Première femme mahoraise à la tête du Mouvement des entreprises de France Mayotte, Yasmine Nidhoire avance aujourd’hui entre son rôle de cheffe d’entreprise et celui de présidente. À la tête de Générale des Services Mayotte depuis 2020, elle dirige une structure de service à la personne qui emploie une centaine de salariés sur l’île.
Un départ marqué par les obstacles

Derrière cette réussite, elle raconte un démarrage moins évident que ce que son parcours actuel laisse croire. À son retour sur le territoire pour créer son entreprise, la jeune femme se heurte rapidement à une réalité.
Les démarches sont longues et les informations difficiles à trouver. Même l’ouverture d’un compte professionnel devient un combat. « J’ai dû me battre pour ouvrir un compte, pour déposer mon capital et simplement pouvoir créer mon entreprise ».
Les premières années sont particulièrement éprouvantes. L’entreprise ne dégage pas encore de bénéfices, pourtant, elle ne baisse pas les bras. Quand la présidente du Medef évoque cette période, c’est vers sa fille que ses pensées reviennent le plus souvent. « Je voulais lui montrer qu’il fallait aller jusqu’au bout des choses » confie-t-elle.
Cette persévérance est d’ailleurs ce dont Yasmina Nidhoire se dit le plus fière aujourd’hui. Plus encore que les responsabilités, elle retient le fait d’avoir tenu malgré les obstacles. « J’aurais pu abandonner plusieurs fois ».
Une prise de responsabilité inédite
Sa nomination à la tête du Medef représente une nouvelle phase dans son parcours. Une étape que la mère de famille n’avait jamais envisagée, car pendant longtemps, le monde patronal lui semblait réservé à d’autres profils. « Quand on pense au Medef, on imagine souvent des hommes d’un certain âge, des grands patrons, hyper riche », explique-t-elle. « Je n’avais jamais rêvé de cette fonction parce que je pensais que ce n’était pas pour quelqu’un comme moi ».
D’ailleurs c’est ce qui donne à cette nomination une dimension particulière. Première mahoraise à présider l’organisation patronale, elle sait ce que cette responsabilité représente symboliquement. Cette fierté, elle la relie aussi à l’histoire de Mayotte et aux « Chatouilleuses », ces femmes qui se sont battues pour le territoire.
« À notre petite échelle, on continue leur combat », estime-t-elle. « Nous sommes leurs héritières. Chaque femme qui ouvre une porte aujourd’hui permet à une autre de passer derrière ».
La renaissance du Medef Mayotte
Cette nouvelle responsabilité intervient également à un moment important pour le Medef. Après une période de rupture et de réorganisation, la structure est en pleine reconstruction. Nouveaux statuts, nouvelle équipe, nouvelle dynamique : tout a été rebâti. « On est repartis de zéro. Il a fallu recréer la structure, refaire toute la partie administrative et relancer les adhésions », résume la présidente.
Aujourd’hui, une cinquantaine d’entreprises a rejoint le mouvement. Un chiffre encore modeste, mais qui marque selon la cheffe d’entreprise un premier retour de confiance. Cependant, elle ne cache pas que celles-ci restent prudentes et observent encore cette nouvelle étape.

L’objectif affiché est désormais d’atteindre une centaine d’adhérents d’ici la fin de l’année afin de consolider la structure et d’élargir son action sur le terrain. Dans cette phase de relance, le Medef national les accompagne sur tous les points.
Pour Yasmine Nidhoire, cette renaissance ne doit cependant pas être synonyme de division. Elle refuse l’idée d’une rivalité entre les différentes organisations présentes et plaide plutôt pour une coopération. « Il n’y a pas de guéguerre », affirme-t-elle. « Il y a de la place pour tout le monde. Les enjeux sont tellement importants que nous devons travailler ensemble ».
Une vision tournée vers la jeunesse
Cette nouvelle version du mouvement repose aussi sur une orientation claire : la jeunesse. Avec une population parmi les plus jeunes de France, Mayotte dispose d’un potentiel qu’il faut accompagner davantage. Pour cela, plusieurs conventions sont ainsi en préparation avec des acteurs de l’emploi, de la formation et de l’insertion afin de faciliter l’accès des jeunes au monde professionnel. « On veut être le pont entre les entreprises, les institutions et la population », explique Yasmine Nidhoire.
Cette volonté d’ouverture résume la vision qu’elle souhaite porter pour la renaissance du Mouvement des entreprises de France : plus accessible, plus proche du terrain et davantage tourné vers l’accompagnement. « On est le Medef de tous ».
La cheffe d’entreprise, compte notamment s’inspirer de son propre vécu pour mieux comprendre et suivre les entreprises mahoraises. « Si j’ai autant galéré pour arriver là où j’en suis, alors il faut que cela serve à quelque chose. Aujourd’hui, je me mets au service des autres pour qu’ils n’aient pas à vivre le même parcours », conclut-elle.
Shanyce MATHIAS ALI.


