« On est arrivé vraiment à rassembler plusieurs acteurs ». Pour Hugues Makengo, directeur général de Mlézi Maoré, c’est l’une des principales réussites de cette première édition du FOSSEMM. Pendant trois jours, les professionnels de la mer, les institutions, les acteurs de l’insertion et les jeunes ont partagé leurs expériences et échangé sur les possibilités offertes par l’économie bleue à Mayotte.

Le bilan de cette première édition est plutôt positif, notamment du côté du public qui a répondu présent, environ 600 visiteurs par jour ont fréquenté le Forum pendant les trois jours, dont 80 % de lycéens, d’étudiants et de bénéficiaires accompagnés par différentes associations. Ils ont participé aux conférences, aux job dating et aux rencontres organisées au village des métiers. « Les jeunes ont bien participé à toutes ces conférences et ont posé des questions très pertinentes », souligne Hugues Makengo.
L’un des objectifs du Forum était aussi de rendre accessibles des sujets qui ne sont pas toujours abordés avec la jeunesse, comme les enjeux de l’Indopacifique, les fonds marins ou encore les coopérations entre les acteurs de l’économie sociale et solidaire et les pouvoirs publics.
Un Village des métiers qui a séduit les jeunes

Avec 25 à 27 exposants présents, le Village des métiers a permis aux jeunes de découvrir plusieurs activités liées à la mer et surtout d'échanger directement avec les professionnels. La Marine nationale et la gendarmerie maritime ont notamment attiré leur attention, tout comme les métiers de la pose et de la réparation des câbles sous-marins, ou encore de l'entretien des navires. « J'ai vu combien les jeunes se sont intéressés à la Marine Nationale. Le recruteur a repéré des jeunes qui avaient le potentiel », raconte-t-il. D’ailleurs la Marine Nationale peut accueillir jusqu’à 5.000 recrutements, avec une grande diversité de postes à pourvoir.
Pour le directeur général de Mlézi Maoré, le Forum a aussi permis de montrer que les métiers de la mer vont bien au-delà de la pêche et des activités nautiques. Selon les chiffres de France Travail évoqués pendant les échanges, l'économie bleue compterait plus de 900 métiers, dont 90 au sein de la Marine nationale. Des possibilités qui ne concernent pas uniquement les personnes diplômées, les personnes éloignées de l'emploi ou ayant peu de qualifications peuvent aussi s'orienter vers ces secteurs grâce à la formation.
Apprendre à nager pour mieux accéder aux métiers de la mer
Mais pour que ces perspectives deviennent accessibles, une difficulté reste à prendre en compte : le rapport à l’eau. À Mayotte, les difficultés d’apprentissage de la natation et le manque d’infrastructures nautiques sont encore des freins pour une grande partie de la population. Le forum a donc accordé une place importante à l’aisance aquatique, avec la présence de sa marraine, Coralie Balmy, championne olympique et championne d’Europe de natation, originaire de Martinique.
« Pour être à l’aise dans la mer et aller plus facilement vers les métiers de la mer, il nous semblait nécessaire de souligner l’importance de l’aisance aquatique », explique Hugues Makengo. Les peurs, les croyances et certaines représentations de la mer contribuent à entretenir une distance avec le milieu marin. « Tous les élus ont eu un discours sensibilisant sur la nécessité du savoir nager pour permettre déjà d'éviter toutes les noyades qui peuvent arriver, mais aussi pour que la mer devienne un outil d’insertion ».
Un rendez-vous appelé à se poursuivre
Au-delà des rencontres, les échanges ont aussi fait ressortir plusieurs difficultés sur le territoire : un manque de moyens chez les pêcheurs, et un besoin d’équipements pour les plages et les pontons. Des problèmes qui montrent que le développement des métiers de la mer à Mayotte ne repose pas seulement sur l'intérêt des jeunes, mais aussi sur les infrastructures nécessaires pour permettre aux acteurs d'exercer leurs activités.
Pour éviter que cette première édition ne reste sans lendemain, Mlézi Maoré souhaite poursuivre le travail engagé avec ses partenaires, notamment les différents acteurs de l’emploi et de la formation. « Ce qu’on va proposer, c’est de poursuivre l’esprit du FOSSEMM autour d’un club FOSSEMM », annonce Hugues Makengo. Cette structure pourrait réunir France Travail, la Mission locale, la DEETS, les intercommunalités, l’École d’apprentissage maritime et d’autres partenaires afin de maintenir les échanges et de préparer la deuxième édition du FOSSEM. L’Université de Mayotte devrait également prendre part à cette dynamique, avec l’ouverture prochainement d’un master consacré aux sciences de la mer.
Les trois jours auront donc permis de faire se rencontrer des acteurs, présenter des métiers et susciter l’intérêt des jeunes. Mais le plus difficile reste à venir : transformer ces échanges en formations, en équipements et en possibilités réelles d’emploi pour les Mahorais.
Shanyce MATHIAS ALI.