Tribune : « Mémoire d’une épidémie… », d’Issihaka Abdillah

1975 : l’épidémie de choléra dans l’archipel des Comores se gère dans un contexte de réorganisation politique et des frontières autour de l’indépendance du pays, et du maintien de Mayotte dans la République française. Un épisode qui devrait raviver des souvenirs chez beaucoup. « On ne part pas de zéro » en matière de crise sanitaire, rappelle donc l’analyste Issihaka Abdillah, qui sollicite un travail de mémoire*. Et une reprise en main de la gestion de l’épidémie par le politique.

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Issihaka Abdillah alerte les élus municipaux et intercommunux sur la haute importance de leur mission

Par sa situation géographique afro tropicale et sa position de carrefour maritime à la croisée des chemins, les îles de l’archipel ont traversé une histoire socio-sanitaire émaillée de nombreuses épidémies le plus souvent meurtrières. Plusieurs facteurs auront contribué à l’émergence de ces épidémies. L’histoire tumultueuse de l’archipel et sa position géostratégique font aussi que la politique n’est jamais trop loin. La France, puissance dominante de la région, a régulièrement joué des rôles dans un théâtre où les intérêts ont toujours eu un goût de divergence entre les protagonistes. Et souvent, c’est dans ce contexte peu stable qu’il a fallu gérer les crises sanitaires.

La littérature régionale spécialisée en la matière que nous avons consultée, fait état de plusieurs épidémies successives à avoir touché plus ou moins gravement les Comores au cours du siècle. Notre liste n’est pas exhaustive. Nous avons retenu quelques unes de ces épidémies à cause de leurs dates de passage, plus proches de nous :
• L’épidémie de variole de 1968 à Mayotte avec un taux de mortalité 60 à 80% chez les enfants selon les sources,
• L’épidémie de choléra de 1975 aux Comores. Les diverses sources rapportent entre 400 à 1000 morts.
• L’épidémie de dengue de 1992- 1993. Il sera recensé 80 000 cas…

Dans beaucoup de cas, l’émergence de ces épidémies a été en grande partie le fruit de facteurs humains et socio-anthropologiques. Les Comores ont été longtemps un carrefour entre l’Afrique et le reste du monde. Ils ont été aussi un théâtre de rencontres, d’échanges et de métissages. La probabilité que les épidémies aient été introduites par l’activité humaine, est forte et défendable.

A titre d’illustration, nous prenons l’exemple de l’épidémie de choléra de 1975 ayant touché les quatre îles de l’archipel. Elle a éclaté à un moment où le climat politique comorien est troublé. Et elle a d’abord envahi la grande Comores dans l’indifférence totale des responsables. Les autorités ont attendu plusieurs semaines avant d’ordonner les premières analyses et de prendre les premières mesures capables de juguler le mal, qui, sans entraves, se propage à une extrême rapidité. L’absence d’une vraie politique de prévention a été aussi pointée du doigt par les experts internationaux. Et pourtant, plusieurs signaux militaient pour une prévention précoce et une vigilance accrue: la proximité de l’archipel avec l’Afrique continentale sanitairement mal protégée et la présence du vibrion sur le continent depuis quelques années; ensuite le pèlerinage de La Mecque, auquel se rendaient des Comoriens musulmans, alors que depuis novembre 1974, malgré les efforts considérables de l’Arabie Saoudite, La Mecque était redevenue la plaque tournante du choléra.

L’épidémie de choléra avait commencé à toucher Grande Comore

La pauvreté extrême des pèlerins des Comores de l’époque était vraisemblablement à l’origine de la tragédie. Cette pauvreté explique aussi que ces pèlerins aient été plus vulnérables que d’autres à la contagion du choléra. Il était aussi de coutume que les pèlerins de retour d’Arabie Saoudite transportent des bidons d’eau dite « sacrée ou bénite ». En dépit d’énormes efforts des responsables sanitaires du royaume wahhabite de l’époque pour améliorer la qualité et la potabilité de cette eau, le précieux liquide se trouvait régulièrement contaminé. Les spécialistes de choléra de l’époque étaient formellement catégoriques que le vibrion avait été introduit dans les îles par les pèlerins. Enfin, géographiquement et historiquement, « les Comores se situent sur l’un des axes obligatoires de propagation de la maladie, si l’on se réfère aux itinéraires du vibrion lors des précédentes pandémies », indiquait l’OMS. Le Président du gouvernement du territoire et le Haut-commissaire du Gouvernement manifestaient peu d’enthousiasme à l’idée d’une politique de prévention couteuse de grande échelle. Tout l’archipel ne dispose aussi d’aucune structure de veille sanitaire.

EPIDEMIE ET GEOPOLITIQUE…
L’archipel des Comores jouissait encore d’un statut de TOM au sein de la République française. Néanmoins, dès 1972, les Nations Unies l’ont inscrit sur la liste des territoires à décoloniser et le 13 juin 1973, le gouvernement français et le gouvernement du Territoire des Comores ont passé des accords en vue de l’accession des Comores à l’indépendance dans un délai de trois ans. Un nombre non négligeable d’expatriés français sont encore en poste dans les îles, essentiellement dans le secteur de la fonction publique. Moroni, « capitale » de l’archipel, est relié à Paris et à l’île de la Réunion au moyen de plusieurs liaisons aériennes hebdomadaires.

L’hôpital El Maarouf à Moroni

L’épidémie de choléra se déclara au courant du premier trimestre 1975, probablement pendant la saison des pluies. Un journaliste du quotidien Le Monde ayant couvert les événements décrivait une situation très tendue et chaotique. Il parlait d’une épidémie sérieusement foudroyante. Très contagieux aux symptômes brutaux, le choléra a été un véritable fléau pour les populations pauvres.

Les progrès socio-sanitaires très limités conjugués à la défaillance du système sanitaire mettront du temps à contenir la pandémie. Selon les sources, il y aurait eu entre 400 et 1000 morts sur l’ensemble des quatre îles de l’archipel. Le journal Le Monde du 2 avril 1975 rapportait : « Cent morts selon le bulletin épidémiologique de l’Organisation Mondiale de Santé (OMS) ; Deux cent trente-huit morts pour le Directeur des services de la santé des Comores ; Quatre-cents selon le Secrétariat d’Etat aux DOM-TOM, plus de mille, si l’on en croit les renseignements officieux ». Cette bataille de chiffres n’est pas anodine. Elle a toute son importance dans le contexte politique de l’époque.

Les chiffres seront exploités par les partis politiques comoriens particulièrement le Mouvement de Libération Nationale des Comores (MOLINACO) dont le bureau politique est basé en Tanzanie. Crée en 1963 à Dar Es Salam par des comoriens issus de l’immigration, il est le premier parti politique à avoir ouvertement réclamé l’indépendance des Comores. Considéré comme un mouvement subversif, il est immédiatement interdit d’activités aux Comores. Opérant en exil à partir de la Tanzanie, la formation politique dirigée par Abdou Bakari BOINA est en fait très structurée, de l’intérieur de l’archipel où il opère en clandestinité et à l’extérieur à partir de la Tanzanie. Des émissions aux allures de campagne idéologique sont diffusées à de fréquences régulières sur les ondes de la radio nationale tanzanienne captée aux Comores. Le parti dispose d’un réseau d’entrée à l’OUA et à l’ONU.

Pour rappel, à cette époque, une partie importante de l’Afrique avait acquis son indépendance. Mais quelques foyers de conflits armés étaient actifs dans une bonne partie de l’Afrique australe. Les Comores et la France étaient précisément engagées dans un cycle de dialogue en vue de l’accession des Comores à l’indépendance. Toutes les parties engagées s’activent tant sur le plan national qu’international. Le devenir politique des Comores se jouait dans les coulisses à Paris, auprès de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), l’actuelle Union Africaine (UE) et aux Nations Unies (ONU). Il se joue aussi sur les îles en particulier à Moroni et à Dzaoudzi.

Un des rond-points des 4 îles à Moroni (Grande Comore). Le MPM visait le maintien de Mayotte dans la république française

En effet depuis quelques années, Mayotte a commencé à se singulariser sur la question de l’indépendance et les leaders du Mouvement Populaire Mahorais (MPM) manifestent sans ambiguïté leur désir de maintenir l’île de Mayotte au sein de la République française, une revendication à « contre-courant de l’histoire du monde » dira plus tard un diplomate. Une mission parlementaire française séjournait en visite officielle aux Comores au moment de l’épidémie. Elle devrait visiter chaque île particulièrement Mayotte. De son côté, Ahmed Abdallah, Président du Conseil de gouvernement était de son côté en visite à Paris.

Pendant ce temps, l’épidémie de choléra continuait son ravage et son avancée macabre. Malgré la virulence et le nombre très élevé de morts, l’épidémie était quasiment reléguée au second plan des préoccupations des autorités françaises et comoriennes. Les chiffres des décès dus à la pandémie sont cyniquement exploités. Selon qu’on soit indépendantiste ou loyalistes, ils n’auront pas la même signification. Ils seront exploités au gré des intérêts. L’indépendance des Comores se jouait à couteau tiré et dans les deux camps, la tension était palpable.

Nous étions aussi en pleine « guerre froide ». La sous-région est en totale ébullition : Madagascar, pays ami, vire au socialisme et s’est rapproché ouvertement du bloc soviétique ; les leaders de l’African National Congress (ANC) notamment Nelson Mandela, croupissaient déjà depuis des années à la prison de Robben Island. L’apartheid devenait de plus en plus répressif en Afrique du Sud. Une situation qui indisposait les puissances occidentales jusqu’à là peu regardant sur les méthodes de gouvernance de la minorité blanche d’Afrique du Sud ; le Front de Libération du Mozambique (FRELIMO) d’obédience communiste est sur le point de conclure une longue lutte armée contre l’occupant portugais. Sous la houlette de Samora Machel et en la faveur des accords de Lusaka de 1974, le Mozambique est irréversiblement engagé vers l’indépendance; Robert MUGABE et ses combattants sont engagés dans une lutte armée depuis 1972 contre le « pouvoir blanc » en Rhodésie du Sud ; L’Angola qui sort en 1974 d’une longue guerre de décolonisation contre le Portugal, inaugure une guerre civile opposant les deux principaux mouvements de libération que sont le Mouvement Populaire pour la Libération de l’Angola (MPLA) et l’Union Nationale pour l’Indépendance de Totale de l’Angola (UNITA). Ce conflit armé devient le terrain de bataille où s’affronte le bloc occidental mené par les USA et le bloc communiste conduit par l’URSS. La « guerre froide » avait à nouveau son terrain d’affrontement après le Vietnam.

Devant la métamorphose irréversible de la géopolitique de la sous-région, la France est partagée entre ses intérêts stratégiques et le respect de ses engagements internationaux notamment les accords du 15 juin 1973 relatifs à l’accession des Comores à l’indépendance. Elle est soucieuse de ne pas mécontenter Ahmed Abdallah, ami de la France mais elle reste aussi très sensible à l’appel de Mayotte. Devant les hésitations françaises, Ahmed Abdallah finira par proclamer le 6 juillet 1975 l’indépendance unilatérale des Comores. L’île de la Réunion est déjà un DOM et, est le seul territoire français stable de la région. La France va mettre en place un important dispositif de prévention à l’île de la Réunion, voisine des Comores et reliée à l’archipel par des vols aériens réguliers. Des mesures barrières étaient prises pour éviter la propagation du choléra sur l’île de la Réunion.
A Mayotte, l’épidémie se gère sur fond de nombreuses discordes. L’île est profondément divisée en deux clans : le clan des profrançais et celui des indépendantistes. Le détachement politique de Mayotte de l’ensemble comorien commence sérieusement à prendre forme.

DES EPIDEMIES ET DES HOMMES…

Le lavage des mains était une des consignes à suivre

Nous sommes en 1975. L’archipel des Comores compte 257.000 âmes et Mayotte est peuplée d’environ 50.000 habitants. Nous avions entre 10 et 12 ans, peut-être plus. L’incertitude qui entourait l’état civil à cette époque ne permet pas de fixer avec exactitude les âges. Autour de moi, les gens évoquaient une épidémie d’une rare violence. Ils étaient inquiets et avaient peur de la mort ou de contaminer la communauté et les entourages. La population était d’une pauvreté extrême, démunie et vulnérable. La réaction tardive des autorités a fini par se déployer sur l’ensemble des quatre îles. La direction des Services de la santé des Comores et la Croix Rouge Française avaient mis en place enfin une organisation pour venir à bout de la maladie. A l’école où nous étions scolarisés, nous avons reçu des consignes de protection. Les mesures pour juguler le mal étaient expliquées aux populations, aux familles. Parents et enfants avaient la même information. Les mesures de protection contre le choléra étaient relativement simples : « se laver les mains régulièrement avec du savon, faire bouillir l’eau avant de la boire, bien cuire les aliments ».

C’était le Chef du village qui animait la campagne de lutte contre le choléra. Il veillait au respect des consignes. Les populations avaient été responsabilisées et responsables de tous et d’elles-mêmes. Le respect des mesures de protection était un devoir envers soi-même mais aussi à l’égard de la communauté. Certes les gens n’avaient rien, étaient pauvres mais détenaient une des plus belles richesses : le respect. Les générations devancières et la nôtre se souviennent encore de ces épisodes douloureux et ont en mémoire les images. Nous sommes majoritairement encore perméables aux consignes, aux conseils, aux ordres des plus anciens, de nos aînés et des autorités, à tel point que la jeune génération a tendance à nous surnommer vulgairement les « vieux cons », par comparaison à ceux qui ne comprennent rien, aux « béni-oui-oui »

Le COVID-19 n’est pas la seule épidémie avoir touché l’archipel des Comores et singulièrement l’île de Mayotte. Les générations devancières ont encore en mémoire les images douloureuses des épidémies précédentes : la variole, la rougeole, la diarrhée, la tuberculose, le paludisme, l’infection respiratoire aigüe (IRA). Particulièrement mortelles, ces pathologies installées sur l’île touchaient toutes les couches de la population. Les populations ont su faire face. Le combat contre le choléra de 1975 a été une preuve de résilience pour les populations dans un contexte d’extrême pauvreté et de cadre politique douloureusement troublé.

DE LA CREDIBILITE SOCIALE…

L’approvisionnement en pétrole lampant a marqué les premiers regroupements

Actuellement, le confinement est maintenu à Mayotte, ce n’est pas une surprise. Nous connaissons les raisons. Nous n’avons pas fait assez pour « mériter le déconfinement » et sans surprise nous sommes le département d’outre-mer à être classé en zone rouge. Pourtant de l’avis de tous, le confinement a bien fonctionné dans la tranche des trois premières semaines. Les autorités commençaient à s’organiser, à prendre la mesure de la crise. Le dispositif d’intervention se mettait en place. Globalement, il se dessinait un sentiment de sérénité face à l’épidémie. Une unité se dessinait entre les responsables même si des divergences se manifestaient ici et là de temps à autre. Mais nous sortions juste du premier tour des élections municipales avec son lot d’espoirs et d’échecs. La politique au sens politicien du terme a aussitôt repris ses droits. Les négociations en vue du second tour s’engagent et le second tour se dessinait. La sérénité a perdue de sa superbe. Presque tous les exécutifs locaux naviguent en eau trouble. L’épidémie est reléguée au second plan des préoccupations chez la plupart.

Effectivement, nous avons raté quelques unes de nos premières actions : l’approvisionnement en pétrole lampant et la distribution des colis alimentaires. Les images ont fait le tour de la planète et nous ont quelque peu desservis. Loin d’être un échec, nous avons appris. On ne s’improvise gestionnaire de crise. Il y a toujours une phase d’apprentissage. Cet épisode du coronavirus demeure pour le monde entier « une mise à l’épreuve » pour nos gouvernants, nos responsables politiques et administratifs, les citoyens et nous à titre individuel. Chacun a un rôle à jouer et un devoir à accomplir envers sa communauté et envers soi-même. C’est dans l’unité, dans l’engagement, dans le respect des règles communes que les grands combats se gagnent.

Au lieu d’une unité face à l’épreuve, les responsables affichent magistralement leurs divergences. Ils nous font la démonstration de leur incapacité à travailler ensemble. Un débat stérile s’engage. Les déclarations des uns et des autres deviennent opportunistes et frôlent le populisme. Une certaine cacophonie s’installe. Les populations sont désorientées, démobilisées et la parole des autorités est devenue inaudible. Leurs paroles ne reflètent pas la neutralité, détour indispensable pour fédérer les populations autour d’un idéal, d’un combat.

Aujourd’hui, la décision de confiner les populations pose inévitablement la question du capital social de nos responsables. En clair, pour pouvoir faire accepter une décision aussi difficile que le « confinement prolongé » synonyme de perte de liberté, il faut que les responsables aient un minimum de crédibilité sociale. Les populations ont besoin d’un chef, d’un leader, d’un patron sur lequel s’identifier, s’accrocher et avancer. Les exécutifs locaux sont majoritairement attentistes, font de la figuration autour des grands sujets qui concernent le territoire. Ils sont trop dépendants des initiatives de l’Etat. Il y a un vide, une absence d’initiatives locales portées, suffisamment expliquées aux populations. Les quelques initiatives ayant émergé sont aussitôt flinguées, combattues. En conséquence, il y a une absence manifeste de la classe politique au devant du combat contre le coronavirus. Cela est ressenti et vécu par les populations comme une indifférence, un désintérêt, un abandon. Les populations ont besoin d’élus qui retroussent les manches et qui mouillent la cravate par ces temps troublés et difficiles. Elles ont besoin d’assurance, de discours apaisés, neutres et porteurs de message rassurant et d’espérance. La polémique stérile et l’opposition opportunément systématique sont des politiques de courte vue qui n’apportent rien au débat et dont les résultats sont incertains. Il y a aussi la nécessité d’un message clair, véridique.

Il y a les interférences venues des pays voisins qui obstruent les messages de campagne de lutte contre la propagation du coronavirus. Les populations sont désorientées par des messages toxiques et des informations troublantes ; l’exemple de ce pays, un voisin, dont les responsables ont nié la présence du COVID-19 sur leur sol durant des jours sans l’ombre d’une preuve scientifique, sans avoir testé les populations. Il y a aussi cet état voisin de Mayotte dont le président fait la promotion d’une boisson à base d’artémisia qui permettrait de soigner le coronavirus en quelques jours. Aujourd’hui, la boisson est distribuée dans plusieurs pays africains sous le sceau d’un médicament de prévention et de cure contre le coronavirus. Les autorités sanitaires de Mayotte s’accommodent de ces messages toxiques. Il n’y a eu ni confirmation, ni infirmation de l’efficacité préventive et curative du COVID-ORGANICS. La population acquiesce. La promotion faite autour de cet abreuvage est inquiétante et aura des conséquences sur le respect des règles de prévention. Les gens peuvent croire aussi à juste titre qu’ils n’ont plus besoin de se confiner aussi. Sous peu, il est fort à parier que le COVID-ORGANICS sera vendu sous le manteau à Mayotte, si ce n’est pas le cas déjà.

Nous voudrions dire que chaque épidémie est particulière. Aucune mesure ne peut être présentée comme une panacée universelle. Ici comme ailleurs, il y a des hommes et des femmes qui ont l’expertise du terrain. Nous avons eu tort d’avoir voulu faire comme en Europe sur un milieu afro tropical. Nous avons voulu imposer une façon de faire aux populations sans avoir tenu compte de certains facteurs environnementaux et sociohistoriques.
Mayotte a eu un passé riche en expériences diverses. On ne part de zéro. L’histoire de Mayotte n’est pas une page blanche sur laquelle certains  « experts des temps modernes » voudraient écrire absolument leurs propres histoires. En matière de crise sanitaire et de gestion d’épidémie, Mayotte n’est pas non plus un mur blanc sur lequel les « spécialistes » viendraient dessiner leur monde. Il y a une mémoire et une permanence d’expériences détenues par des hommes et de femmes d’ici, par ailleurs moins mis en valeur mais de vrais détenteurs des réalités socioculturelles du territoire. Aujourd’hui, la mémoire et les expériences acquises dans des temps difficiles disparaissent. Des pans entiers des pages de notre histoire récente sont fermés sans avoir été lus.

La campagne de soutien à la lutte contre le COVID-19 aurait pu s’inspirer de ce passé riche. Mais à cette époque, sans chercher à verser dans la nostalgie, le Mahorais était acteur et artisan de son développement. Chacun, à son niveau, avait sa partition et un rôle à jouer. Les femmes et les hommes, habitants les quartiers difficiles, les zones informelles et les villages auraient pu être les véritables acteurs et artisans de la riposte contre la propagation du coronavirus. Ces communautés « ont une capacité immense à s’auto-organiser, identifier leurs besoins et adapter des solutions innovantes…moins coûteuses ».

Issihaka Abdillah

* Les archives départementales collectent actuellement vos témoignages, pour compiler la page actuelle de l’Histoire de Mayotte en confinement et en garder une trace plus loin que celle de nos mémoires

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