Carton plein pour le 1er atelier du Schéma d’Aménagement Régional

Comment projeter Mayotte en 2050 dans la zone des 45 pays de l’océan Indien, quand elle vit repliée sur elle-même et exclue des organisations stratégiques ? Un défi qui conditionne son développement, et dont la population détient une grande partie de la réponse. Des intervenants de qualité pour le 1er atelier.

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Les acteurs priés et publics du territoire avaient massivement répondu présent

C’était le premier crash test pour Nomani Ousseni, porteur du SAR : il avait mis dans la corbeille de naissance du Schéma d’Aménagement Régional l’assurance de son portage par l’ensemble des acteurs de l’île. Il fallait concrétiser l’annonce. Pari réussi ce jeudi au Dock Café, du port de Longoni : rarement thème aura rassemblé autant d’intervenants de qualité. Avaient répondu présent la plupart des directions du conseil départemental sous l’impulsion du DGS, des chefs d’entreprise, des collectivités et bon nombre d’intellectuels, pas les fatigués, mais les autres.

Même si peu osent encore y croire, un vent nouveau a soufflé du côté du port, et ce n’était pas seulement celui du large. Une bouffée d’oxygène portée par deux interventions, celle du binôme Issihaka Abdillah-Ibrahim Aboubacar, deux anciens conseillers généraux, également ex-député pour le second, et Feyçoil Mouhoussoune-Alexandre Kesteloot, chef d’entreprise dans le numérique pour le premier, quand le second est en charge du Pôle économique de la Chambre de commerce.

De l’oxygène, parce que nous avons vogué vers la région, une évasion pour des cerveaux embués par le thème quotidien de l’immigration clandestine. On a donc parlé de l’océan Indien, sans complexe, « je sais que certains vont trembler à l’évocation de la région en pensant automatiquement à l’Union des Comores », ironisait Issihaka Abdillah en préambule. Même si de nos voisins, il fut longuement question sur le volet diplomatique.

« Mayotte enfermée par sa barrière de corail »

“Nous sommes exclus des principales organisations de l’océan Indien”, relevait Issihaka Abdillah

« Positionnement de Mayotte dans son environnement régional : évolutions et opportunités », c’était le thème de la matinée pour les prés de 200 personnes présentes, qui avaient pu auparavant visiter le port. Il s’agissait de se projeter en 2050 et de proposer un développement intégrant les futurs 550.000 habitants. Les deux premières interventions l’appréhendaient sous le spectre des perspectives d’intégration régionales. Et elles sont au point mort. Mayotte est repliée sur elle-même « enfermée dans sa barrière de corail », fera remarquer le sénateur Hassani Abdallah.

Les obstacles majeurs sont triple, soulignait Issihaka Abdillah. Tout d’abord, l’obstruction diplomatique des Comores, adhérents contrairement à nous, à l’ensemble des organisations de l’océan Indien. On parle de la COI, la Commission de l’océan Indien, dont l’objectif est la coopération économique et commerciale, où la France est présente par La Réunion, et dont Mayotte est toujours exclue. On parle de la COMESA, le Marché commun de l’Afrique Orientale et Australe, dont l’objectif est d’implanter une zone de libre échange. La France n’y a qu’un statut d’observateur, et pour l’instant n’a pu obtenir celui de membre associé qu’elle demande au titre de La Réunion toujours. On parle enfin de l’IORA, l’Association des États Riverains de l’Océan Indien, où siègent les ministres des pays de la zone. Il faut sans doute mettre en place des groupes de pression et faire du lobbying auprès de l’Etat.

En découlent le 2ème obstacle, « l’impression que la France privilégie ses intérêts dans la sous-région par rapport aux nôtres », et le 3ème, « les Allemands font pareil au titre de l’Europe. » Se rajoutent, l’écart de niveau de vie qui se creuse avec les îles avoisinantes, l’enclavement aérien avec notamment l’Afrique du sud, les problèmes de normes, de visas, etc.

Les atouts sont également triples, « nous sommes Français, européens, et nous offrons une stabilité aux investisseurs. »

« Nous n’avons pas l’esprit d’équipe »

Ibrahim Aboubacar: “Nous les leaders d’opinion, avons un rôle énorme”

Mayotte est dans une médiane, plutôt basse, entre les richissimes Qatar, Koweït, Arabie Saoudite, et les 22 plus pauvres, «  le Qatar est à 124.000 $ de PIB par habitant, le Mozambique à 1.200 $, et Mayotte avec son économie de transfert à10.300 $. »
Une fois le constat posé, il va donc falloir agir en fonction de ces contraintes et ces atouts pour répondre à la question, « comment intégrer le concert de l’océan Indien, ses 75km2, ses 2 milliards d’habitants, et ses 45 pays de l’Inde à l’Australie » ?

Car on ne va pas vers le mieux question représentativité de la France dans la région, comme le faisait remarquer Ibrahim Aboubacar : « En plus de notre exclusion des grandes organisations régionales, le poids démographique de l’ensemble Réunion-Mayotte va diminuer en raison de la forte croissance des populations des pays qui nous entourent. Il va donc falloir compter sur la communauté européenne pour nous appuyer face aux grandes puissances régionales qui tentent de s’affirmer. »

Mais aussi et surtout sur nous mêmes, « c’est l’état d’esprit de la population qui déterminera le degré d’ouverture. » Comme le faisait remarquer la commerçante de Chirongui, Sophiata Souffou, « nous les Mahorais, nous n’avons pas l’esprit d’équipe », en prenant en exemple sa coopérative MACODIS, d’achats groupés. Elle s’est démenée de son côté pour attirer un investisseur d’Arabie Saoudite, « avec succès ! ». Ibrahim Aboubacar poursuivait sur le même mode: “Nous les leaders d’opinion, nous avons un rôle énorme, notamment en étant crédibles.”

Mayotte et sa plus-value numérique

Mayotte pourrait apporter une plus-value dans le numérique, mettaient en évidence Feycoil Mouhoussoune et Alexandre Kasteloot

Ibrahim Aboubacar s’excusait presque, « j’ai survolé le contentieux Mayotte-Comores, car il ne faut pas rester bloqué dessus pendant que les autres avancent ». Et heureusement que chez nous aussi, certains avancent.

Notamment dans le numérique où Mayotte bien que connectée au « haut-débit » (encore relatif) en 2012, est allée très vite. Et Feyçoil Mouhoussoune (ETIC Services) est un des leaders. « Que ce soit en externe de liaison avec le reste du monde ou en interne, pour nous éviter des déplacements fastidieux, le numérique est un domaine transversal qui va nous permettre de solutionner beaucoup de problème de santé, commercial ou autre. Dans 20 ans, on fera des choses qu’on imagine même pas ! Et nous pouvons concurrencer la main d’œuvre moins chère des autres territoires avec des services de qualité, à forte valeur ajoutée ».

“Nous n’avons pas l’esprit d’équipe”, constatait Sophiata Souffou qui prenait en exemple sa coopérative

Alexandre Kesteloot mettait en avant le proche déploiement de la 5G, « nous avons un rôle à jouer en proposant un stockage de données dans des datas center avec des normes française et européenne. » Il faut donc intégrer le Schéma du numérique au SAR.

En terme de volonté commune de tout un pays, un intervenant citait Singapour, « qui en 50 ans est passé du sous-développement à un des états les puissants, parce qu’ils ont tout misé sur le port ». Cela nous ramène à l’expression d’un acteur portuaire il y a dix ans, qui appelait à faire de Mayotte « le Singapour du Canal du Mozambique ».

Après cet air en direct de l’océan Indien, où Mayotte devra trouver sa place et ses axes de développement, place à l’intérieur des terres ce samedi 20 avril, et au carrefour des échanges agricoles au lycée de Coconi.

Anne Perzo-Lafond

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