Mayotte était à l’honneur le 23 janvier dernier lors de la cérémonie des Talents de l’Outre-mer, organisée tous les deux ans par le Comité d’action sociale en faveur des originaires des départements d’outre-mer en métropole (Casodom) à l’Université Paris Cité. L’événement a distingué 52 ultramarins pour la qualité de leurs parcours académiques et professionnels dont six lauréats originaires de l’île aux parfums, dans des domaines tels que le droit, la santé, l’ingénierie ou encore l’économie sociale et solidaire (ESS).
Parmi ces profils figure Kamal Youssouf, récompensé dans la catégorie « talent confirmé – Droit, sciences politiques et gestion publique ». Directeur au sein de la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (CRESS) de Mayotte, il préfère atténuer la dimension individuelle de cette reconnaissance. « Cette distinction est nominative, bien sûr, mais elle est avant tout collective. C’est un travail collectif mené avec tous mes collègues », souligne-t-il.
Une réussite construite localement
La Cress de Mayotte est une structure chargée de représenter les entreprises de l’économie sociale et solidaire auprès des pouvoirs publics et d’animer le développement de ce secteur sur le territoire. Elle agit comme un relais entre le terrain, les institutions et les partenaires nationaux, dans un contexte mahorais aux enjeux sociaux et économiques majeurs.

Entré dans l’organisation en 2018 comme chargé de mission observatoire, le Mahorais est issu d’une formation en mathématiques et statistiques. Recruté pour mettre en place l’observatoire régional de l’ESS, il contribue à structurer un secteur encore marqué par un manque de données sur le territoire. Entre 2018 et 2020, une méthodologie a été développée afin d’identifier le nombre d’entreprises de l’ESS, leurs secteurs d’activité, les emplois générés et leur nature. Un travail qui, selon lui, a été déterminant dans l’appréciation de son dossier.
Pour le lauréat, sa candidature n’avait pas vocation à mettre en avant un parcours personnel, mais une dynamique territoriale. « J’ai présenté ce que nous développons à la Cress et ce que cela produit pour Mayotte et les autres territoires ultramarins », explique-t-il. Notamment des projets de coopération menés avec des territoires de la zone, comme la Tanzanie ou le Kenya, afin de questionner des modèles d’économie sociale et solidaire et d’identifier des thématiques communes de développement.
Valoriser Mayotte au-delà des crises
Le choix de participer au concours s’est fait dans un contexte particulier, en effet, l’année 2025 a été marquée par une forte mobilisation à Mayotte, suite à des crises successives et à une couverture médiatique nationale plus forte. « On parle souvent de Mayotte pour ses difficultés, donc je me suis dit qu’il fallait aussi montrer autre chose », confie Kamal Youssouf. « Mayotte n’est pas seulement un territoire en difficulté, c’est aussi un territoire qui apporte ». Ce qui lui tenait à cœur, c’était de transformer le regard sur son île, en mettant en avant les initiatives locales présentes. S’il ne se voit pas comme une exception, il rappelle que le département regorge de nombreuses « étoiles ».

Après le dépôt du dossier, quatre mois se sont écoulés avant la réponse officielle, plus de 150 candidatures ont été recensées, dont une trentaine pour Mayotte. Informés mi-décembre de leur sélection, les lauréats ont été invités à la cérémonie parisienne, organisée le 23 janvier. Une soirée que le Mahorais décrit comme « bien organisée », avec la présence d’acteurs des politiques publiques ultramarines. Au-delà de la reconnaissance, ce prix représente, selon lui, une validation du travail mené sur le terrain. « C’est une reconnaissance de la capacité de nos territoires à proposer des solutions », insiste-t-il. Une distinction qui renforce aussi la crédibilité de la Cress de Mayotte auprès de ses partenaires et de son réseau national.
Une jeunesse face à l’avenir
Confronté au quotidien aux réalités de son territoire, Kamal Youssouf souligne les priorités pour la jeunesse mahoraise. D’après lui, l’accès à des formations d’excellence, l’insertion professionnelle et le développement d’une économie locale dynamique sont des leviers essentiels pour permettre aux jeunes de s’émanciper. Dans ce cadre, il encourage les jeunes à ne pas se fixer de limites. « Il ne faut pas se dire que parce qu’on est issu d’un territoire ultramarin, on doit rêver plus petit », nous a confié le directeur. Lui-même évoque un parcours semé d’obstacles, comme le redoublement de sa licence, qu’il voit aujourd’hui comme une étape formatrice et un moyen de rebondir.

Parmi les projets qu’il veut mettre en avant figure l’Institut Fikiri, un dispositif de formation à Mayotte qui repose sur des partenariats avec des écoles de commerce et des universités en métropole et à La Réunion. Depuis son lancement, près de 70 jeunes ont été formés, du Bachelor au Master. La présence de six lauréats mahorais montre, d’après lui, une dynamique encourageante. « Ce sont des parcours d’excellence qui montrent que l’île a du talent, il faut juste oser plus ».
En regardant en arrière, Kamal Youssouf confie ce qu’il dirait à sa version plus jeune : « que je suis fier de lui et de s’accrocher ». Mais également d’être reconnaissant envers ses parents, qu’il décrit comme des « boussoles ».
Shanyce MATHIAS ALI.



