Le vendredi 16 janvier, la décision est tombée, le tribunal de commerce de Montpellier a prononcé la liquidation judiciaire d’Airways Aviation Academy, anciennement ESMA (École supérieure des métiers de l’aéronautique). L’établissement, implanté depuis plus de vingt ans sur la zone aéroportuaire de la ville, cessera définitivement son activité à compter de ce vendredi 23 janvier.
L’école formait aux métiers de l’aéronautique : pilote de ligne, hôtesse de l’air, steward ou mécanicien de maintenance. Une référence pour de nombreux jeunes, venus de toute la France et des territoires ultramarins, attirés par des formations reconnues mais extrêmement coûteuses, pouvant dépasser les 100.000 euros. Cette fermeture ne touche pas seulement la centaine d’élèves engagés, elle impacte également le personnel, dont certains travaillent dans l’école depuis une vingtaine d’années et se retrouvent licenciés du jour au lendemain.
Des dettes colossales et le flou total

Une jeune Mahoraise fait partie des étudiants inscrits dans cet établissement depuis janvier 2024. Elle était encore en phase théorique de sa formation : neuf mois de cours en présentiel, quinze examens avant de passer à la pratique et aux heures de vol. La jeune femme avait déjà versé de 54.000 euros sur un coût total de 103.000 euros, financés en partie par la DPSU et complétés par un prêt bancaire dont le remboursement commencera en janvier 2027. Selon ses dires, la partie théorique de la formation seule coûte entre 13.000 et 17.000 euros. « On ne sait même pas si nous pourrons récupérer de l’argent, être réorientés ou continuer notre formation, nous sommes dans le flou total », nous a-t-elle expliqué.
Pour un de ses camarades , lui aussi venu de l’île au lagon, inscrit depuis deux ans et demi, la situation est encore plus complexe puisqu’il avait validé la partie théorique et se trouvait sur la dernière ligne droite de sa formation pratique, juste avant l’obtention de son diplôme de pilote. Ses études représentent un investissement de 96.000 euros. « C’est une somme perdue, j’ai dû prendre trois emprunts que je vais devoir rembourser pendant dix ans », nous a raconté le jeune homme avec une pointe d’amertume.

La perte financière n’est pas le seul obstacle, en effet, les licences de pilotage ont des délais de validité stricts, pour certains ils ne leur restent que quelques mois. « Si on dépasse les 36 mois pour certaines phases, on perd nos acquis et on doit recommencer », souligne la jeune femme. Pour ces inscrits, le temps joue contre eux, alors que l’école a cessé son activité. D’autant plus qu »ils sont toujours dans le brouillard. Pour eux, la liquidation judiciaire a été un choc : aucun courrier officiel, aucune explication claire sur le devenir des sommes versées ou la réorientation possible vers d’autres établissements.
Solidarité, résilience et recherche de solutions
Malgré cette situation, les élèves ne baissent pas les bras, les six étudiants mahorais se sont rassemblés dans un groupe d’échanges afin de partager informations et conseils. « Nous essayons d’explorer toutes les pistes possibles », indique-t-elle. Ils peuvent notamment compter sur des anciens élèves originaire de l’île, aujourd’hui pilotes, qui ont traversé des situations similaires, qui les conseillent et les soutiennent, apportant un repère dans ce chaos. Aussi présente pour eux, l’équipe pédagogique qui fait sont maximum pour trouver des solutions. « Les instructeurs sont disponibles, dès qu’on a des questions ils nous épaulent et font leur maximum pour qu’on ait de quoi rebondir », a souligné le jeune homme.

Parmi les solutions envisagées : réinscription dans une nouvelle école, formation à l’étranger ou partenariats avec d’autres établissements. Mais chaque option représente un coût supplémentaire, parfois compris entre 30.000 et 70.000 euros. Pour la majorité des étudiants, cela signifie devoir faire une pause pour travailler et financer leurs nouvelles inscriptions ou sinon contracter de nouveaux prêts ce qui est impossible au vu de ceux qu’ils doivent déjà rembourser.
« Ce qu’on cherche avant tout, c’est pouvoir terminer notre cursus », insiste la porte-parole des six étudiants mahorais. Elle plaide pour une aide institutionnelle, notamment de la part de l’Assemblée de Mayotte (anciennement Conseil départemental), qui a investi dans leur formation initiale. « Ces fonds représentent des impôts, des investissements publics. Il serait injuste qu’ils s’évaporent sans solutions pour continuer nos études ».

Malgré la frustration, le désarroi et l’incertitude, les jeunes gardent la détermination intacte. « On se bat pour nos rêves, pour notre passion c’est ce qu’on veut faire depuis qu’on est petit, mais aussi pour montrer qu’il y a des talents à Mayotte, que même venant d’un environnement compliqué, on peut viser l’excellence », concluent les deux étudiants.
Shanyce MATHIAS ALI.



