À première vue, les locaux de LEPAM (Luttons Ensemble Pour un Avenir Meilleur) ressemblent à un lieu de travail comme un autre, avec une salle informatique, plusieurs espaces de réunion et des jeunes installés un peu partout, concentrés ou en discussion.
Créée en juillet 2022, l’association est née d’un constat jugé alarmant par ses fondateurs, celui d’une montée de la délinquance en Petite-Terre, mais aussi d’un taux d’échec important chez les jeunes Mahorais qui poursuivent leurs études en métropole, sans oublier les difficultés liées à l’illettrisme sur le territoire. « On s’est dit qu’il fallait apporter notre pierre à l’édifice à notre échelle », explique Abaisse Assoumany, cofondateur de la structure, avec sa sœur.
Miser sur l’accompagnement scolaire
Ils décident de commencer par les plus jeunes, avec de l’accompagnement scolaire destiné aux enfants à partir du CE2, car « ce sont eux l’avenir de Mayotte » et qu’il faut agir tôt pour espérer des résultats durables. Trois ans plus tard, ce dispositif financé par la Cité éducative de Petite-Terre, commence à porter ses fruits, avec une demande en hausse et des retours positifs de certains établissements scolaires et parents d’élèves.

Ici, l’accompagnement scolaire se veut différent du soutien classique, avec une approche centrée sur l’autonomie, le développement du vocabulaire, la lecture ainsi que l’écriture. Pour cela, plusieurs professionnels de l’éducation, bénévoles dans l’association reçoivent des jeunes en difficultés trois fois par jours, notamment les mercredi, vendredi et samedi après-midi. « L’accompagnement scolaire n’est pas opposable au soutien scolaire et l’école en général c’est plus un complément », confie le co-fondateur.
La mobilité comme levier pour ouvrir les horizons
L’association a également développé des actions autour de l’insertion professionnelle et de la mobilité dans le cadre d’Erasmus + jeunesse, pour ouvrir de nouvelles perspectives à des jeunes souvent en manque de repères ou de confiance. En effet, depuis deux ans, elle a organisé plusieurs voyages, notamment à Maurice, en Belgique ou encore à Madagascar, permettant à une cinquantaine de jeunes de quitter le territoire pour découvrir d’autres réalités, apprendre, mais aussi se projeter autrement.

Les profils sont variés, lycéens, étudiants ou jeunes sans activité, avec un point commun : la motivation. Car ici, partir à l’étranger ne se résume pas à voyager. Les jeunes sont impliqués dès le départ, participent à la préparation, doivent s’engager dans le projet et parfois même trouver des financements à travers des cagnottes ou la vente de repas. « Ce ne sont pas des touristes, ce sont des ambassadeurs de Mayotte », insiste Abaisse Assoumany, qui voit dans ces expériences un moyen de développer des compétences concrètes, comme la prise d’initiatives ou encore la capacité à s’adapter.
Certains reviennent avec des idées nouvelles ou même des projets professionnels. Un exemple revient souvent, celui d’un jeune qui, après un séjour au Pays-Bas, envisage désormais de devenir interprète après avoir constaté la barrière de la langue sur place.
Un lieu de vie et d’engagement pour les jeunes
Dans les locaux, cette dynamique se ressent au quotidien, avec une présence importante de jeunes en service civique ou en bénévolat, engagés dans différentes missions en rapport avec l’accompagnement scolaire. « Le service civique, c’est un vrai tremplin », explique Faïza Ahamada, chargée de développement. Selon elle, ces expériences permettent aux jeunes de gagner en maturité, en compétences et en confiance, tout en évitant l’oisiveté.

Mina Saïd Ali, référente dans ce domaine, organise les séances en lien avec des enseignants bénévoles et adapte les contenus en fonction du niveau des élèves. « Ce qui m’anime c’est de voir leur évolution, parfois y’en a qui ne savent pas lire et ils progressent jusqu’à intégrer des groupes plus avancés », confie-t-elle. Pour les engagés, l’expérience est souvent déterminante. Faïzina Soumaila, en service civique depuis août, y voit une première immersion dans son futur métier de professeure des écoles. « Je voulais voir si j’étais capable d’assumer ce rôle ».
Sur le terrain, les effets commencent à se faire sentir, avec des jeunes qui s’impliquent davantage et qui s’éloignent des environnements conflictuels. « Ils commencent à comprendre qu’ils doivent être acteurs de leur réussite », observe Abaisse Assoumany. D’ailleurs, il adresse un message à la jeunesse mahoraise : « Il ne faut pas se fixer de limites trop tôt et surtout il faut croire en ses capacités, même quand le doute s’installe ».
Dans les mois à venir, l’association compte justement aller plus loin avec plusieurs projets déjà en préparation, avec la création d’une web radio portée par les jeunes. D’ici la fin de l’année, LEPAM prévoit aussi de faire voyager davantage de jeunes, avec des départs vers des pays comme le Portugal, l’Espagne ou encore Malte. D’autres initiatives sont aussi en cours, comme l’accueil de partenaires allemands à Mayotte autour d’actions liées à la reconstruction après le cyclone Chido.
Shanyce MATHIAS ALI.



