Un nouveau nom, une assemblée unique, un conseil consultatif fusionné et une singularité assumée : à Mayotte, toutes les communes sont désormais des quartiers prioritaires de la politique de la ville. Le décret du 30 décembre 2025 marque une étape décisive dans la refondation du territoire le plus jeune département français, entre rattrapage institutionnel et reconnaissance d’une réalité sociale hors normes.
De « département » à « département-région » : la fin d’un entre-deux

Il aura fallu plus de quinze ans après la départementalisation pour que Mayotte trouve enfin une forme institutionnelle à la mesure de sa singularité. Avec le décret n° 2025-1427, pris pour l’application de la loi organique du 11 août 2025 sur la refondation de Mayotte, la collectivité change officiellement de statut et de nom : Mayotte devient le Département-Région de Mayotte.
Derrière cette appellation un peu longue, car l’administration n’a jamais craint les syllabes, se cache une réalité politique plus simple : l’île cumule désormais les compétences d’un département et d’une région, à l’image de la Guyane et de la Martinique. Le conseil départemental disparaît au profit d’une assemblée de Mayotte, tandis que les références anciennes sont méthodiquement effacées du code général des collectivités territoriales et du code électoral.
Cette clarification met fin à un empilement juridique parfois illisible, où Mayotte oscillait entre adaptations provisoires et exceptions permanentes. En consacrant un livre entier du CGCT aux dispositions propres à l’archipel, l’État reconnaît enfin que Mayotte ne relève plus du bricolage institutionnel, mais d’un cadre stable, du moins sur le papier.
Un conseil pour les réunir tous

Autre changement notable, plus discret mais politiquement significatif : la fusion des deux instances consultatives existantes, le CESEM et le Conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement. De cette union administrative naît une nouvelle structure au nom à rallonge assumé : le Conseil économique, social, environnemental, de la culture et de l’éducation (CESECE) de Mayotte.
Avec ses 54 membres représentant syndicats, entreprises, monde associatif, culture, sport, environnement et éducation, le CESECE ambitionne de devenir une chambre d’écho plus lisible de la société mahoraise. L’objectif est clair : rationaliser la concertation, éviter la dispersion des avis, et donner davantage de poids aux contributions consultatives auprès de l’assemblée de Mayotte.
Ironie du calendrier, cette nouvelle instance n’entrera réellement en fonction qu’après le prochain renouvellement général des conseils départementaux. D’ici là, les deux anciens conseils continueront de cohabiter, preuve que même les réformes de simplification ont parfois besoin de temps… pour être simples.
Toutes les communes en « quartier prioritaire » : l’exception devenue règle

C’est sans doute la mesure la plus frappante, et la plus révélatrice de la situation sociale de Mayotte. Jusqu’au 1er janvier 2030, l’ensemble des communes de l’île est considéré comme quartier prioritaire de la politique de la ville. Une disposition exceptionnelle, prévue par la loi d’août 2025, que le décret vient entériner.
Habituellement réservée à certains secteurs urbains en difficulté, la politique de la ville s’appliquera ici sans distinction territoriale. Autrement dit, à Mayotte, il n’y a plus de « quartiers prioritaires » : le territoire tout entier l’est. Une reconnaissance implicite de l’ampleur des défis : démographiques, sociaux, éducatifs, sécuritaires, auxquels fait face le département-région.
Ce choix ouvre l’accès généralisé aux dispositifs de droit commun de la politique de la ville, notamment pour les collectivités, les bailleurs sociaux et les associations. Il dit aussi quelque chose d’une réalité française rarement assumée aussi frontalement : celle d’un territoire où les difficultés ne sont pas marginales, mais structurelles.
En filigrane, le décret du 30 décembre 2025 raconte une histoire familière à Mayotte : celle d’un rattrapage tardif, d’une reconnaissance progressive, et d’un État qui tente de concilier normes nationales et réalités locales. Reste à savoir si ce changement de statut, au-delà des textes et des intitulés, parviendra à transformer le quotidien des Mahorais. À Mayotte plus qu’ailleurs, les réformes se jugent moins à leur élégance juridique qu’à leurs effets concrets.
Mathilde Hangard


