Une thèse étudie l’impact du nouveau volcan sur les nids de tortues

Quel rapport entre le nouveau volcan, le réchauffement climatique et les tortues vertes ? L'impact de la montée des eaux sur la survie de ces dernières. Une universitaire, Sophie Morisseau, rédige sa thèse sur l'impact de la subsidence de Mayotte sur les pontes de tortues. Elle démarre pour cela plusieurs semaines d'études de terrain à Saziley et Papani. De quoi donner une idée à plus grande échelle de l'effet du réchauffement global sur cette espèce protégée.

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Première sortie de terrain pour Sophie Morisseau à bord du bateau du centre-universitaire de Mayotte

Mayotte, laboratoire du réchauffement climatique et de l’avenir des tortues vertes ? Pourquoi pas ! La thèse de l’universitaire Sophie Morisseau doit permettre d’en savoir plus sur l’impact de la montée des eaux sur ce reptile protégé qui fait la richesse naturelle de l’île.

Pour bien comprendre le contexte, un bref retour en arrière s’impose. En mai 2018, la crise sismovolcanique commence à Mayotte. Un an plus tard, le nouveau volcan est découvert au large. Durant ces premiers mois et les suivants, l’île s’est considérablement enfoncée dans la mer, à raison de près de 20cm par endroits !

Au même moment, Sophie Morisseau étudie au CUFR, elle termine son mémoire et lors d’une randonnée avec les Naturalistes, elle tombe amoureuse de la plage de Saziley, fascinée par l’impact des pontes de  tortues sur l’érosion de la plage, et notamment, les racines de baobab qui semblent sortir du sol. Dans la tête de la jeune scientifique, tout s’imbrique rapidement et un sujet de thèse se dessine. Bingo, ses enseignants donnent leur feu vert, le CUFR, la Deal, le Parc Marin, les Naturalistes et Oulanga Na Nyamba lui apportent leur soutien, technique mais aussi financier.

« L’idée, explique la jeune femme, c’est de comprendre comment les mouvements sédimentaires peuvent influencer la nidification des tortues vertes : est ce que les tortues sont influencées et est ce que ces mouvements sédimentaires auront un effet sur les développements embryonnaires, à l’intérieur des nids. Tout cela dans le contexte de Mayotte, avec le nouveau volcan qui a causé un enfoncement de l’île et donc une élévation relative du niveau de la mer, ce qui peut avoir un impact sur la plage en termes de dynamique sédimentaire. » En d’autres termes, « est ce que cette élévation peut causer des inondations plus fréquentes des nids et si oui, est ce que cela aura un impact sur les éclosions ? »

Mayotte, un « atelier unique » pour des enjeux globaux

La jeune chercheuse effectuant des repérages à Saziley, une des principales plages de ponte de Mayotte

Avec l’effet de subsidence (enfoncement) lié au nouveau volcan, « Mayotte est un atelier assez unique pour voir les effets de l’élévation du niveau marin » poursuit-elle.

Pour étudier ce phénomène et ses conséquences, « on a 2 sites d’études : Saziley mais aussi Papani où on observe l’impact des mouvements sédimentaires sur la distribution des nids, car cette plage est très exposée aux mouvements sédimentaires, elle change d’une saison à l’autre. Avec les travaux de Mathieu Jeanson en 2005-2008, on voit qu’entre la saison sèche et humide il y a des changements sédimentaires en fonction des vents, le sable bascule d’un côté à l’autre de la plage. A Papani ce phénomène est très important, il y a des endroits où il n’y a pas de sable et à d’autres moments, tout le beachrock est recouvert. » Ces mouvements du sable ne sont pas sans conséquences. « Si la tortue pond à un endroit et que quelques semaines plus tard, le nid est érodé, on imagine que c’est synonyme de perte du nid » présume la scientifique, qui veut donc en avoir le cœur net.

Papani est une plage idéale pour étudier les mouvements du sable en fonction des saisons

Pour ce faire, elle va travailler pendant plusieurs semaines sur ces plages, avec les administrations et associations partenaires. « La campagne qui commence ce mercredi consiste à récolter des données, mesurer le niveau d’eau qui peut arriver dans les nids, et à terme, au bout de 60 jours d’incubation, combien sont sorties, combien n’ont pas réussi à se développer, et comprendre si les mouvements sédimentaires ont eu un effet ou pas si le taux d’éclosion ».

Et si ses travaux suscitent un tel engouement, c’est que l’enjeu va bien au delà de Mayotte.

« Pour la thèse, c’est Mayotte mais des travaux sont réalisés un peut partout dans le monde avec des scénarios sur l’habitat futur des tortues en fonction de la montée des eaux et des températures. Le souci c’est qu’avec l’augmentation de la température il peut y avoir une féminisation de la population de tortues, au risque de manquer de mâles. A Mayotte on a une élévation de 20cm ce qui est exceptionnel. A Saziley et Papani on va donc aussi essayer de modéliser ce qui pourrait se passer dans 100 ans dans un contexte de réchauffement climatique et d’élévation des milieux marins. « 

Les pontes de tortues vertes sont potentiellement menacées par la montée des eaux et de la température (photo YD)

A court terme, ce sujet de thèse va donc permettre de mesurer l’impact direct du nouveau volcan et de la subsidence sur l’érosion des plages, les mouvements de sable et les conséquences sur la mortalité potentielle des jeunes tortues émergentes. Mais ces  résultats aideront sans doute des chercheurs du monde entier à anticiper les résultats du réchauffement global sur les autres sites de ponte comme dans les Antilles par exemple.

De quoi, une fois de plus, faire parler de Mayotte en bien, et valoriser à grande échelle notre patrimoine naturel exceptionnel.

Y.D.

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