Mayotte : enseignants contractuels, l’acompte annoncé ne calme pas la colère

Après des retards de salaire déjà signalés, la mobilisation s’intensifie à Mayotte. Sit-in à Mtsamboro et rassemblement prévu demain devant le rectorat, les enseignants expriment leur exaspération.

Depuis plusieurs semaines, les retards de salaire des enseignants contractuels à Mayotte sont dans les colonnes des médias locaux. La situation s’intensifie désormais sur le terrain : environ 250 agents n’ont toujours pas perçu leur salaire complet. Aujourd’hui, un sit-in a rassemblé enseignants et citoyens à Mtsamboro, et un rassemblement est prévu demain devant le rectorat à Mamoudzou, dans le cadre de la grève nationale du 2 octobre 2025.

« Depuis juin 6.000 euros m’ont été injustement retirés »

Mayotte, Mtsamboro,
Sit-in organisé ce mercredi 1er octobre 2025 devant le collège de Mtsamboro, en soutien aux enseignants contractuels (photographie/DR/OtaOta)

Pour Mouss, professeur d’éducation physique et sportive au lycée des Lumières à Mamoudzou, cette rentrée scolaire est un véritable casse-tête financier. Depuis juin, il n’a pas reçu la totalité de son salaire.

« Depuis juin, mes fiches de paie affichent des pertes de 1.500 à 2.500 euros. Ce sont 6.000 euros qui m’ont été injustement retirés. Mon salaire se réduit à environ 1.000 euros. Je ne sais pas comment je vais pouvoir vivre et payer mon loyer ». 

Son témoignage confirme une situation partagée par d’autres collègues. « On a des remontées de camarades qui ne sont pas payés depuis le mois de juin », soulignait Clémentine Perier, représentante des enseignants non-titulaires à la CGT Éduc’action.

Le problème est structurel : depuis trois ans, les salaires des enseignants contractuels de Mayotte sont préparés par le rectorat, puis versés par les services des finances publiques à La Réunion. Cette organisation est sujette à des erreurs et retards, aggravant la précarité déjà ressentie par les contractuels.

Pour les enseignants, l’acompte ne suffit pas

Face à la pression, le rectorat a annoncé un acompte pour les agents concernés. « Des difficultés sont survenues dans le traitement de la paie de certains personnels. Environ 250 agents n’ont pas perçu leur rémunération ou de manière partielle », indique l’institution, précisant que « le directeur des ressources humaines a saisi la direction régionale des finances publiques afin qu’un acompte puisse être versé aux personnels concernés », prévu entre le 6 et le 10 octobre.

Pour les enseignants, cette mesure apparaît comme dérisoire. Mouss explique : « Beaucoup d’agents vivent une urgence financière. Un acompte ne remplace pas un salaire et ne réglera pas nos dettes. Nous sommes des pères et mères de famille. Avec la cherté de la vie à Mayotte, on se retrouve vite en détresse financière. Le rectorat nous a mis en difficulté, et les simples excuses ne suffisent plus. » 

Le rectorat a réagi en indiquant que : « Nous sommes pleinement conscients des désagréments que cette situation peut engendrer et adressons nos sincères excuses aux agents impactés ».

Colère et mobilisation sur le terrain

Mayotte, Mtsamboro,
Malgré l’annonce du versement d’un acompte destiné à soulager les enseignants lésés, le rectorat n’a pas précisé quand l’intégralité des salaires sera régularisée (photographie/DR/OtaOta)

Face à ces retards, de nombreux enseignants ont décidé de rejoindre la mobilisation du 2 octobre. Ce jeudi, un cortège intersyndical se rassemblera dès 8h place de la République à Mamoudzou avant de se diriger vers le rectorat.

Les syndicats Sud Éducation et Solidaires dénoncent des difficultés concrètes qui dépassent le simple retard de salaire : « Pannes de réseau, rupture de connexion internet, matériel obsolète… Et bien sûr contre un fonctionnement qui facilite les violences scolaires, notamment au lycée de Kahani (élèves arrivant très tôt et désœuvrés toute la journée) », relate leur communiqué.

Toujours selon Mouss, tout en continuant de faire cours « pour l’intérêt des élèves », la mobilisation reste essentielle : « La mobilisation est enfin une réalité. C’est très bien, parce que nous travaillons tous pour un salaire versé en temps et en heure ! ». Cependant, « nous ne nous contenterons pas d’acomptes ou de promesses », prévient-il.

Mathilde Hangard

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