Cette année, les Journées Nationales d’Action contre l’Illettrisme (JNAI) innovent en étudiant l’impact de ce fléau au travail. Le coût serait de 2 à 6% de la masse salariale.

L’illettrisme coûte plus cher aux entreprises que son combat

Cette année, les Journées Nationales d’Action contre l’Illettrisme (JNAI) innovent en étudiant l’impact de ce fléau au travail. Le coût serait de 2 à 6% de la masse salariale.

A Mayotte, une personne sur deux est touchée par cette incapacité de lire, écrire ou effectuer un calcul simple bien qu’ayant été scolarisée, « et le taux est deux fois plus élevé dans les quartiers prioritaires », rapporte le sous-préfet chargé de la Cohésion sociale, Cédric Kari-Herkner, qui succède à Jérôme Millet. Le pourcentage habituellement livré à Mayotte est de 58% de la population atteinte, mais il se fait vieux, daté de 2012, « et il intègre l’analphabétisme, alors que ce dernier ne concerne que les personnes n’ayant jamais été scolarisées », souligne Kristel Bianchi, Chargée de mission de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI). Une nouvelle enquête est menée par l’INSEE au niveau national, avec des résultats livrés fin 2023.

C’est le président de la CCI, Mohamed Ali Hamid qui ouvrait la séance devant une salle d’à peine 10 personnes, l’information sur sa tenue ayant circulé à peine la veille : « Au regard du peu d’informations que nous disposons sur l’illettrisme en entreprise, je demande à ces dernières d’essayer de quantifier le phénomène, et d’évaluer le coût pour elles », incitait-il. En évoquant les grabuges du non-dit en ce domaine, « les Très petites entreprises sont les plus touchées, ce qui les empêche de faire les démarches administratives nécessaires, notamment aux services fiscaux, ce qui signe leur mort. »

Le diagnostic sera livré au niveau national par Pascal Moulette, Enseignant chercheur à Lyon 2, et si les taux d’illettrisme sont bien inférieurs sur l’ensemble du pays qu’à Mayotte, 10% des demandeurs d’emploi touchés contre environ 30% ici (la moitié de la population en illettrisme), les impacts en milieu professionnel se rejoignent. Il concerne plus que les autres les secteurs de l’agroalimentaire, de l’industrie et du BTP. « Dans un premier temps, l’objectif est de permettre aux employeurs de détecter l’illettrisme. »

Pascal Moulette tente de chiffrer le coût pour l’entreprise

Dégradation de la vie du salarié et de l’image de l’entreprise

Il expose trois manifestations : le salarié en difficulté, celui qui s’aménage des zones de sécurité et celui qui manque de confiance en lui. « Lorsque par exemple, un salarié ne prend pas d’initiative, de prend jamais la parole lors des réunions, ne demande pas de formation, s’absente fréquemment, et comme par hasard quand il y a des audits, cela traduit une forte inquiétude face au changement, face à des situation qui lui rappellent son échec scolaire. Un salarié peut alors créer sa zone de sécurité en se dotant de dessins ou de symboles pour l’aider à effectuer ses tâches. Certains ont honte au travail et à la maison et sont tellement en stress qu’ils démissionnent. »

Des situations qui créent un déséquilibre dans l’entreprise, puisque ce sont ses collègues qui doivent prendre le relais, « avec une impression générale de sous-effectif. » Les impacts peuvent être le recrutement supplémentaire pour pallier ces déficiences, les surcoûts liés aux erreurs commises, « et la dépréciation de la réputation de la structure ».

Pour le chercheur, la déperdition financière est de 2 à 6% de la masse salariale.

Pour y remédier, il faudrait former, mais plus facile à dire qu’à faire pour les petites boites qui ne peuvent se passer comme ça d’un salarié, « c’est synonyme de désorganisation pour ces entreprises. Notre rôle est donc de lui prouver que le dysfonctionnement lié à un salarié en illettrisme freine le développement de la structure. » Et de chiffrer pour une entreprise plus importante de 61 salariés, l’impact de 12 salariés en souffrance : « Le temps perdu à réparer les dysfonctionnement se chiffre à 133.700 euros, et la perte de production, voir la destruction ou les réparations, à 32.600 euros. »

Pour s’en sortir, il ne faut pas affronter le problème de face, selon lui, « il faut valoriser ce que ces salariés ont mis en place pour s’adapter, créer des clés motivationnelles pour les inciter à se former, en revalorisant leurs compétences au cœur d’un projet collectif par exemple, mais en aucun cas indiquer qu’il s’agit d’une formation contre l’illettrisme. »

Des programme existent, comme L’AFEST, l’action de formation en situation de travail, ou la certification CléA, et EV@GILL, un outil numérique d’évaluation de la gestion des situations d’illettrisme en milieu professionnel, est mis à disposition par l’ANLCI.

Anne Perzo-Lafond

 

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