A Mayotte, une culture des maths qui s’ignore

Les mathématiques sont omniprésentes dans la culture mahoraise, observe Jean-Jacques Salone, professeur au CUFR. Ses travaux offrent un double enjeu : intéresser les élèves aux maths en les raccrochant à leur environnement, et offrir un nouvel angle d'analyse de la culture locale.

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Maths et culture sont liés, et peuvent mutuellement se valoriser selon Jean-Jacques Salone

Quiconque s’est déjà rendu dans les locaux du conseil départemental à Mamoudzou a dû s’arrêter devant la porte de l’hémicycle et ses magnifiques rosaces en bois. Un oeil averti y aura repéré quelques singularités. La figure est un mandala qui comporte tous les nombres de 1 à 8

Ce mandala est bourré de références et représente une prouesse d’artisanat

Le musulman aura noté les références religieuses dans cette « figure d’inspiration swahili fréquente à Mayotte et aux Comores, teintée des connotations spirituelles et religieuses du 7 ». Le mathématicien aura lui repéré que les 7 branches de l’étoile sont « impossibles à réaliser à la règle et au compas », faisant de l’ouvrage une prouesse artistique. Un double regard rend la pièce de bois remarquable.

Ce n’est qu’un des exemples relevés par Jean-Jacques Salone, professeur de mathématiques au CUFR qui s’est intéressé aux liens entre sa discipline et la culture locale. La forme des minarets est éminemment géométrique. Le Muraha Wa Tso (awalé mahorais), a fait l’objet d’une thèse mathématique à la Réunion. « Jouer à ce genre de jeu peut avoir des intérêts didactiques » note le professeur.

Sans s’en rendre compte, l’artisan qui tresse un « panier de pêche pentagonal  fait de mailles hexagonales » confirme que « les maths sont partout » note encore l’enseignant.

Un panier intéressant pour un mathématicien

Le voir c’est bien mais à quoi ça sert au juste ?

« On demande aux enseignants de motiver leurs élèves, de créer des démarches de projet, explique Jean-Jacques Salone. Nos étudiants sont rarement impliqués dans des actions où ils sont acteurs. au départ l’idée c’est de mettre un dispositif dans lequel les étudiants sont dans une pédagogie de projet, c’est à visée professionnelle. Deuxième objectif initial, c’est au niveau de la motivation. On voit bien que le patrimoine proche est un lien partagé qui unit l’ensemble des élèves d’une classe quelle que soit leur origine culturelle ou sociale. Enquêter sur Mayotte pour les étudiants c’est porteur. En fin de compte ça se renverse et on se rend compte qu’est rendue possible la sauvegarde du patrimoine local par sa transmission au sein des classes. »

En effet, l’enseignant signale un patrimoine oral « en danger », notamment par le remplacement de notions mathématiques locales par les termes occidentaux. La disparition de mots au profit de nouveaux met en péril les pratiques qui leur sont associées. C’est pourquoi le professeur plaire  « pour une formation initiale des enseignants qui prenne en compte les pédagogies actives et la préservation du patrimoine ».

Le mot ‘carré’ a disparu du vocabulaire courant avec l’évolution de l’architecture

Un double enjeu salué par un ancien élève du professeur, devenu à son tour prof de maths.

« Pour nous qui sommes mahorais, à travers ces travaux de contextualisation on apprend beaucoup sur notre patrimoine, c’est aussi une valorisation du patrimoine mahorais, et ça participe à la motivation et l’implication de nos élèves au travail. Quand on ramène la géométrie à l’architecture et aux monuments historiques, ça donne du sens pour les élèves. »

Y.D.

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