À Mayotte, derrière les chiffres du diabète, il y a aussi des personnes qui vivent avec la maladie sans le savoir, parfois pendant plusieurs années. C'est justement sur cette difficulté à repérer la maladie suffisamment tôt que les professionnels de santé ont voulu attirer l'attention lors de cette rencontre organisée autour du thème « Agir tôt contre le diabète à Mayotte ».
Un diabète qui touche des personnes de plus en plus jeunes

Les données présentées lors de la conférence montrent une progression du diabète chez les adultes, avec un taux passé de 12,1 % en 2019 à 15 % en 2025. Le prédiabète, lui, a diminué, passant de 12,1 % à 8 % sur la même période.
Pour le docteur Assef Zabi, médecin référent de Rédiab Ylang 976, les études confirment l'importance du problème sur le territoire, avec une maladie qui touche aussi des personnes relativement jeunes.
Le médecin insiste donc sur la nécessité de renforcer la sensibilisation et surtout de ne pas attendre les premiers symptômes pour se faire dépister. « À partir de 30 ans, il faut aller voir son médecin généraliste et demander à faire une glycémie capillaire », conseille-t-il. Cet examen, réalisé à l'aide d'une petite piqûre au bout du doigt, permet d'obtenir une première orientation sur le taux de sucre dans le sang.
Si les personnes de plus de 60 ans restent davantage touchées, les cas observés chez les 30-35 ans inquiètent également les professionnels. « On a quand même un taux qui est beaucoup plus important qu’en France hexagonale ».
La mortalité liée au diabète est elle aussi 4,5 fois plus élevée chez les hommes et 7,7 fois chez les femmes par rapport à l'Hexagone.
Une campagne de dépistage pour aller à la rencontre de la population
Pour répondre à cette situation, l’ARS Mayotte prépare une campagne de dépistage qui doit débuter le 14 novembre, à l'occasion de la Journée mondiale du diabète, et se poursuivre jusqu'au 15 juin 2027.

L'objectif annoncé est de toucher 10.000 personnes sur l'ensemble du territoire, en passant par les 17 communes de l'île. La campagne sera menée avec plusieurs partenaires, dont Rédiab Ylang 976, et des étudiants en soins infirmiers (IFSI), encadrés par des médecins. L'idée n’est pas seulement de mesurer le taux de sucre dans le sang, mais aussi d’orienter les personnes dépistées vers une prise en charge adaptée.
Des questionnaires simples et anonymes pourraient également être proposés afin de recueillir des informations qui serviront par la suite, à réaliser des études avec les équipes de l'ARS et du CHM.
« On est là pour jouer le rôle de facilitateur », explique Fatima Said Abou. Pour la secrétaire générale de Rédiab Ylang 976, les campagnes de sensibilisation font effet et suscitent des réactions progressivement auprès du public, raison pour laquelle il faut multiplier les initiatives comme celle de l’ARS.
Alimentation et activité physique, deux leviers de prévention
La prévention passe aussi par les habitudes de vie, même si manger équilibré n'est pas toujours simple sur l’île. Le prix des fruits, des légumes, du poisson et des produits frais, les difficultés d'approvisionnement et le manque de choix compliquent parfois les changements alimentaires.

Plusieurs alternatives ont donc été proposées pour adapter les repas aux produits disponibles : brèdes, patates, légumes surgelés ou en conserves, œufs, en privilégiant les cuissons à l'eau, au four ou grillées plutôt que les fritures.
« Le diabète, c'est une pathologie qui peut être prévenue par l'activité physique, pas que l'alimentation », rappelle Yasmina Combo, cheffe du service Sport Santé Bien-être au Cros Mayotte.
Les recommandations évoquées sont d'environ 30 minutes d'activité physique par jour, à une intensité modérée à soutenue, en variant les pratiques. En 2025, le service a accueilli 82 personnes dans le cadre d'un programme de six mois, principalement concernées par l'hypertension artérielle et en deuxième position, par le diabète.
Il faut mieux informer
Au-delà du dépistage, la question de l'information reste centrale, notamment pour les personnes qui rencontrent des difficultés avec la langue française ou qui vivent loin des structures de soins. Antufaty Hafidou, représentante des usagers au CHM, observe que certains patients découvrent leur diabète à un stade déjà avancé. « Très souvent, on leur dit qu'ils ont le diabète et que leur taux est très élevé, mais il n'y a pas plus d'explications », regrette-t-elle.
D’après ses dires, il y’a aussi des patients qui ne retournent pas chercher leurs résultats par peur de ce qu'ils pourraient apprendre. D'autres connaissent leur diagnostic, mais ont du mal à l'accepter et finissent par vivre dans le déni.
Selon les données, la proportion de personnes diabétiques qui connaissent leur maladie est passée de 61 % à 73 %, mais il y’a toujours environ un patient sur quatre qui ignore qu'il est touché.
Shanyce MATHAIS ALI.