C’est avec émotion que la mère de Charmila a accompagné sa fille pour ce premier voyage à bord de Mob’TiTerre, le nouveau service de transport à la demande destiné aux personnes à mobilité réduite en Petite-Terre. Toutes deux ont pris place à bord du véhicule adapté pour rejoindre la nouvelle antenne de la MDPH. Un trajet inaugural qui restera particulier pour cette famille, puisque Charmila Michel, en situation de handicap depuis sa naissance, est la première à avoir utilisé ce service.

« Dieu merci, je suis très contente pour cette nouveauté, et je suis encore plus fière qu’ils aient choisi ma fille pour le premier voyage. Je les remercie infiniment, ainsi que le président de la CCPT », confie-t-elle.
Pour cette maman, ce nouveau moyen de transport vient surtout répondre à une difficulté qu’elle connaît depuis des années : déplacer sa fille. Jusqu’ici, elle devait gérer elle-même les trajets pour les rendez-vous médicaux, les démarches administratives et les rares sorties qu’elles pouvaient organiser. Une responsabilité qui demandait beaucoup d’énergie.
Un quotidien rythmé par les contraintes du handicap
Avant d’avoir un fauteuil roulant, la mère de famille devait porter Charmila sur son épaule pour prendre le taxi et se rendre à ses rendez-vous. Elle se souvient notamment des déplacements jusqu’à Kawéni ou à la MDPH à Mamoudzou, qui représentaient un véritable effort physique. « Qu’il pleuve, qu’il vente, je le faisais à l’ancienne, pour mon enfant ». L’obtention d’un fauteuil roulant a ensuite permis de soulager une partie de cette charge.

Mais les contraintes ne concernaient pas uniquement les rendez-vous médicaux. Elles avaient aussi des conséquences sur les moments de détente et les sorties du quotidien. « Quand je veux faire des sorties avec elle, par exemple pour aller à l’aéroport, se poser pour qu’elle voit les avions, prendre l’air et se détendre, je l’habille bien, je la mets dans son fauteuil et je le pousse jusqu’à là-bas ». À la maison, leur quotidien se déroule souvent au même rythme. Charmila dort, se réveille, mange et regarde la télévision. « Voilà, c’est notre quotidien de mère et fille », résume sa maman.
C’est précisément ce changement qu’elle attend de Mob’TiTerre. Au-delà des rendez-vous, elle espère pouvoir profiter davantage de l’extérieur avec sa fille. Faire des courses, se rendre à différents endroits ou simplement sortir pour changer d’air : elle imagine déjà les possibilités que ce nouveau service pourrait leur offrir. « Là, avec ce véhicule, les choses seront plus simples pour nous ».
Une mère qui a appris à accepter le handicap de sa fille
Mais pour comprendre ce que représente ce moment, il faut aussi revenir sur le parcours de cette mère, qui accompagne sa fille depuis sa naissance. Interrogée sur la manière dont elle vit le fait d’être parent d’un enfant en situation de handicap, elle ne cherche pas à cacher les difficultés traversées au fil des années. « Dans le passé, j’étais triste, je passais mes journées à pleurer », confie-t-elle.
La mère de famille aurait souhaité, comme n’importe quelle mère, voir son enfant grandir en bonne santé et connaître une vie différente, se marier et avoir des enfants. Mais avec le temps, elle a appris à accepter la situation et à consacrer son énergie à l’accompagnement de Charmila, grâce à l’aide de sa mère et de sa sœur.
« Les regards changent petit à petit »

Avec les années, cette mère estime également que la place des personnes à mobilité réduite a évolué à Mayotte. Elle constate que le sujet est davantage abordé, que les familles osent progressivement parler de leurs difficultés.
« Je trouve que ça évolue dans le positif, et les regards changent petit à petit, il y’a moins de tabou », observe-t-elle.
Elle reconnaît que toutes les situations ne se ressemblent pas et que certaines familles rencontrent des difficultés encore plus importantes. Mais elle considère que les choses avancent dans la bonne direction. « La semaine dernière c’était l’inauguration de la MDPH ici en Petite-Terre, aujourd’hui l’inauguration de ce véhicule et j'espère que d’autres choses encore seront à venir ».
À travers son expérience, elle souhaite surtout adresser un message aux parents qui vivent une situation similaire. « Je leur dirais d’arrêter de se cacher, venez, l’État et les élus sont là pour nous accompagner. N’ayez pas peur, et surtout, il n’y a pas de honte. Il ne faut pas laisser nos enfants coupés du monde », insiste la mère de Charmila. Pour elle, rencontrer d’autres familles permet de partager son expérience, de discuter avec des personnes qui comprennent les difficultés rencontrées et de se sentir moins seule.
Shanyce MATHIAS ALI.