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jeudi 22 février 2024
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Le procureur de la République s’explique devant les Forces Vives

Comme promis la veille lors de la manifestation, le procureur Yann Le Bris était présent ce mercredi à l’hémicycle pour s’entretenir avec des représentants des Forces Vives. Beaucoup de malentendus au sujet du fonctionnement judiciaire ont été dissipés, mais la colère des Forces Vives demeure.

Chose promise, chose due : le procureur Yann Le Bris s’est rendu à l’hémicycle ce mercredi matin pour s’entretenir avec les Forces Vives de Mayotte. En arrivant sur les lieux, nous nous sommes toutefois étonnés de trouver un hémicycle peu rempli. Alors que le procureur avait invité « toute personne qui le souhaite » à venir lui poser des questions au sujet du fonctionnement de la justice à Mayotte, seule une dizaine de personnes des Forces Vives étaient présentes dans l’hémicycle. Mais non des moindres puisqu’il y avait notamment Abdou Badirou, Safina Soula, Ousseni Balahashi et Mahamoud Azihary, figures incontournables du mouvement de contestation qui secoue l’île depuis maintenant presque 3 semaines.

De g. à d. : Ousseni Balahashi, Houdhayati Mogné Mali et Safina Soula

Plusieurs élus étaient également présents dont, bien évidemment, le président du conseil départemental, Ben Issa Ousseni, qui a joué le rôle de médiateur. Les représentants des Forces Vives ont longuement évoqué leurs interrogations avant que Yann Le Bris, qui avait eu l’intelligence de prendre des notes, ne puisse répondre, chose qu’il a faite de manière détaillée et sans langue de bois. « Vous m’avez invité à échanger de manière constructive, il était normal que je réponde présent. Toutefois, je ne pourrai répondre qu’aux questions qui relèvent de mon champ de compétences », a-t-il prévenu d’entrée de jeu. En effet, les Forces Vives ont posé beaucoup de questions relevant davantage de l’organisation des forces de l’ordre que du système judiciaire. « La justice ne peut juger que les personnes qui sont interpelées, or beaucoup ne le sont pas », a-t-il d’ailleurs rappelé le soir même sur le plateau de Mayotte la Première.

Un rappel du fonctionnement judiciaire

Abdou Badirou, le porte-parole des Forces Vives

« Je tenais tout d’abord à rappeler que je ne représente pas à moi seul l’institution judiciaire », a précisé le procureur Yann Le Bris. « Les autres magistrats se tiennent également à votre disposition pour répondre à vos questions. Je leur rendrai d’ailleurs compte de cette réunion », a-t-il ajouté. Au cours de cette réunion, de nombreux malentendus ont été dissipés comme par exemple le rejet de la requête du conseil départemental qui demandait l’évacuation du camp de migrants du stade de Cavani. « Pourquoi avez-vous décidé de ne pas démanteler ce camp, vous positionnant ainsi contre la population mahoraise ? », a invectivé Houdhayati Mogné Mali, l’une des membres des Forces Vives. « Ce n’est pas moi qui ai rendu cette décision, mais le tribunal administratif sur lequel je n’ai aucun pouvoir », a expliqué patiemment Yann Le Bris devant cette question témoignant d’une méconnaissance totale du fonctionnement de la justice française, comme beaucoup d’autres habitants de France et de Navarre. « Pour nous la justice, c’est la justice, allez donc expliquer votre histoire de tribunal administratif aux mamans sur les barrages, elles ne vont pas comprendre ! », a lancé la membre des Forces Vives, visiblement dépitée. « C’est pour cela que j’ai besoin de vous pour leur expliquer tout cela et faire l’intermédiaire », a affirmé Yann Le Bris.

Un hémicycle étonnamment vide alors que le procureur de Mayotte avait convié « toute personne qui le souhaite » à venir lui poser des questions

De même, le procureur de la République a bondi quand Safina Soula, au cours de son discours empli d’émotion, a prononcé la phrase « vous nous avez gazé ! », en référence aux altercations entre les Forces Vives et les gendarmes au cours de la manifestation devant le tribunal ce mardi. « Attendez, moi je n’ai gazé personne ! Nous nous sommes tous retrouvé au milieu d’un dispositif de sécurité publique, mais il n’y a eu aucun ordre des magistrats aux forces de l’ordre de gazer la population ! Je tiens à signaler que moi aussi j’ai eu les yeux brûlés par les gaz lors de cet évènement ! », a rétabli Yann Le Bris qui a ensuite précisé que la question de l’insécurité le touchait également personnellement puisqu’il résidait sur le territoire depuis trois ans et demi. Il a aussi rétabli la vérité concernant l’agression des magistrates évoqué par l’article de notre confrère des Nouvelles de Mayotte, largement relayé sur les réseaux sociaux, qui affirmait que « Suite à leur agression, les deux magistrates avaient immédiatement demandé leur mutation ». « C’est entièrement faux ! L’une des magistrates agressées a, contraire, demandé un renouvellement de son contrat pour rester sur ce territoire qu’elle aime et ensuite l’autre avait demandé sa mutation 3 mois avant cette agression ! », a expliqué le procureur, demandant aux Forces Vives de faire attention à la désinformation.

Enfin, Yann le Bris a dû s’expliquer sur l’affaire de la métropolitaine accusée par les Forces Vives d’avoir essayé d’apporter un sac empli de caillou aux migrants du camp de Cavani « pour qu’ils puissent se défendre contre les Mahorais », affaire qui a également fait grand bruit sur les réseaux. « Cette dame a été entendue, une enquête a été menée par les autorités compétentes et d’après les témoignages qui nous avons, il s’avère qu’elle apportait justement ce sac de cailloux à la police », a affirmé Yann Le Bris, provoquant une indignation générale dans l’hémicycle. « Ecoutez, nous n’avons pas d’éléments à charge contre cette dame. Si vous êtes en possession d’informations d’autre nature, avec des témoignages précis qui me permettent d’avoir une autre vision du dossier, venez me voir et je rouvrirai l’enquête. La justice est humaine, elle ne détient aucune vérité et elle est perfectible », a tranché Yann Le Bris.

Légitime défense et « enfants du juge »

Mahamoud Aziary a questionné le procureur sur la question de la corruption qui sévit sur l’île

La question de la légitime défense a été largement abordée au cours de cette réunion. Une large partie de la population mahoraise a en effet le sentiment que la justice punit davantage les citoyens cherchant juste à se défendre que les délinquants. « La légitime défense est une question récurrente, mais finalement ce sont des faits très rares. Si je fais le bilan annuel du nombre de personnes poursuivies qui me disent « mais j’étais obligée car acculé » il y a peut-être 2 ou 3 cas sur 2000 dossiers. Quand la légitime défense peut être retenue, elle l’est systématiquement. Dans le contexte de Mayotte, personnellement je l’apprécie même d’une manière plutôt large », explique le procureur. De même, il a tenté de détruire la croyance très enracinée à Mayotte selon laquelle « On ne peut plus éduquer ses enfants car on est poursuivi par la justice et c’est cela qui engendre la délinquance ». « Ce sont également des cas très rares. Les personnes que j’ai poursuivies dans ce cadre commettaient des actes de violence épouvantables sur leurs enfants. Je ne suis pas complètement idiot, je ne poursuivrai pas un parent qui, fatigué ou énervé, donne quelques tapes sur la cuisse à son enfant », a continué Yann Le Bris.

Beaucoup d’autres points ont été abordés comme la question de savoir si l’on pouvait qualifier de « terrorisme » les actes de délinquances perpétuels qui ont cours à Mayotte ou encore la question de la corruption, évoquée par Mahamoud Aziary. A la sortie de cette réunion, Safina Soula nous a toutefois affirmé que cette réunion n’apportait pas de vraies réponses au problème de l’insécurité à Mayotte. Normal, puisque cette insécurité est bien loin d’être du seul ressort du procureur, comme il l’a rappelé à plusieurs reprises. « Il faut qu’on tape plus haut pour avoir une chance d’avoir des réponses satisfaisantes », a déclaré la leader du collectif des citoyens 2018.

Nora Godeau

 

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