Ce mardi, à l’hémicycle Bamana, le Conseil économique, social et environnemental de Mayotte (Césem) a tenu son assemblée plénière de rentrée. Une séance particulièrement chargée, au cours de laquelle ont été abordés des sujets majeurs pour le territoire.

Dans son allocution d’ouverture, Abdou Dahalani a posé le cadre : les vœux 2026 du Césem se veulent « un message de lucidité et d’urgence ». À cette occasion, le président a dressé un constat sans détour : deux ans après des catastrophes naturelles majeures et alors que les crises sociales, sécuritaires et sanitaires se prolongent, Mayotte reste profondément fragilisée. Les destructions liées aux événements climatiques passés continuent de marquer le logement, l’économie locale ainsi que le quotidien de la population. « Les habitants ont résisté, souvent seuls, dans des conditions extrêmes », rappelle Abdou Dahalani.
L’insécurité au cœur des préoccupations
Parmi les points importants de la séance, le rapport sur Mayotte et le défi sécuritaire ont occupé une place majeure. Le diagnostic dressé est lourd : une activité pénale importante et en progression, un tribunal sous pression, ou encore une justice des mineurs difficile à mettre en œuvre et un sentiment d’impunité qui fragilise la cohésion sociale. Le dossier pointe également des freins structurels tels que l’absence de centre éducatif fermé sur l’île, les difficultés d’accès aux droits et une quinzaine d’avocats seulement pour l’ensemble du territoire.

Au-delà du constat, le Césem insiste sur la nécessité d’une approche globale. Il recommande notamment de mieux documenter les impacts de l’insécurité, en particulier sur la santé mentale des Mahorais. Le Conseil économique a également proposé la mise en place de dispositifs d’accompagnement psychologique renforcés en milieu scolaire et dans les structures de proximité. « L’insécurité menace notre jeunesse. Notre devoir est de bâtir une stratégie durable », a martelé le président, estimant que le niveau atteint par la délinquance impose désormais « d’employer les grands moyens ».
Les défis de l’agriculture à Mayotte
Le volet agricole a animé les débats, autour des autorisations d’occupation temporaire (AOT) sur le domaine départemental. Si le Conseil salue un cadre clair et sécurisé, plusieurs intervenants pointent les limites, notamment le fait que la tarification ne reflète pas assez la fragilité des petites exploitations : les superficies inférieures à 1 hectare sont facturées 100 euros par an, et au-delà, 150 euros par hectare. L’absence de précisions sur la durée et le renouvellement des AOT inquiète aussi, de même que le risque de précarisation pour les exploitations familiales.
Au-delà du cadre administratif, plusieurs membres ont proposé une approche plus concrète de l’agriculture. Accès aux champs, vols, isolement, manque d’infrastructures : les obstacles restent nombreux. Pour répondre à ces problématiques, la création de villages agricoles, organisés par filières a été évoquée pour mieux gérer le foncier et faciliter l’arrivée de routes, électricité et autres équipements. « Les agriculteurs rencontrent de réelles difficultés, surtout ici », a rappelé Dominique Marot, soulignant que toutes les familles n’ont pas les moyens d’investir sans accompagnement. Dans ce contexte, Abdou Dahalani a insisté sur l’importance d’un travail en partenariat avec les autorités. « Les besoins existent et l’argent aussi », mais les projets doivent être pensés sur le long terme.
Malgré les échanges, l’avis sur les AOT a été adopté à l’unanimité, avec quelques ajustements retenus qui seront intégrés au rapport.
Jeux des îles 2027 entre sport et politique

L’assemblée s’est clôturée sur un débat très attendu : l’avis du Conseil économique, social et environnemental de Mayotte sur la participation du territoire aux Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI), prévus aux Comores en 2027. Un sujet qualifié de « très sensible, mais crucial pour le sport et pour la position de Mayotte dans l’océan Indien et en France » par Zouhourya Moyad Ben, 4e vice-présidente, chargée des Sports, de la Culture et de la Jeunesse. Elle a conclu sa prise de parole via Visio en rappelant que l’assemblée ne veut pas mêler le sport à la politique, comme le font certains voisins.
Le président Abdou Dahalani a quant à lui insisté sur l’importance de dépasser le simple cadre sportif. « La participation de Mayotte aux Jeux soulève des questions de souveraineté et de diplomatie. L’engagement devrait relever de l’État pour que les délégations puissent y aller en toute sécurité ». Il a ajouté que le pays hôte ne reconnaît pas Mayotte, ce qui rend essentiel que toutes les garanties soient en place pour assurer la sérénité ainsi que la protection des sportifs lors de leur déplacement.
Le Césem a tranché : la décision de participation relève de l’État, donc tout soutien logistique ou financier devra respecter des garanties strictes, comme la sécurité des délégations, le respect des sportifs et l’usage encadré des symboles nationaux. Cette position n’a pas fait l’unanimité, certains ont rappelé l’importance du sport pour la jeunesse mahoraise et les opportunités qu’il représente. L’avis final a néanmoins été adopté à l’unanimité, validant ces recommandations pour toute participation future.
Shanyce MATHIAS ALI.



