Un ancien ministre a été poursuivi par la Convention pour le Renouveau des Comores (CRC), le parti au pouvoir, pour « diffamation et injures publiques » présumées. Une procédure de citation directe a été engagée par l’instance dirigeante de la formation politique créée il y a vingt ans par le président Azali Assoumani. « Une plainte a été déposée, j’ai été chargé d’entrer en contact avec le parquet de la République pour la suite de l’affaire », a déclaré l’avocat du parti, Me Idriss Mzé Mogne, au cours d’un point de presse organisé lundi 21 septembre en fin d’après-midi.
« Des virements et des transactions suspects »

L’homme en question s’appelle Mahamoud Salim Hafi, ancien secrétaire général adjoint du gouvernement. Il a soulevé l’existence d’opérations financières fictives et illicites qui seraient entretenues via « le compte du parti » domicilié, selon lui, dans une banque de la place dénommée Exim bank Comores. Il a brandi, documents à la main et avec une certaine gouaille, « des virements et des transactions suspects » dont la nature douteuse et les transactions effectuées devraient susciter, à l’en croire, des inquiétudes quant à la fiabilité du dispositif de gestion des fonds du parti.
« Afin de lever toute ambiguïté et de rétablir les faits, le parti CRC a saisi officiellement Exim Bank Comores, qui, dans une correspondance en date du 18 septembre 2026, a confirmé, après consultation de ses registres, qu’aucun compte bancaire n’est enregistré au nom du parti CRC dans ses livres. La banque précise également qu’elle n’entretient actuellement aucune relation bancaire avec la CRC », a souligné, de son côté, la direction du parti dans un communiqué de presse.
La banque a réagi, elle aussi, et nié l’existence d’un compte du parti CRC. Elle a, dans un communiqué officiel, dénoncé « avec la plus grande fermeté les allégations mensongères diffusées » sur les réseaux sociaux et « rejette catégoriquement ces accusations malveillantes qui portent gravement atteinte à sa réputation, à son intégrité et à la confiance qu’elle a bâtie au fil des années auprès de sa clientèle et de ses partenaires ». L’institution a été très affectée par les accusations portées par Mahamoud Salim Hafi et qui s’apparentent, selon ses dires, à d’opérations de blanchiment d’argent. « L’Exim bank exerce ses activités dans le strict respect des lois et règlementation en vigueur notamment celles relatives à la lutte contre le blanchiment d’argent et la lutte contre le financement du terrorisme… sous le contrôle des autorités de supervision », a souligné l’établissement financier.
Une audience prévue ce jeudi 23 septembre

Convoqué par le parquet, l’ex-ministre, toujours membre de ce parti, a refusé de se présenter à la justice, estimant que les personnes ayant porté plainte « n’ont pas le droit d’agir au nom du parti et surtout la légitimité » de gérer les affaires du parti après « l’expiration de leur mandat ». Les deux personnes pointées du doigt par l’ancien ministre sont le secrétaire national du parti, Youssoufa Mohamed Ali, par ailleurs, directeur de cabinet du président Azali chargé de la défense et la trésorière, Najda Said Abdallah, actuelle directrice générale de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (SONEDE). « Toutes les personnalités de ce pays répondent aux convocations de la justice et viennent se défendre. Pourquoi Hafi ne le fait pas. Ce serait l’occasion de soulever ces exceptions », croit savoir l’avocat du parti au pouvoir qui précise que le refus du ministre ne fera pas obstacle à la tenue du procès ce jeudi 23 septembre au tribunal de Moroni.
Salim Hafi n’est pas à sa première intervention choc sur les réseaux sociaux. Il y a deux mois, il avait fait savoir que quatorze ministres (sur les 15 que compte le gouvernement) avaient signé collectivement un « courrier confidentiel» adressé au président Azali dans lequel, ils dénonceraient « des blocages » imputés au secrétaire général du gouvernement, Nour El Fath Azali, accusaient le fils du président de « principal obstacle» à la bonne marche des affaires de l’Etat. M. Hafi avait brandi à l’époque une sous chemise rose en guise « de preuve » de ce courrier. Les ministres accusés avaient opposé un démenti, soulignant n’avoir jamais signé « un courrier confidentiel ». Et l’ancien ministre n’a jamais rendu publique « sa preuve ».
A.S.Kemba


