a réduit les vacances d’un médecin pour permettre ces ouvertures.”

Un maillage très étroit du territoire

Si la colère des manifestants est compréhensible, la population étant très attachée à cette offre de soin de proximité, elle pose plus largement la question de l’organisation du système hospitalier à Mayotte.
Le CHM assure en effet actuellement un maillage très étroit du territoire. A l’hôpital central de Mamoudzou, se rajoutent d’abord les quatre hôpitaux périphériques de Mramadoudou (construit en 2005), Kahani (2006), Dzoumogné (2007) et l’hôpital historique de Dzaoudzi. Ils assurent des urgences, la maternité et des consultations médicales.

On compte également 12 dispensaires : quatre dans le nord (Koungou, Mtsamboro, Acoua, Mtsangamouji), quatre dans le sud (Dembéni, Bandrélé, Bouéni, Sada), deux sur la commune de Mamoudzou (Passamainty, Mtsapéré) et deux sur Petite-Terre.
Les structures assurent une présence médicale à des endroits où la médecine libérale est peu présente voire totalement absente.

Cette organisation a été imaginée à une époque pas si lointaine et pourtant très éloignée de la réalité mahoraise d’aujourd’hui. Avec l’amélioration du réseau routier, la présence de taxis-brousse (et peut-être dans quelques années d’un réseau de transport en commun), l’émergence rapide d’une classe moyenne dotée de voitures… la notion même de «proximité» a sensiblement évolué.

Les dispensaires, héritage apprécié d’une autre époque

De la même façon, une telle densité de structures médicales était possible au moment où les normes et l’exigence de la population n’était pas les mêmes.
Mais en 2014, il est naturel de vouloir des médecins pour les consultations, des infirmières pour les soins, des pharmaciens pour délivrer des médicaments… La volonté des Mahorais d’être soignés sur les standards métropolitains semble légitimement s’imposer.
Or, le CHM qui n’arrive déjà pas à pourvoir tous les postes existants dans ses hôpitaux, va-t-il avoir longtemps les moyens d’assurer la présence d’autant de professionnels dans autant de dispensaires répartis dans le département ? N’est-il pas temps pour la médecine libérale de prendre le relais du tout-hôpital ?

Le maintien et le développement de nouveaux services dans les hôpitaux périphériques semblent aller de soi, rejoignant la volonté du Président de la République que personne ne soit à moins de 30 minutes d’un service d’urgence. Mais l’avenir des dispensaires, héritage apprécié d’une autre époque, est probablement loin d’être assuré à moyen et long terme. Pour autant, à l’heure actuelle, seules deux fermetures sont programmées : les deux dispensaires de Petite-Terre devraient disparaître en 2018, avec l’ouverture d’un nouvel et unique hôpital qui rassemblerait toutes les structures existantes.
RR

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