Koungou : nouvelle soirée de cauchemar pour les voisins du quartier Jamaïque

Les habitants de Koungou Manga violemment agressés vendredi ayant quitté les lieux, c’est à la résidence du Hameau du Récif qu’une petite poignée de jeunes s’est attaquée ce mardi soir. Là encore, des habitants ont dû évacuer leur appartement.

0
2295
Koungou, Mayotte
La voiture a entièrement brûlé et les canalisations ont fondu

Vers 19h10, une des habitantes du 3ème bloc du Hameau du Récif, le plus proche du quartier Jamaïque, alerte ses voisins sur le Whatsapp commun, « j’entends tambouriner sur la porte du garage », puis, quelques minutes plus tard, elle se plaint d’une forte odeur, « comme du gaz ». Communiquant rapidement par talkie, les résidents se rendent compte qu’un cocktail Molotov a été envoyé. « Nous nous sommes dits que les gendarmes stationnés à proximité allaient intervenir. Mais sans réaction, et voyant de la fumée monter, celle qui a donné l’alerte a ouvert sa porte, c’est alors une pluie de cailloux qui s’abat et brise ses fenêtres, alors que, dans le garage, une voiture est en feu. Ils étaient entrés dans le garage, et avaient glissé un matelas enflammé en dessous. Nous sommes alors intervenus avec des extincteurs que nous avions pris la précaution de récupérer chez nous ».

A 19h50, la résidente prend une décision et envoie un sms, « il faut évacuer l’immeuble ! » Elle est entendue, et les familles, dont certaines avec enfants, se retrouvent dans la petite cour centrale. « Quand nous avons appelé les pompiers, ils ont répondu qu’ils ne voulaient pas venir, ‘pas au Hameau du Récif, c’est trop dangereux’. Nous avons menacé de déposer plainte, ils sont alors arrivés, dans un délai très court. Mais nous sommes en colère, contre la préfecture et contre les forces de l’ordre, nous voulons être protégés. Surtout que hier au soir, nous n’avons vu que 3 ou 4 gamins. On en est au point où, quand on entend des grenades, ça nous rassure, on se dit que les forces de l’ordre sont là ! Et nous n’avons toujours pas vu de policiers municipaux. »

« Le bras est gangréné, et on ne coupe que la main ! »

Les gendarmes ont investi le toit de la résidence dont le garage a été incendié

La plupart des habitants de ces appartements ont été relogés pour la nuit chez leurs voisins. Et ce mercredi matin, quelques uns venaient récupérer des affaires, « je vais dormir chez ma mère qui habite plus bas », explique l’un, « chez des amis, le temps que l’opération soit finie », rapporte l’autre. Les canalisations ont fondu sous l’incendie, « nous n’avons plus l’eau courante, et il y a de la suie partout dans notre appartement », nous signale un couple. L’assise de la dalle doit être vérifiée.

Ils reviendront après. Après l’opération de destruction des 200 cases du quartier « Jamaïque », qui suscite aussi des interrogations. « Je connais ce quartier voisin, il y a quelques élèves du collège. La plupart du temps, nous ne sommes pas embêtés par ce voisinage. Certains auteurs des violences de ces derniers jours sont de ce quartier, mais pas tous, d’autres sont certainement venus des autres villages de Koungou. Mais maintenant qu’un programme de destruction a été envisagé, il faut aller jusqu’au bout. Or, il ne porte que sur une partie de la zone, ça recommencera donc. Alors que le bras est gangréné, c’est comme si vous ne coupiez que la main ! » Un retard à l’allumage pour ce connaisseur du coin, « que ce soit la mairie ou la préfecture, il fallait agir il y a 3 ans, quand la famille est décédée dans une coulée de boue. Là, d’autres personnes ont reconstruit au même endroit. »

Nouvelle intervention au quartier Jamaïque ce mercredi matin

La sécurité… des votes avant tout, pour l’adjoint au maire

Plus loin, les habitants du village discutent, « c’est dommage qu’il n’y ait pas eu davantage de gendarmes locaux, parce qu’ils les reconnaissent rapidement ». Plus bas, des policiers sont en faction, « pour prêter main forte, car il n’y a pas assez de monde. J’espère qu’on ne va pas rester trop longtemps, car je suis normalement en mission de reconnaissance des personnes interpellées hier ».

Les résidents ont été reçus à la mairie à 9h. S’ils attendaient de la compassion, ils ont été déçus avec des propos d’un autre temps. « L’adjoint au maire qui nous a reçus, monsieur Soulaimana, nous a fait un long discours, insistant sur le fait qu’il n’avait pas vu beaucoup de blancs voter à Koungou, et que les quartiers de blancs étaient fermés aux mahorais, etc. Nous sommes outrés ». Surtout que parmi les résidents, plusieurs sont natifs de Mayotte, et quand ce n’est pas le cas, si tous ne votent pas à Mayotte, ils y paient leurs impôts, avec un service attendu en retour.

Du côté de l’intervention des forces de l’ordre, beaucoup moins de tirs se sont faits entendre, et l’hélicoptère est resté peu de temps sur la zone.

Anne Perzo-Lafond

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here