Une enquête menée par l’Agence Régionale de Santé et récemment publiée fait le point sur l’attractivité et les mesures de pérennisation des professionnels de santé à Mayotte. Un état des lieux aux airs de guidance, pour renforcer les mesures d’attractivité médicale du département.

Attractivité médicale de Mayotte : « la terre promise est toujours de l’autre côté du désert »

Une enquête menée par l’Agence Régionale de Santé et récemment publiée fait le point sur l’attractivité et les mesures de pérennisation des professionnels de santé à Mayotte. Un état des lieux aux airs de guidance, pour renforcer les mesures d’attractivité médicale du département.

Identifier les difficultés, c’est là l’un des objectifs majeurs de cette enquête récemment publiée par l’ARS, dont les enjeux sont majeurs. Face à l’ampleur du désert médical mahorais, l’enquête se place en amont d’une politique de mise en œuvre de l’attractivité, les prémisses d’une stratégie et d’un plan d’action partenarial pour « augmenter la démographie médicale » à Mayotte. Et selon cette enquête, 3 professionnels sur 5 ayant répondu recommanderaient l’exercice à Mayotte. Comment expliquer la situation actuelle, alors ?

Des difficultés multiples à l’installation

Plus de la moitié des répondants estiment « avoir connu certaines difficultés lors de leur installation à Mayotte ». Parmi celles-ci, l’accès au logement, l’insécurité (tout particulièrement citée chez les paramédicaux à 37% et les professionnels du secteur public, à 38% contre 27% pour le secteur privé).

Santé publique France, OSCOUR®, CHM, Mayotte, santé mentale
Les urgences du CHM

L’on notera parmi les obstacles régulièrement rencontrés les démarches administratives contraignantes, tout particulièrement pour les professionnels du secteur privé (qui sont 41% à les évoquer) et les paramédicaux (29-32%) ; l’insuffisance des aides financières, la méconnaissance du territoire, les retards de livraison des équipements, etc.

Pourtant en 2022,  plus de 61 % des professionnels de santé ayant répondu à l’enquête recommandent à leurs confrères et consœurs de venir exercer à Mayotte. Un encouragement qui varie en fonction du secteur d’activité ainsi que du territoire de provenance.
Les professionnels du secteur public sont les plus concernés avec 63%, contre 55% dans le secteur privé.  De la même façon, les professionnels venant d’un territoire autre que la métropole et les Drom sont hautement concernés (67%).
Les avis les plus positifs viennent, sans grande surprise, des professionnels présents de longue date sur le sol mahorais. Ainsi, 71% de ceux présents depuis plus de 20 ans recommanderaient Mayotte, et ce contre 54% à peine de ceux installés depuis moins de 5 ans.

Des solutions variant selon l’âge et le secteur.

Parmi les propositions faites par les professionnels de santé pour améliorer l’attractivité médicale du territoire, l’on observe un clivage. Pour les 31-40 ans, ceux présents à Mayotte entre 10 et 20 ans, les médicaux, paramédicaux et ceux du secteur privé, il s’agit d’œuvrer sur les items suivants : « l’aide à trouver un logement, l’amélioration des conditions de travail, l’amélioration de la sécurité et l’optimisation de la prise en charge.
En revanche, les répondants âgés entre 41 et 30 ans mettent l’accent sur les transports en commun, et l’augmentation de salaire.

Des points positifs à exercer à Mayotte ?

Parmi les points positifs quant à exercer sur le territoire, les répondants évoqueront le respect et la confiance des patients, la variété des pathologies, ainsi que des notions relatives aux conditions de travail comme une ambiance bonne et agréable dans le département. Des points cités tous âges et secteurs confondus, auxquels viennent s’ajouter pour les plus jeunes, « les projets intéressants en cours sur le territoire ».

Motifs de départ et difficultés

Pour les répondants à cette enquête, trois grandes thématiques constituent les principaux motifs de départ pour les professionnels. En premier lieu, l’on citera l’accès aux transports (évoqué par 95% des répondants), l’accès à l’éducation (88%), la sécurité à l’extérieur du domicile (86%) et enfin, l’état des routes (75%).
Sans surprise, les grandes difficultés annoncées relèvent de la surcharge de travail, la barrière de la langue, les conditions de travail, mais aussi la qualité du personnel. Pour les plus de 51 ans présents depuis moins de 5 ans et les autres professions, l’on évoquera également le turn-over important.

Temps de présence sur le territoire

Combien de temps ces professionnels restent-ils alors à Mayotte ? Ceux ayant répondu à l’enquête annoncent rester en moyenne 13,7 ans. Deux tiers sont à Mayotte depuis plus de 10 ans, et la moitié déclare vouloir rester au moins trois années sur le territoire. Le temps de présence dans le 101ème département varie en fonction du type de profession.  Celui-ci est de 12 ans pour les professionnels médicaux, de 14 ans pour les paramédicaux et enfin de 20 ans pour les praticiens.
La durée de présence à Mayotte a tendance à croître en fonction de l’âge des répondants. Ainsi, 35% des moins de 30 ans exercent au moins 10 années, contre 71% pour les 31-40 ans, 85-86% pour les 41-60 ans, et 72% chez les 61 ans ou plus.

Autant de clés qui permettront à l’Agence Régionale de Santé de tenter de résoudre l’épineux problème du désert médical, dans un département en perpétuelle croissance démographique. Mais comme disait le chercheur Henry Havelock Ellis, « la terre promise est toujours de l’autre côté du désert ».

Mathieu Janvier

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