26.9 C
Dzaoudzi
lundi 17 janvier 2022
AccueilEconomieAttention ! Les femmes veulent «s’accaparer l’économie»

Attention ! Les femmes veulent «s’accaparer l’économie»

Les femmes chefs d’entreprise viennent-elles à peine de sortir de leur rôle de ménagère, qu’on leur demande déjà de passer à la vitesse supérieure. La Conférence économique organisée par Entreprendre au féminin avait du mal à dépasser cet enjeu.

Sitty Cheikh Ali, styliste comorienne et ancienne présidente de la CCIA Comores
Sitty Cheikh Ali, styliste comorienne et ancienne présidente de la CCIA Comores

Que des superwomen vendredi dans l’hémicycle Younoussa Bamana ! La première exportatrice de l’Union des Comores, la première présidente de la Chambre de commerce et d’Industrie du même pays, des “chefes” d’entreprises de la région, Madagascar, Union des Comores, La Réunion, Rodrigues, Mayotte… L’association Entreprendre au féminin à Mayotte organisait la première Conférence Économique régionale où on devait discuter avenir économique des entreprises mahoraises, mais aussi des obstacles à franchir quand entreprendre se conjugue au féminin.

Ce dernier thème fut largement développé, et replacé dans une société mahoraise, comorienne, africaine «encore tellement traditionaliste» : «à Rodrigues, la création d’entreprise ou l’ouverture d’un compte en banque sont soumises à l’autorisation du mari».

Deux témoignages forts l’illustraient. Celui de l’avocate du barreau de Mayotte, Fatima Ousseni d’origine comorienne qui, bien qu’en France depuis sa plus tendre enfance, subît la pression d’une famille conservatrice : «obligée de me fiancer et de me marier à un comorien, j’ai malgré tout suivi le droit à Paris 1». Et c’est enceinte qu’elle passera ses examens pour devenir avocate. «Au milieu d’étudiants du même âge, comorienne et enceinte, ce n’était pas facile !» retrace-t-elle avec une émotion toujours présente qui s’exacerbe : «je porte une très lourde responsabilité, celle de n’avoir pu profiter de mes enfants. La question ne se pose pas de cette manière pour les hommes !».

Hommes, je vous aime 

Et des hommes, dont une dizaine était présent dans un hémicycle du Conseil général au demeurant rempli aux deux tiers, il en fut beaucoup question. Sans remonter jusqu’à Adam et sa feuille de vigne (ouf !), ils furent à l’honneur comme chasseur de gibier à la Préhistoire, «alors que la femme gardait le foyer. La donne a changé pendant la guerre quand les femmes durent les remplacer à l’usine».

«Mon mari cuisine», citait l’une, Rodriguaise, «le mien est chef d’entreprise, comme ma mère d’ailleurs, nous confions les enfants à la famille proche» témoignait la vice-présidente d’Entreprendre au féminin. Pas sûr que lors du Concept Canal du Mozambique, une seule minute ait été consacrée aux épouses des acteurs en présence.

L’équilibre, c’est Sitty, styliste et comorienne voilée, qui va le donner : d’une  famille conservatrice -son père est imam- le salut viendra, et c’est une constante à travers les témoignages, du côté maternel. «Bien qu’illettrée, ma mère m’a élevée dans l’idée que je ne devrai jamais être dépendante de mon mari. Et je suis mariée avec un imam !» Rires dans la salle. «Mais il n’est obligé ni de faire la cuisine, ni de passer la serpillière, et pourtant, je travaille avec une boite américaine, quand j’ai un meeting au Canada, j’y vais !». Et s’adressant à toutes les douleurs, «avant de créer une entreprise, il faut aimer le faire».

Une « division sexuelle du travail »

Daniel-Martial Henry appelle à une révolution des tabous
Daniel-Martial Henry appelle à une révolution des tabous

«Ne vous apitoyez pas sur votre sort !» provoquait Daniel-Martial Henry qui expliquait les difficultés par «la division sexuelle du travail induite par des tabous dont il faut sortir : l’homme pêche au moyen d’objets tranchants, fait couler le sang, la femme utilise le djarifa et ne tue que la pieuvre qui ne saigne pas. Car une personne non circoncise, comme la femme, ne peut égorger un animal», cherchant à démontrer que seule la transcendance culturelle permettra d’arriver à une égalité femme-homme.

Les douleurs exprimées, peu de place avait été laissée pour de véritables propositions. «Il va falloir cadrer le débat avec des thématiques plus poussées» rappelait à l’ordre Daniel-Martial Henry, «parler de dégagement de bénéfices, présenter des données chiffrées etc.» Mais ce n’est qu’une première conférence, convenait-il.

Quelques pistes cependant : «trouver les secteurs où les femmes vont pouvoir créer de la valeur ajoutée pour s’accaparer l’économie» glissait Fatima Ousseni, «développer les moyens de communication Comores-Etats Unis pour honorer rapidement mes commandes» réclamait Sitty la styliste. Pour les seconder, une grosse crèche devrait bientôt être créée, «de 60 places et plusieurs micro-crèches» indiquait Sylvie Espécier, sous-préfète à la Cohésion sociale.

Une première conférence dont l’organisation fut difficile soulignait Ahamed Attoumani-Douchina, conseiller général de Kani-Kéli, «et qui ne doit sa réussite qu’à la capacité d’anticipation des femmes.» Les clichés ne sont jamais loin.

Anne Perzo-Lafond

Anne Perzohttps://lejournaldemayotte.yt
Anne PERZO Le journal de Mayotte https://lejournaldemayotte.yt

Comments are closed.

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

L'actualité

Covid, Mayotte

Covid : forte baisse des indicateurs à Mayotte

139522
Le taux d'incidence a chuté de 35% en 3 jours, passant de 2.069 cas pour 100.000 habitants à 1.346. Le taux de positivité est lui aussi en baisse, mais également, le nombre de patients hospitalisés
+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours
Projet de loi, CESEM, Sébastien Lecornu, Mayotte

Le projet de loi organique a-t-il une nouvelle fois tué celui sur le développement...

139522
Deux projets de loi, l’un plombant l’autre, et un mail tardif sur 85 propositions pour développer Mayotte qui tombe la veille des débats du conseil départemental, ont jeté le trouble sur une loi pensée pour développer Mayotte. Les trois-quarts des mesures sont malgré tout applicables en cas d'ajournement du texte par le gouvernement

Avis négatif sur le projet de loi Mayotte : pour le gouvernement, rien ne servait...

139522
Un timing accéléré, un déficit de concertation et dans une ambiance passionnée, voilà les ingrédients de l’avis défavorable du conseil départemental au projet de loi Mayotte

Face aux abus, le CD demande l’encadrement des prix de l’eau

139522
Cela fait déjà plusieurs semaines que l’île au lagon souffre d’une pénurie de bouteilles d’eau plate. Les rayons sont systématiquement dévalisés peu après les livraisons. Le phénomène tire son origine de plusieurs facteurs, du...

« Le compte n’y est pas » : les élus rejettent le projet de loi...

139522
C’est à la suite d’une consultation « sans précédent » des forces vives de l’île tel que l’annonce le président Ben Issa Ouseni, qu’a été prise la décision de retoquer le projet de loi...

Après plusieurs années, où en sont les travaux de la salle de cinéma Alpa...

139522
Cela fait déjà plusieurs années que l’idée de se faire une toile à Mamoudzou relève du fantasme pour nombre d’habitants. Depuis la fermeture, les travaux auront été nombreux, et à ce jour, restent inachevés....
Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com