Une perte d’activité économique « que » de 18%, la partie émergée de l’iceberg

Au milieu d’une économie dominée par l’administration à Mayotte, le secteur privé est comme un petit ilot qui tente de tirer le territoire vers le haut. Petit et aussi atteint qu’en métropole par l’arrêt de l’activité économique.

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Des rideaux tirés depuis le 17 mars

En réponse à la pénurie de protections contre le virus au niveau national, le gouvernement a choisi de confiner habitants et économie. En dehors du secteur hospitalier et des supermarchés, les rideaux sont restés tirés de longues semaines. Sur le plan national, la perte d’activité est évaluée à 33%, alors qu’elle est deux fois moins forte à Mayotte, 18%. Pourtant, la période de confinement est pour l’instant la même, nous allons même prendre une semaine de rab.

La différence vient d’une économie marchande, peu développé à Mayotte, peu de grosses entreprises, pas d’industries, et un secteur touristique encore balbutiant. Ici, l’administration est dominante, qu’elle soit d’Etat, hospitalière ou territoriale, et elle a été « peu touchée par la crise », nous dit l’INSEE dans sa dernière note.

Lorsqu’on regarde de plus prés, on voit que le secteur privé à lui seul, subit une perte d’activité équivalente à celle de métropole, -35% sur cette période de crise par rapport à la moyenne. Certaines branches sont plus touchées que d’autres : la construction, le commerce, l’hôtellerie-restauration, le transport, etc., ont été fortement touchés. Tandis que d’autres l’ont été beaucoup moins, les télécommunications, les activités financières, les industries agroalimentaires, etc.

Zoomons encore un peu plus. « Affecté par l’arrêt quasi-complet des chantiers, le secteur de la construction mahorais aurait une activité réduite de 90 % et contribuerait pour un quart à la baisse d’activité totale de 18 %. » Même impact sur le commerce, bien que la baisse d’activité y soit moins forte que dans la construction (54 %) : « Ce chiffre masque de fortes disparités entre des commerces non alimentaires et automobile, à l’arrêt ou presque, et des commerces alimentaires qui poursuivent pour la plupart leur activité pour subvenir aux besoins de la population. »

Maintien en emploi de 9.900 salariés

La fonction publique hospitalière sur le pont pendant la crise

Le recours au chômage partiel, proposé très rapidement par l’Etat français, « le dispositif le plus généreux d’Europe », soulignait ainsi le premier ministre Edouard Philippe, a permis à une partie des entreprises indispensables, de continuer à fonctionner. Il a été massivement sollicité en métropole comme à Mayotte, où plus de 1.000 entreprises en ont bénéficié, qui a permis de maintenir en emploi prés de 10.000 salariés au total au 28 avril. « Toutefois, le confinement se traduit également par un fort ralentissement des embauches ou des renouvellements de contrat ».

Des aides qui ne concernent que les entreprises déclarées. Pour les autres, soit les deux tiers d’entre elles à Mayotte, c’est une perte sèche de leurs revenus, ce pourquoi un dispositif d’aides alimentaires a été mis en place par l’Etat, le Département et d’autres acteurs économiques locaux. A titre d’exemple, « 4 000 colis alimentaires ont été distribués dans la commune de Chirongui le 3 avril et 2 millions d’euros de bons alimentaires devraient être attribués entre avril et mai ».

Plus étonnant à première vue, la crise ne semble pas avoir impacté la fonction publique. Elle n’aurait perdu que 3 % de son activité par rapport à la normale, contre 35 % dans les secteurs marchands. Mais l’INSEE explique que la création de richesse dans le secteur non marchand est évaluée en fonction du salaire perçu, qui n’a pas été modifié, leur action en elle-même n’est pas évaluée. Pourtant, l’implication des trois fonctions publiques n’a pas été la même pendant la crise, les hospitaliers en savent quelque chose.

Anne Perzo-Lafond

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