« Les solutions chimiques ne sont pas suffisantes pour lutter efficacement contre les maladies vectorielles, la priorité absolue reste le nettoyage des déchets et la suppression des gîtes larvaires. » C'est par ce constat que Hamidou Djabou Saindou, directeur environnement et salubrité à la Communauté d’agglomération du Grand Nord de Mayotte (CAGNM), a ouvert ce lundi 2 novembre la 3ᵉ édition de l'opération « Novembre Vert ». Menée en partenariat avec l'Agence régionale de santé (ARS) et les communes membres, cette campagne mensuelle entend articuler sensibilisation pédagogique et interventions directes sur le terrain.

À l'approche de la saison des pluies, propice à la multiplication des moustiques, la lutte contre les maladies vectorielles constitue l'axe central de la mobilisation. Dans les allées du siège intercommunal, plusieurs ateliers accueillaient ce lundi matin des groupes scolaires pour faire la démonstration concrète des risques sanitaires liés aux dépôts sauvages.
Sur le stand de l'ARS, Mikidachi Saïd, technicien de laboratoire, présentait des bacs renfermant des œufs et des larves de moustiques prélevés localement. « Notre travail consiste à montrer aux jeunes comment se développent les moustiques responsables du paludisme ou de la dengue. Lorsqu'un récipient en plastique, une canette ou un pneu usagé est abandonné au bord d'une route, les premières pluies le remplissent d'eau et créent un gîte larvaire immédiat ». Pour la CAGNM, l'action préventive ne peut reposer uniquement sur les pulvérisations d'insecticides (soumises à des restrictions écologiques) mais impose un entretien mécanique régulier de l'espace public.
Les risques de l'érosion et de la pollution

Présente lors de cette journée d'ouverture, l'association les Naturalistes de Mayotte s'est attachée à expliquer les équilibres écologiques fragiles de l'île à travers des maquettes interactives. Lilou Audineau, chargée de mission, a présenté un canal à vagues démontrant le rôle tampon joué par la végétation littorale. « Grâce à cette installation, les élèves visualisent directement la façon dont la barrière de corail et la mangrove atténuent la force de la houle pour protéger les habitations côtières, détaille-t-elle. Mais lorsque les déchets jetés en amont sont charriés par les ravines, ils finissent par s'accumuler dans les racines des palétuviers ». L'association mène des opérations régulières de ramassage des plastiques sur les sites de Dembéni et de Tsingoni pour identifier l'origine des rejets et cibler les zones à traiter en priorité.
Les mauvaises pratiques culturales constituent une autre menace directe pour le lagon. Yasser, animateur pour les Naturalistes, a exposé les mécanismes de l'érosion à l'aide d'une maquette de bassin versant. « Lorsque la forêt est coupée et brûlée pour faire place à des parcelles nues, le sol perd toute stabilité. À Mayotte, la monoculture du bananier et du manioc accentue le problème, car ces plantes ne possèdent pas de racine suffisante pour retenir la terre ». L'association plaide auprès des exploitants pour l'arrêt des brûlis incontrôlés et le retour à une polyculture protectrice des sols.
L'insertion professionnelle

La gestion environnementale croise également des enjeux sociaux. L'association Nayma, spécialisée dans les chantiers d'insertion par les métiers de l'environnement, participait également à la rencontre. Créée en 2021, la structure compte aujourd'hui près de 1.500 personnes accompagnées vers une formation ou un emploi durable. « Nos équipes interviennent sur le reboisement en forêt, l'entretien des sentiers de randonnée et le ramassage des encombrants, rappelle l'un des encadrants. Depuis le passage du cyclone Chido, les sollicitations des collectivités et des communes ont fortement augmenté, notamment pour dégager le bois tombé et traiter les déchets dispersés ».
Après cette journée de lancement institutionnelle, le dispositif « Novembre Vert » prendra une dimension opérationnelle dans l'ensemble des communes du Grand Nord. Seize associations locales ont été conventionnées pour conduire des chantiers de nettoyage ciblant en priorité les berges des cours d'eau, le littoral et les décharges illégales recensées sur le territoire intercommunal.« Ramasser ne suffit pas si le site redevient un dépotoir quelques jours plus tard, souligne Hamidou Djabou Saindou. Sur plusieurs dépôts sauvages nettoyés ce mois-ci, nous allons engager des travaux de végétalisation avec des plantations ornementales et implanter des panneaux d'interdiction formelle de dépôt ». En complétant ces aménagements physiques par une sensibilisation au tri des ordures ménagères, la CAGNM entend responsabiliser les administrés et limiter la pollution avant l'arrivée des intempéries de fin d’année.
Léo Vignal