Eau et assainissement : sauver la situation sanitaire à Mayotte

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Qui va financer l’évolution de Mayotte vers l’accès de tous les ménages à l’eau potable et à l’assainissement ? Les ménages sur leur facture ? L’Europe qui a réduit son enveloppe de fonds structurels ? Ou l’État en rigueur budgétaire ?

« C’est le serpent qui se mort la queue ! » résumait Maoulida Soula, le président du Syndicat Intercommunal d’Eaux et d’Assainissement de Mayotte (Sieam). Investir dans de nouvelles infrastructures d’assainissement implique d’avoir dégagé de la marge sur les clients, actuellement en nombre insuffisants en raison notamment du prix du branchement…

Valérie Audibert, le Sieam en version chiffrée
Valérie Audibert, le Sieam en version chiffrée

A la veille de l’arrivée des fonds Européens, celui qui fait figure de favori dans leur obtention, le Sieam, réceptionnait une analyse financière de l’Agence Française de Développement (AFD). Valérie Audibert en détaillait les axes majeurs : le Sieam qui recouvre deux secteurs, l’accès à l’eau potable et le traitements des eaux usées, finance actuellement partiellement le second grâce au premier.

Les fonds de 44M€ consacrés aux usines et au réseau d’eau potable sur la période 2008-2012, viennent de l’Etat grâce au Plan de Relance et au Contrat de projet Etat-région (CPER), et des communes (FIP). « Une partie des investissements devaient être pris en charge par le Conseil général, mais les arrêtés n’ont pas été signés alors que les opérations ont été engagées » souligne Valérie Audibert. Une faute de gestion que Maoulida Soula impute à la mandature qui le précédait. De ce fait, plusieurs factures restent impayées…

La situation est la même sur le secteur de l’Assainissement des eaux usées. Mêmes financeurs pour 39,4M€ sur 2008-2012, même problématique de factures impayées, « mais il vous reste encore à engager 20M€ de crédits sur le CPER ! » remarque l’économiste en s’interrogeant sur d’éventuels problèmes de maîtrise d’ouvrage du Sieam. Une politique de recrutement de cadre A était confirmée par le président du Syndicat.

Des millions pour quel résultat ?

Actuellement, le taux de raccordement des ménages à l’eau potable est de 66%, mais en baisse en raison de la poussée démographique liée à l’immigration, « et bien que 90% d’entre eux ait accès à l’eau par partage de branchement ».

L’assainissement n’est encore qu’embryonnaire avec 6 287 raccordements fin 2012, là où il en faudrait trois fois plus… De plus, « certains systèmes [d’épuration] paraissent construits sur des zones où le nombre d’abonnés à l’eau est inférieur à la capacité

La station d'épuration de Dembéni
La station d’épuration de Dembéni

d’épuration installée » critique le rapport. « Il faut comptabiliser les villages alentours » argumente le président du Sieam.

Il en ressort une capacité d’autofinancement de presque 50% sur l’eau pour le Sieam, quand toutes les projections du monde ne permettent pas d’envisager une quelconque rentabilité du pôle assainissement. « C’est pourquoi tous les Outre-mers ont demandé à Paris une fongibilité des deux secteurs » rappelle Maoulida Soula… deux comptabilités en une en quelque sorte. Mais le secteur de l’eau potable a également ses besoins, la moitié du réseau serait à renouveler selon la Sogea,  en charge de la distribution d’eau potable. Un contrat d’ailleurs dénoncé à voix feutrée comme favorisant trop la Sogea, et sur lequel un avenant de renégociation est en cours.

Les chevaux au service du purin

En attendant, il faut trouver une solution de financement. L’accroissement de la redevance Sieam dans les deux secteurs est envisagé, mais difficile à Mayotte « où 58% des ménages ont un revenu inférieur au SMIG mahorais », lui même à 85% du niveau métropole ». Une aide est donc indispensable, « le Conseil général envisage de mettre en place le Fonds de Solidarité Logement où l’apport du Sieam pourrait être conventionné à l’aide à la facture d’eau pour les plus démunis ».

Autre solution : les subventions communales étant maximales, l’AFD incite à des prêts… AFD, du moins sur la distribution d’eau potable où le Sieam est bénéficiaire…

A quelques jours de la venue du Commissaire européen Hahn, les regards se tournent vers l’Europe : avec une enveloppe en baisse à 200 M€, ce sera à l’Etat de compenser « le Contrat de projet Etat-région devra être musclé ! » résume Valérie Audibert.

Jadis, en métropole, lorsqu’il a fallu mettre en place le traitement des eaux usées, les aides étaient fournies par un prélèvement sur la taxe PMU… Ce système a disparu, laissant les départements d’Outre-mer dans une situation problématique.

Anne Perzo-Lafond