Justice : Deux prévenus soupçonnés de caillassage relaxés faute de preuves

Le tribunal jugeait ce mardi matin deux prévenus soupçonnés d’avoir caillassé des gendarmes le 23 décembre 2023 dans le quartier des Hauts-Vallons à Majicavo. Faute de preuves solides, le tribunal les a cependant relaxés.

« Je n’étais pas là ce jour-là, je travaillais ! », n’a cessé de clamer K., jeune homme de 33 ans, désigné par des témoins comme étant « le chef de la bande de Medeline de Majicavo » en perpétuelle rivalité avec celle de Gotham de Kaweni. Car c’est une affaire plutôt classique à Mayotte qu’à eu à juger le tribunal de Mamoudzou ce mardi 27 août. Les deux bandes, qui s’affrontaient dans le quartier des Hauts-Vallons à Majicavo, ont fini par se retourner contre les gendarmes qui tentaient désespérément de ramener l’ordre. A ceci près que les principaux protagonistes avaient le visage dissimulé par des cagoules et que, d’après les gendarmes, « il s’agissait d’une opération très probablement préparée à l’avance étant donné qu’ils avaient même prévu un chemin de repli ». Barrage, caillassage, dégradation de la façade du bâtiment Archipel, c’est contre une véritable scène de guérilla urbaine qu’ont eu à lutter les gendarmes ce 23 décembre 2023 aux alentours de 17h30.

Mayotte, caillassages, violences urbaines
On ne compte plus les scènes de caillassages qui fleurissent un peu partout sur l’île, mais traduire en justice les coupables s’avère parfois compliqué

La difficulté dans cette affaire impliquant une bonne vingtaine de personnes était donc de déterminer si les 2 individus interpellés étaient bien ceux qui avaient participé à ces violences urbaines, car K. et G. n’ont cessé de clamer leur innocence tout au long de ce procès. Ils ont pourtant avoué appartenir tous les deux à la bande de Médeline qui, selon les dires de la présidente du tribunal, « ne se réunit pas que pour jouer au foot ». Elle est en effet connue pour participer régulièrement à des actes de caillassages. « Je ne caillasse que pour défendre ma famille quand la bande de Gotham vient nous attaquer », explique K. qui travaille et est père de deux enfants. « Au lieu de riposter, pourquoi ne pas aller porter plainte ? », lui demande l’un des assesseurs. « On n’a pas le temps dans ce genre de situation », lui réplique le prévenu du tac au tac.

Des interpellations ne reposant que sur le témoignage de la bande rivale

Mayotte, caillassages, violences urbaines
Malgré leurs équipements à la pointe, les gendarmes ont souvent du mal à interpeller les caillasseurs qui bénéficient d’une meilleure connaissance du terrain

L’interpellation de K. et G. ne reposait en réalité que sur le témoignage de deux membres de la bande de Gotham, rivale de celle de Médeline, ce que n’ont pas manqué de souligner les deux prévenus. « C’était pour nous causer du tort », ont-ils affirmé. Et il vrai que dans ce genre de situation, le doute est plus que permis d’autant plus que les caillasseurs avaient le visage dissimulé. C’est la conclusion à laquelle est arrivée la substitut du procureur qui a estimé « qu’il y avait un manque cruel de preuves dans ce dossier » et a donc demandé la relaxe. Une réquisition applaudie bien évidemment par Me Hessler, l’avocat de K. qui était arrivé à la même conclusion. Le délibéré a confirmé cette relaxe, faute de preuves assez solides contre les deux prévenus.

Cette affaire illustre cependant les difficultés auxquelles font face les autorités pour traduire en justice les caillasseurs qui sèment la terreur à Mayotte. Souvent en bande d’une vingtaine d’individus, le visage parfois dissimulés, ils se replient dans les hauteurs sur des routes non carrossables inaccessibles aux gendarmes qui peinent à les interpeller. Et les enquêtes qui s’en suivent ne reposent bien souvent que sur des témoignages incertains. Or sans preuve solide, un prévenu ne peut être déclaré coupable même si de nombreuses présomptions pèsent contre lui.

N.G

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