Une canette qui se promène dans un village, des habitants qui confient des missions et des dangers à identifier : "May K Net" veut apprendre aux jeunes de Mayotte à mieux protéger leur environnement, mais aussi à faire face aux risques naturels.
Le principe reste le même : apprendre en jouant. Le joueur incarne une canette qui avance de niveau en niveau dans un environnement tropical inspiré de l'île, il échange avec des villageois et découvre des informations sur les dangers qui l’entourent. À chaque étape, des missions permettent de gagner des points et de débloquer des fiches thématiques, et des quiz sur le menu.
Après Chido, élargir la prévention

Pour Florent Forestier, président et fondateur de Yes We Can Nette, l’ajout des risques naturels répond à un besoin apparu après le passage du cyclone Chido. « On s’est dit qu’il manquait quand même quelque chose, c’était la prévention des risques naturels », explique-t-il. La nouvelle version aborde ainsi les cyclones, les séismes et les risques d’inondation et de submersion, tout en conservant la gestion des déchets au cœur du jeu.
L’objectif est de relier des sujets qui concernent directement le quotidien des Mahorais. « Il y a évidemment des liens très directs entre la gestion des déchets, le réchauffement climatique, les risques naturels », souligne Léonie Decourt-Gislard, directrice de l’association. Pour elle, il était important de proposer un contenu ancré dans la réalité mahoraise, avec des paysages familiers qui parlent aux jeunes du territoire.
L'idée n'est pas juste de retenir des consignes, mais aussi de permettre aux enfants de comprendre et de savoir comment réagir lorsqu’un danger se présente. Les dialogues avec les personnages, les missions et les supports pédagogiques servent à transmettre ces informations petit à petit.
Apprendre sans faire peur
Aborder les cyclones auprès des enfants demande toutefois de trouver le bon ton. L’association explique avoir pris le temps de réfléchir à la manière de présenter les risques sans minimiser leur gravité, mais sans non plus effrayer ou raviver les traumatismes liés à l'événement Chido. « C’est normal d’avoir eu peur, c’est normal d’avoir besoin d’en parler », rappelle Léonie Decourt-Gislard. L’association a souhaité intégrer ce message dans le jeu pour aider les jeunes à comprendre leurs émotions après un événement traumatisant.

Développeur du jeu et fondateur du studio Sirel976, El-Farouk Adinani a lui-même vécu le passage de Chido. « Je me suis dit là, on a l'occasion de faire quelque chose dans lequel on va pouvoir lier sensibilisation et éducation et également fun, dans le sens où on va jouer et apprendre en même temps quelque chose », explique-t-il.
La réalisation de cette nouvelle version a nécessité environ neuf mois de travail, avec une équipe 100% mahoraise chargée du graphisme, de la modélisation en 3D et de l’animation. Le contenu a aussi nécessité un travail de vérification, l’équipe s’est donc approchée de la DEAL Mayotte afin de rassembler les informations et de s’assurer que les messages diffusés dans le jeu restent fiables.
Interrogé sur l'importance de cette sensibilisation après le passage du cyclone, une représentante de la DEAL insiste sur le fait que les habitants doivent pouvoir comprendre les alertes et les consignes pour se protéger.
Un jeu gratuit pour toucher les plus de jeunes

La première version de "May K Net", sortie en 2023, était consacrée à la gestion des déchets. Selon les éléments communiqués par l’association, elle a dépassé les 21.000 téléchargements sur iOS et Android. Yes We Can Nette indique également avoir sensibilisé environ 4.000 jeunes en 2023 et 2024, notamment dans les établissements scolaires. Pour l’association, ces résultats montrent que le jeu peut toucher un public bien plus large que les seuls enfants rencontrés pendant les animations.
L’association souhaite donc poursuivre ses interventions dans les écoles, en lien avec le rectorat, et développer des partenariats avec les établissements scolaires. Elle prévoit aussi de faire tester le jeu dans le cadre d’actions de sensibilisation menées avec des partenaires comme l’Office français de la biodiversité (OFB), notamment à travers son programme "Les Petits Fundis".
Une version appelée à évoluer
Ce lancement ne marque pas la fin du projet, l’association prévoit d’ajouter progressivement de nouvelles ressources sur son site internet, notamment sur des sujets qui ne sont pas encore traités dans le jeu, comme les brûlis. Une fois les fiches finalisées, certaines pourront être intégrées aux prochaines mises à jour du jeu.
Une traduction en langues locales figure également parmi les pistes envisagées, en complément des trois langues déjà disponibles : français, anglais et espagnol. « Il faut qu'on trouve aussi des voix off qui peuvent faire la traduction en shimaoré et kibushi, mais c'est typiquement une perspective de développement du jeu », confie la directrice.
Shanyce MATHIAS ALI.